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Immigration : « Québec sélectionne, Ottawa expulse », déplore le ministre Roberge

2 months ago 26

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Malgré le recul du gouvernement fédéral dans sa politique de réduction de l’immigration temporaire, le gouvernement du Québec somme Ottawa de faire preuve de plus de flexibilité.

Ce qu'on demande, c'est que tous les travailleurs sélectionnés par le Québec [...] voient leur permis renouvelé le temps des procédures, dit le ministre québécois de l’Immigration, Jean-François Roberge.

En ce moment, Québec veut garder des gens. Nous, on sélectionne, puis Ottawa expulse. Ce n'est pas acceptable, explique-t-il en entrevue à Radio-Canada.

Le gouvernement fédéral a annoncé, le 13 mars dernier, qu’une période de grâce d’un an serait accordée aux travailleurs étrangers temporaires qui ont reçu une invitation de sélection permanente du gouvernement du Québec et qui ont un permis de travail fermé.

Pour obtenir ce type de permis de travail, les employeurs doivent débourser de l'argent notamment pour réaliser une étude d’impacts de l’embauche d’un travailleur étranger temporaire.

Toutefois, cet assouplissement est bien insuffisant aux yeux du ministre Roberge, qui souhaite que cette mesure s’applique à tous les travailleurs que le Québec veut garder sur son territoire, sans égard non seulement au type de permis mais aussi à leurs proches : Cela ne vise pas les conjoints, donc on pourrait renouveler le permis du requérant principal mais expulser le conjoint. Ça ne vise pas non plus les enfants à charge, précise Jean-François Roberge.

Environ la moitié des travailleurs étrangers sur le territoire québécois ne sont pas visés par cette demi-mesure.

Deux enseignantes forcées de partir

À partir du 13 avril, on doit quitter le territoire, raconte Solène Manescau, enseignante au Collège international Marie de France de Montréal.

Elle-même et sa conjointe, également enseignante, ont reçu l’invitation pour le certificat de sélection du Québec, mais puisqu’elles sont arrivées au Canada grâce à un permis ouvert, le permis vacances-travail (PVT) du gouvernement fédéral, elles ne peuvent pas rester le temps des procédures. Elles doivent quitter le pays le 13 avril en laissant leurs élèves derrière elles.

On a pris un billet d'avion pour le 13 avril pour respecter la règle de quitter le territoire.

Nous n'avons pas le droit, en tant que titulaires d'un permis ouvert, de rester sur le territoire le temps que la demande soit traitée. On nous demande de partir pour faire les démarches depuis l'étranger, explique Solène Manescau.

Si on n'avait pas été sélectionnées par le Québec, on aurait accepté la règle, mais on pensait qu'en étant sélectionnées, on pourrait rester le temps du traitement, ajoute cette enseignante, résignée.

Solène Manescau et Fanette Bourdens posent dans la nature sur un pont.

Solène Manescau et sa conjointe, Fanette Bourdens.

Photo : Photo courtoisie, Solene Manescau

C’est ce genre de cas pour lesquels le ministre Jean-François Roberge réclame de la souplesse de la part de son homologue fédéral : Ça n'a pas de sens. On parle de gens qui arrivent directement de France, avec un excellent français, qui travaillent dans notre réseau d'éducation. Ottawa ne renouvelle pas leur permis pendant qu'on régularise leur situation.

Dans une lettre adressée à la ministre canadienne de l’Immigration, Lena Diab, il dit craindre que certains travailleurs étrangers temporaires sélectionnés par le Québec renoncent à s’établir dans la province s’ils sont forcés de quitter en attendant la fin des procédures. Le gouvernement du Québec estime par conséquent indispensable que la mesure soit ajustée, écrit-il.

Au cabinet de la ministre Diab, on indique que le gouvernement fédéral n’a pas l’intention d'élargir les critères. Le cabinet précise que l’assouplissement fait à la mi-mars par Ottawa est le compromis entre le fait de réduire la pression sur les entreprises québécoises et celui de maintenir la cible de réduction de la population non permanente sous la barre des 5 % d’ici 2027.

Lena Diab écarte les mains en prenant la parole à la Chambre des communes.

Lena Diab est la ministre fédérale de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Dans une déclaration écrite, on ajoute que cette mesure s’adresse uniquement aux travailleurs étrangers temporaires qui ont établi des liens solides avec le marché du travail du Québec et avec lesquels les employeurs ont indiqué vouloir travailler à long terme.

Solène et sa conjointe se préparent bien malgré elles à plier bagage. Ça nous attriste beaucoup, parce qu'on doit laisser tous nos étudiants avec qui on travaille depuis un petit bout maintenant, nos collègues, nos écoles, avec qui ça se passe très bien. Ça nous chagrine énormément de devoir tout quitter, insiste cette enseignante, qui garde bon espoir de pouvoir revenir s’établir un jour et pour de bon à Montréal.

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