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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayL'une des plus vastes opérations jamais menées contre le crime organisé au Canada s'est déroulée il y a 25 ans. L’opération Printemps 2001, lancée au lever du jour le 28 mars 2001, ciblait le démantèlement du réseau criminel des Hells Angels et de leurs clubs affiliés, impliqués dans des activités de gangstérisme, de trafic de stupéfiants et de meurtres. L'opération – toujours qualifiée d'historique – avait mobilisé 2000 policiers et mené simultanément à l'arrestation de 140 individus et à près de 300 perquisitions, principalement au Québec, mais également en Ontario et en Colombie-Britannique.
En 2001, Robert Pigeon faisait partie de la centaine de sergents-détectives de l'escouade Carcajou, créée en urgence par le gouvernement du Québec pour mettre fin à la guerre des motards. Rencontre avec celui qui, à l'époque, n'avait pas fermé l'œil de la nuit précédant l'opération, habité par un mélange d'enthousiasme et de fébrilité, à quelques heures de procéder à l'arrestation de tous les membres en règle des Hells Angels au Québec.

L'ex-enquêteur de la Sûreté du Québec Robert Pigeon garde de très beaux souvenirs de l'opération Printemps 2001 en raison du travail d'équipe entre les différents corps policiers.
Photo : Radio-Canada / Julien Gagnon
Question : M. Pigeon, racontez-nous le matin de l'opération à travers votre regard de policier.
Réponse : À l’aube du 28 mars 2001, il y avait 2000 policiers qui étaient au courant de l’opération policière. Nous nous sommes déployés partout à la grandeur du Québec. Il n’y avait eu aucun coulage d’informations. Personne des médias ou du crime organisé n’avait été informé. Donc, on a pris tout le monde par surprise, surtout les Hells Angels. Les différents corps policiers avaient été exemplaires quant à la communication des informations d’une opération aussi importante.
Ça faisait plusieurs années qu’on était un groupe d’enquêteurs [de l’escouade Carcajou] spécialisés dans différents domaines, et on a été réunis le matin de l’opération. L’Outaouais, l’Estrie, Québec, Montréal, la Mauricie… Tous les corps policiers de la province se sont coordonnés pour faire l’opération Printemps 2001.

Des employés de la morgue transportent le corps d'un membre assassiné des Rock Machine, en août 1995.
Photo : Getty Images / AFP / André Pichette
La guerre des motards a fait plus de 169 morts, dont des personnes innocentes. La mort d'un enfant de 11 ans, Daniel Desrochers, tué le 13 août 1995 par les éclats d'une bombe placée sous une Jeep piégée par les Hells Angels, a soulevé un tollé dans la population. Y avait-il beaucoup de pression sur la police pour qu'elle mette un terme à tout ça?
Il y avait des homicides plusieurs fois par semaine. Parfois, il y avait jusqu’à deux meurtres par jour, qui impliquaient à l’occasion des explosifs. Ça frappait l’imaginaire. À ce moment-là, on [la police] multipliait les arrestations et les perquisitions, les saisies de drogues, d’explosifs, d’armes à feu et d’argent comptant. Mais au tournant de 1998, on fait le constat que les Hells Angels étaient encore plus puissants que lorsqu’on avait commencé à les frapper avec nos opérations.
En 1997, la guerre des motards au Québec a atteint un paroxysme lorsque le chef des Hells Angels, Maurice Mom Boucher, a ordonné l'assassinat de gardiens de prison pour déstabiliser le système judiciaire. Diane Lavigne, au mois d’avril, et Pierre Rondeau, en septembre, seront froidement assassinés par balles. Le 13 septembre 2000, le journaliste Michel Auger était victime d'une tentative d'assassinat dans le parc de stationnement du Journal de Montréal.

En août 1995, l'explosion d'une bombe sous une Jeep tue accidentellement un garçon de 11 ans, Daniel Desrochers, qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, en pleine guerre des motards.
Photo : archives de Radio-Canada
La liste noire
Les Hells Angels voyaient grand et sont allés jusqu’à mettre à prix la tête de politiciens, de journalistes et d’agents de la paix. Ils avaient une liste noire qui comprenait l'ex-chef de la police de Montréal Jacques Duchesneau. Des juges et des procureurs de la Couronne y figuraient aussi.
Le 13 septembre 2000, Michel Auger, journaliste aux affaires policières du Journal de Montréal, a été criblé de balles dans le stationnement du quotidien. L'ancienne animatrice de l'émission J.E. Jocelyne Cazin était la suivante, selon la liste noire de l’époque gardée secrète chez les Nomads, la branche armée des Hells Angels.
Les Hells Angels avaient l'ambition d'ébranler tout le système de justice au Québec. À cette époque, la loi vous donnait-elle les moyens de mettre fin à la guerre des motards?
Il fallait absolument envisager la suite des choses pour faire nos enquêtes différemment. En mai 1997, le législateur fédéral a mis en place de nouvelles dispositions au Code criminel canadien pour aider les policiers à faire des enquêtes en matière de gangstérisme.

Robert Pigeon affirme que la police a dû réajuster ses méthodes d'enquête parce que, malgré des frappes policières, les Hells Angels devenaient encore plus puissants et arrogants devant les forces de l'ordre à la fin des années 1990.
Photo : Radio-Canada / archives de Radio-Canada
Connu sous le sobriquet de Godasse dans le groupe de motards des Hells Angels, Stéphane Gagné avait été arrêté le 5 décembre 1997. Expliquez-nous comment cet événement a été un tournant dans votre combat contre le crime organisé.
C’est une équipe d’enquêteurs qui a géré le dossier de Stéphane Gagné. On m’avait demandé de mener l'interrogatoire. Une longue préparation s'en est suivie pour arriver à le faire coopérer. Stéphane Gagné va devenir un témoin très utile pour le ministère public par la suite.
Quand il est devenu témoin repenti, il était membre en règle des Hells Angels. Non seulement il nous avait permis d’arrêter le chef des Hells Angels, Maurice Mom Boucher, mais il nous avait décrit de façon très détaillée le fonctionnement de l’organisation criminelle.
On a vite réalisé que ses aveux nous permettaient de cocher toutes les cases pour démarrer une enquête d’envergure en matière de gangstérisme avec les nouvelles lois [en vigueur]. Son témoignage a permis de réaliser l’enquête qui a mené à l’opération Printemps 2001.

Les aveux de Stéphane Gagné, membre en règle des Hells Angels, ont permis de préparer la frappe policière du 28 mars 2001. On le voit escorté par des agents de la Sûreté du Québec pendant les procédures judiciaires qui ont suivi l'arrestation de tous les membres en règle au Québec.
Photo : Radio-Canada / archives de Radio-Canada
Au terme de l'interrogatoire, ses aveux vous ont poussé à demander à vos patrons de l'époque de libérer votre emploi du temps pour rédiger une déclaration sous serment qui mènera à l'arrestation de tous les Hells Angels. Expliquez-nous.
Il m'a fallu 12 mois pour préparer un affidavit de 600 pages afin de mettre sous écoute électronique la totalité des membres des Hells Angels, dans l’objectif de tous les arrêter. Il contenait le narratif de tout ce que la police possédait sur l’organisation, son fonctionnement, le rôle des membres en reprenant des enquêtes passées, en cours ou en préparation.

Même s'il a joué un rôle clé pour convaincre Stéphane « Godasse » Gagné de devenir délateur pour la police afin de mener la frappe de l'opération Printemps 2001, Robert Pigeon se montre modeste quant à son rôle et préfère souligner le travail d'équipe de centaines de policiers.
Photo : Radio-Canada / archives de Radio-Canada
À l'époque, l'accès aux ordinateurs est plutôt limité dans les bureaux d'enquêteurs. Les bonnes vieilles méthodes rudimentaires ont-elles été utilisées?
Il faut se ramener à l’époque [des années 1990], les enquêteurs dans les postes de police n’avaient pas tous un ordinateur. Et on n’avait certainement pas d’habiletés en informatique. Donc, on faisait des couper-coller. On découpait avec des ciseaux des passages de certains rapports d’enquête et on les recollait avec du ruban adhésif sur d’autres formulaires. Et on montait des affidavits de cette façon-là.
Vingt-cinq ans plus tard, les Hells Angels sont toujours présents partout au Québec. Comment expliquez-vous la compétition sur le terrain par des groupes criminels émergents qui veulent les défier depuis deux ans?
Ce qui s’est passé dans les deux dernières années, c’est qu’ils se sont éloignés du terrain. Ils se sont éloignés de la rue. Les Hells Angels ont donné en sous-traitance à de petites organisations criminelles le contrôle de leur territoire de vente de drogues, en se rabattant seulement sur la volonté de réclamer une cote ou un pourcentage.
Mais lorsque le temps passe et que ces petites organisations criminelles là s’enrichissent, elles en viennent à la conclusion : pourquoi est-ce que je leur paie ça? Pourquoi est-ce que je leur donne leur cote? Elles cessent de le faire. Ça dégénère. Ça crée un nouveau conflit.
Maintenant que vous êtes retraité de la SQ, et aussi comme chef de la police de Québec, êtes-vous d'avis que la lutte contre le crime organisé est loin d'être réglée?
Comme l’histoire nous l’a démontré depuis les 50 dernières années, la lutte contre le crime organisé, c’est un cycle. C’est toujours l’histoire d’un groupe qui veut prendre la place d’un groupe précédent. C’est pour ça que les unités d’enquête entre corps policiers doivent continuer à faire leur travail et être proactives.


2 months ago
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