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Hockey Canada au cœur de préoccupants conflits financiers

3 hours ago 3

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Alors que le Canada déploie des efforts pour se rapprocher de l’Europe, les agissements de Hockey Canada sèment la consternation sur la scène du hockey international, et particulièrement en Europe. Dans une affaire qui soulève de sérieuses questions en matière de gouvernance, l’organisme vient notamment d’être débouté par un tribunal suisse.

Faisant front commun avec USA Hockey, la fédération canadienne s’est adressée aux tribunaux suisses pour empêcher la réalisation d’un contrat conclu entre la Fédération internationale de hockey (IIHF) et l’équipementier canadien True. Ce contrat, dont la valeur est estimée à près de 100 millions de dollars, concerne la fabrication et la commercialisation des chandails portés par les joueurs lors des compétitions internationales.

La semaine dernière, le tribunal commercial du canton de Zurich a toutefois donné raison à l’IIHF sur toute la ligne.

Cette affaire a commencé le 30 décembre dernier. Pendant que la majorité des Canadiens préparaient tranquillement leur réveillon du jour de l’An, Hockey Canada a publié un communiqué qui a surpris énormément de gens dans le monde du hockey.

L’annonce en question concernait une prolongation – jusqu’en 2034 – du partenariat commercial liant Hockey Canada au manufacturier Bauer. Dès le deuxième paragraphe, Hockey Canada soulignait alors que Bauer Hockey devenait le seul manufacturier autorisé à vendre des répliques de chandails d’Équipe Canada, et que Bauer allait lancer le nouveau chandail principal de l’équipe nationale durant la saison 2026-2027.

Le hic, c’est que l’IIHF détient depuis toujours – ses statuts et règlements l’indiquent d’ailleurs clairement – tous les droits commerciaux reliés à la présentation des grands tournois internationaux. C’est d’ailleurs l’IIHF qui doit approuver le design des chandails soumis par chaque pays avant qu’ils soient mis en production.

La réglementation de l’IIHF précise toutefois que les brevets des marques distinctives apparaissant sur les chandails (comme les logos ou emblèmes) appartiennent aux fédérations nationales et qu’en conséquence, l’IIHF doit obtenir la permission d’une fédération nationale pour commercialiser des chandails sur lesquels apparaissent ces marques distinctives.

Le logo de Hockey Canada sur un casque de gardien.

Le logo de Hockey Canada

Photo : Reuters / Shaun Best

Bref, au bout du compte, si une fédération soumet le design de son chandail à l’IIHF pour approbation en vue d'un tournoi international, elle consent par le fait même à sa commercialisation. La seule façon de ne pas consentir serait de ne pas participer aux compétitions internationales.

Devant le tribunal suisse, Hockey Canada arguait que, puisque les brevets des marques distinctives lui appartiennent, les droits commerciaux lui appartiennent aussi.


La centralisation des droits commerciaux des uniformes est une pratique assez courante dans le monde du sport. À titre d’exemple, la LNH (Fanatics), la NFL (Nike) et la MLB (Nike) négocient au nom de toutes leurs équipes les contrats visant à choisir le ou les manufacturiers responsables de la confection et de la commercialisation de leurs chandails et/ou uniformes.

Dans le cas de l’IIHF, les revenus ainsi emmagasinés sont partagés entre les fédérations pour assurer le développement du hockey sur la scène internationale.

Les dirigeants de l’IIHF sont donc tombés à la renverse en constatant que Hockey Canada et USA Hockey tentaient de partir de leur côté pour négocier leurs propres ententes individuellement. Après 30 ans d’association avec Nike, l’IIHF était justement en train de négocier avec d’autres manufacturiers souhaitant fabriquer les chandails. Les deux fédérations nord-américaines ont ainsi tenté de laisser en plan leurs partenaires finlandais, suédois, suisses, tchèques et autres.

Contrairement à Hockey Canada, USA Hockey n’a toutefois pas signé de contrat avec Bauer. La fédération américaine semble s’être faufilée dans ce litige pour tenter d’exploiter la brèche que les Canadiens tentaient de créer.

En plus de demander au tribunal commercial du canton de Zurich de valider leurs agissements, Hockey Canada et USA Hockey ont déposé en mai et en juin dernier deux demandes d’injonction visant à empêcher l’assemblée générale des membres de l’IIHF d’entériner le contrat conclu avec le manufacturier True. La cour a aussi débouté les deux fédérations nord-américaines sur cette question. Le juge a estimé que l’entente conclue avec True et des précisions réglementaires proposées aux membres de l’IIHF n’allaient rien changer aux pratiques commerciales habituelles de l’IIHF.

D’un point de vue politique, les circonstances de cette démarche de Hockey Canada paraissent aussi très mal. À la fin du mois d’août, trois jours après l’imposition, par les États-Unis, de tarifs douaniers dévastateurs pour le Canada, Hockey Canada plaidait encore à Zurich pour tenter de torpiller l’entente liant l’IIHF à True.

True, qui était basée au Tennessee, a été acquise en septembre 2025 par l’homme d’affaires Graeme Roustan. Natif de Sherbrooke, ce dernier a grandi à Montréal. Dès l’acquisition de True, Roustan a relocalisé son siège social à Brantford, en Ontario, où étaient déjà fabriqués les bâtons de hockey de l’entreprise. Les équipements de gardiens haut de gamme de True sont fabriqués à Mascouche.

De son côté, Bauer appartient aussi à des intérêts canadiens et exerce aussi une forte présence au Canada, notamment à Blainville. Mais son siège social est situé au New Hampshire.


Ce vigoureux conflit commercial marque donc les derniers jours de Luc Tardif à la présidence de la fédération internationale.

Un homme affiche un air sérieux.

Luc Tardif (photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Les fédérations membres de l’IIHF se réuniront à Tenerife, en Espagne, du 29 septembre au 2 octobre. C’est à l’occasion de ce congrès semi-annuel, le 2 octobre, que seront élus le prochain président de l’IIHF et les nouveaux membres du conseil.

Fait à noter, la PDG de Hockey Canada, Katherine Henderson, fait partie des 15 candidats qui sollicitent une place au conseil de l’IIHF.

C’est la première fois dans l’histoire de l’IIHF que deux membres brisent la solidarité nécessaire au développement du hockey international. Étant natif du Québec [il est maintenant citoyen français, NDLR], je n’aurais jamais pensé me retrouver dans une situation où je dois défendre les droits de l’IIHF contre Hockey Canada, surtout à la veille d’une retraite que j’estime méritée, déplore Luc Tardif.

Je me serais bien passé de tout ça, mais je suis président de la fédération internationale et je vais exercer mon mandat jusqu’au bout. J’ai toujours combattu l’injustice et je ne cesserai pas de le faire maintenant, renchérit l’homme de 73 ans.

C’est malheureux parce que nous avons essayé d’éviter cette situation. Mais pour trouver une solution, il faut être deux.


Par ailleurs, cette histoire a des répercussions importantes au Canada. Dénonçant ce qu’il considère être de sérieux problèmes de gouvernance, Graeme Roustan a révélé qu’il avait personnellement écrit au conseil d’administration de Hockey Canada pour réclamer les démissions du président du conseil, Jonathan Goldbloom, et de la PDG, Katherine Henderson.

Par un étrange concours de circonstances, M. Goldbloom, qui est aussi président du conseil de VIA Rail, a justement annoncé le 8 septembre dernier qu’il quittera Hockey Canada le 5 octobre prochain, soit deux mois avant l’assemblée générale où doivent être élus de nouveaux membres au conseil d’administration de la fédération. Par communiqué, M. Goldbloom a fait valoir qu’à l’aube d’un nouveau cycle olympique, le temps était venu le laisser place à la relève.

Une femme parle au micro.

Katherine Henderson (photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Propriétaire du magazine The Hockey News, M. Roustan y a publié deux longs textes pour dénoncer les dirigeants de Hockey Canada. Il affirme que Hockey Canada manque de transparence financière et que M. Goldbloom et Mme Henderson sont inaptes à servir les Canadiens.

Il faut ici savoir que M. Roustan a déjà été propriétaire de la compagnie Bauer et qu’à ce titre, il avait signé la première entente liant cet équipementier à Hockey Canada, en 2008.

M. Roustan raconte avoir confié à Mme Henderson, à l’été 2025, qu’il s’apprêtait à acquérir l’équipementier True. Et sachant que l’entente liant Hockey Canada à Bauer tirait à sa fin, M. Roustan aurait alors fait part de son vif intérêt à soumettre une offre pour obtenir ce contrat.

Katherine Henderson, écrit-il, l’a alors assuré que True, ainsi que d’autres équipementiers comme CCM, auraient la chance de participer à un appel d’offres.

Je suis tombé en bas de ma chaise, le 30 décembre, quand j’ai vu que Hockey Canada avait prolongé pour huit ans son entente avec Bauer sans lancer d’appel d’offres, écrit M. Roustan.

Selon ce dernier, il est impossible de savoir si Hockey Canada a obtenu la meilleure entente possible pour ses membres, puisque ses dirigeants n’ont pas cherché à savoir quelles étaient les offres des autres manufacturiers.

Un processus compétitif aurait pu valoir une plus grande quantité d’équipement pour les garçons et filles à travers le pays, ou plus d’argent pour freiner les constantes hausses des coûts d’inscription. […]

Les entreprises privées, qu’elles soient ou non à but lucratif, ont le droit de conclure les ententes qu’elles veulent, même si elles sont mauvaises. Mais puisque Hockey Canada reçoit plusieurs millions chaque année de la part des contribuables, elle devrait être tenue de maintenir des standards plus élevés, a-t-il plaidé.


Tout le monde comprendra que Graeme Roustan a un intérêt financier direct dans cette affaire. Néanmoins, il soulève une question pertinente : pourquoi les dirigeants de Hockey Canada n’ont-ils pas tenté d’obtenir la meilleure offre possible?

Un problème de gouvernance encore plus grave saute toutefois aux yeux lorsqu’on sait que l’actuelle PDG de Bauer Canada, Mary-Kay Tessier, siégeait au comité de sélection qui a choisi Katherine Henderson pour occuper les fonctions de PDG de Hockey Canada, en 2023. Ce comité de sélection était alors présidé par Jonathan Goldbloom.

Ensemble avec Katherine et Hockey Canada, nous voulons aider à bâtir un plan stratégique qui fera croître le hockey, qui priorisera l’inclusion et qui restaurera la confiance des Canadiens, disait Mary-Kay Tessier, en juillet 2023, pour commenter la nomination de Mme Henderson.

Le fait de voir une haute dirigeante de Bauer, une compagnie liée à Hockey Canada par un contrat de plusieurs années et valant plusieurs millions de dollars, siéger au comité de sélection du prochain PDG de Hockey Canada soulève des questions quant à l’éthique et aux principes de gouvernance, à mon avis. Surtout quand la même compagnie Bauer se fait ensuite octroyer un autre contrat de plusieurs années sans appel d’offres, alors que Hockey Canada sollicite des fonds publics, a notamment écrit Graeme Roustan sur sa page LinkedIn.

Un chandail de Hockey Canada

Un chandail de Hockey Canada (photo d'archives)

Photo : Twitter / Hockey Canada

En résumé, Hockey Canada a signé avec Bauer un contrat à long terme de plusieurs millions sans procéder à un appel d’offres, alors que la PDG de Bauer siégeait au comité qui a porté Katherine Henderson à la tête de Hockey Canada.

Et Hockey Canada, dans un geste sans précédent, s’est ensuite adressé aux tribunaux suisses pour tenter de forcer l’exécution du contrat de Bauer aux dépens des autres membres de l’IIHF.

Maintenant que Katherine Henderson brigue un poste au conseil de l’IIHF, il est permis de se demander si elle n’y va pas – ne serait qu’un petit peu – pour défendre les intérêts de Bauer.

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