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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDepuis l'annonce de sa démission, le 14 janvier dernier, François Legault se faisait le plus discret possible. Il limitait ses apparitions publiques. Le premier ministre répondait aux journalistes quand il se rendait à la période des questions, mais il évitait souvent de s'épancher. Un ministre nous rapporte qu’il craignait constamment de nuire à la personne qui lui succédera en faisant une déclaration de trop.
Certains proches du premier ministre comparent la situation à une peine d’amour, à une rupture avec les Québécois. Bien que M. Legault se dise serein quant à sa décision, pour eux c’est comme si le premier ministre quittait la vie politique le cœur un peu lourd, avec le sentiment d’avoir tout essayé pour faire perdurer la relation.
Pour se protéger des hauts et des bas de l’opinion publique, l’entourage de Philippe Couillard lui avait recommandé de lire le moins possible les journaux, de fermer son téléviseur et d’éviter les réseaux sociaux. Ses conseillers préféraient lui faire un compte rendu pour qu’il se concentre sur ses politiques, plutôt que sur la perception qu’on pouvait avoir de son gouvernement.
Les gens autour de François Legault ne sont jamais parvenus à le convaincre de faire cette coupure. Il lisait tout, voyait tout, et entendait tout, selon des membres de son équipe. À peine un kilomètre sépare la résidence officielle du premier ministre et le Parlement à Québec. Parfois, en parcourant cette courte distance, il avait le temps de lire des commentaires qui changeaient son humeur. À son arrivée au bureau, ses conseillers tentaient de le tempérer.
Quand un premier ministre parvient à obtenir un taux de satisfaction historique de plus de 76 % auprès de la population, comme c’était le cas en juin 2020, sa chute est d’autant plus vertigineuse. Cinq ans plus tard, les sondages réalisés avant sa démission révélaient une désapprobation d’au moins 70 % des répondants.
S’il est majoritairement responsable de cette désaffection grandissante au fil des années, François Legault s’est tout de même retrouvé devant l’inévitable fin de relation entre un premier ministre et une population. La fatale rupture qu’impose le cycle politique, dans lequel l’usure du pouvoir l’a mené à sa date de péremption.
Un lien rompu
Un chef de parti cherche habituellement à plaire à sa base militante quand il élabore un programme politique, mais la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a jamais vraiment construit cette base militante. Le parti était surtout composé d’une coalition de membres déçus du Parti québécois et du Parti libéral du Québec, ou des orphelins de l’ancienne Action démocratique du Québec (ADQ), qui avaient trouvé réconfort auprès de François Legault.
C’est pourquoi, durant ses huit années de pouvoir, il cherchait d’abord et avant tout à plaire à tout un chacun. Toutefois, en voulant trop plaire à tout le monde, le premier ministre prenait des décisions de plus en plus difficiles à suivre qui ont fini par faire bien plus de mécontents.
Par exemple, en essayant de créer des emplois de haut niveau dans la filière batterie de l’automobile, il s’est retrouvé à donner l'impression d’offrir des subventions sur un plateau d’argent à des entreprises étrangères, comme Northvolt.
Autre exemple : le gouvernement Legault a augmenté le salaire des élus en plaidant que cela permettrait d’attirer davantage de candidatures de qualité en politique. Aux yeux de bien des Québécois qui n’ont pas eu droit à une telle hausse de rémunération, cette décision paraissait plutôt avantageuse pour les députés.
Sa relation avec eux s’est brisée au fur et à mesure qu’il ne remplissait pas des engagements.
Le sentiment de trahison des électeurs
François Legault promettait de dégraisser la fonction publique pour l’obliger à devenir plus efficace, tout en réduisant sa taille. Le nombre d’employés a finalement augmenté.
Le dossier de l’immigration n’a pas été géré comme il entendait le faire. Son expression en prendre moins, mais en prendre soin nous apparaît bien inexacte, sachant que son gouvernement n’a pas été en mesure d’effectuer un bon arrimage entre le nombre de nouveaux arrivants et les services offerts par l’État, en partie parce que le Québec en partage la responsabilité avec Ottawa.
Que dire de plus au sujet de SAAQclic? Sinon, rappeler que François Legault garantissait, quand il était chef de l’opposition, que les fiascos économiques et informatiques ne se produiraient pas sous sa vigilance. Certaines promesses ne sont finalement pas si simples à réaliser.
Cependant, l’urgence sanitaire décrétée durant la pandémie lui a donné une marge de manœuvre inespérée pour diriger l’action de l’État sans les contraintes habituelles. À cette époque, des décisions spontanées semblent aussi l’avoir aidé à atteindre un sommet de popularité.
Par exemple, ses collaborateurs nous rapportent qu’il est arrivé au bureau un matin en insistant sur une idée : trouver une manière de recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires le plus vite possible. Peu importe qu’on lui dise que c’était plus compliqué à exécuter qu’il ne le croyait, il fallait que ça se fasse!
Mais son caractère parfois bouillant pouvait aussi lui nuire. Quand il a décidé de ressusciter de façon inattendue le projet de troisième lien après la défaite de la CAQ à l’élection partielle dans Jean-Talon, en 2023, ce fut considéré comme le début de sa chute populaire.
Au cours des semaines précédentes, des électeurs l’avaient accusé de ne pas tenir sa promesse de faire le lien autoroutier Québec-Lévis. On nous rapporte que ce qui l’irritait le plus, c’était justement de se faire accuser de renier ses convictions.
Des sources nous indiquent d’ailleurs qu’il en voudrait encore à son ex-ministre Christian Dubé pour sa loi spéciale visant à lier la rémunération des médecins à leur performance. Une loi mal ficelée, selon ses proches, dont l'application s'est avérée impossible. En a résulté l’impression qu'il abandonnait ses principes en cédant beaucoup aux omnipraticiens.
Plus un gouvernement conserve le pouvoir longtemps, plus il s’expose aux risques de contradictions. Prenons l’exemple de sa crédibilité économique, qui a fondu en même temps que le surplus de 7 milliards de dollars dont il avait hérité du gouvernement libéral précédent. Le déficit colossal, qui a atteint 14 milliards de dollars, plombe son bilan, même si les dépenses pour contrer la pandémie y ont beaucoup contribué.
Une longue lune de miel
Les liens forts que François Legault a entretenus avec les Québécois durant une bonne partie de son règne lui auront tout de même permis de réaliser plusieurs de ses ambitions. Un taux d’approbation élevé des électeurs donne les coudées franches à un gouvernement qui veut oser des réformes.
Qu’on soit d’accord ou non avec ses lois sur la laïcité de l’État, combien d’autres gouvernements auraient placé ce dossier ultra-sensible en priorité? Il est fort probable qu’aucun successeur ne parviendra un jour à faire l’unanimité, étant donné la complexité des enjeux sociaux et culturels qui y sont liés.
François Legault exprimait son attachement envers le Québec en plaçant le dossier identitaire au sommet de sa pile. Le renforcement de la Charte de la langue française a consolidé le statut du français sous sa gouverne.
Il en a profité aussi pour moderniser d’autres lois que personne n’avait envie de dépoussiérer : celles sur l’aménagement du territoire, l’industrie de la construction, la CNESST ou le droit de la famille, par exemple.
Le gouvernement Legault a redéfini Hydro-Québec comme un moteur de développement économique. Il s’est attaqué à la renégociation de l’entente avec la province de Terre-Neuve-et-Labrador concernant l'expansion du complexe hydroélectrique de Churchill Falls. Puisque le contrat litigieux venait à échéance en 2041, il aurait pu laisser la patate chaude à un autre.
Rappelons aussi que François Legault a tenté de plaire aux Québécois en leur promettant constamment de remettre de l’argent dans leur portefeuille.
Mais après huit ans, qui se souvient de l’instauration d’un taux de taxe scolaire unique, qui permet maintenant à tous les Québécois de payer la même facture, peu importe où ils habitent? Ou alors qui se rappelle le crédit d’impôt de 2000 $ pour les aînés?
La longévité du pouvoir est un couteau à double tranchant. Les bons coups du gouvernement Legault paraissent bien loin pour bon nombre de Québécois, dont le cœur n’y est plus.
Même les adversaires de François Legault reconnaissent à quel point il aime le Québec. En politique, l’amour n’est pas éternel. La rupture est difficile pour tous les premiers ministres qui ont de l’affection pour les Québécois... mais c’est en partie ce qui fait vivre la démocratie.


2 months ago
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