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Guerre au Moyen-Orient : encore loin d’un soulagement à la pompe, disent des experts

2 months ago 25

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Avec le long congé pascal, bien des automobilistes prendront la route, non sans constater des prix à la pompe toujours élevés, conséquence de la guerre au Moyen-Orient. Les consommateurs devront prendre leur mal en patience, affirment des experts, car même une éventuelle réouverture du détroit d’Ormuz n’apporterait pas d'apaisement immédiat.

Le prix du litre d’essence ordinaire se maintenait samedi au-dessus de la barre des deux dollars dans plusieurs stations-service de la grande région métropolitaine de Montréal. Ce cap symbolique a été franchi jeudi – un sommet depuis 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Avec la fermeture par l'Iran du détroit d'Ormuz, où transite en temps normal 20 % du pétrole brut mondial, de même qu'une baisse de la production au Moyen-Orient, rien ne laisse entrevoir une baisse des prix, selon Patrick Gonzalez, professeur au Département d’économique de l’Université Laval.

Tant que les conditions fondamentales ne changeront pas, les marchés resteront très inquiets, et ça fait monter le prix du pétrole, et, par conséquent, ça fait monter le prix de l'essence, explique-t-il.

La situation est d’autant plus incertaine pour les marchés que le président américain, Donald Trump, souffle le chaud et le froid quant à l'échéancier de la fin des hostilités, souligne M. Gonzalez.

Selon les pires scénarios du groupe financier Macquarie, le prix du Brent, référence internationale, pourrait grimper à 200 $US le baril si le conflit en Iran se prolonge jusqu’à la fin juin et que le détroit d’Ormuz reste en grande partie fermé au trafic maritime.

Actuellement, le prix du Brent avoisine les 109 $, ce qui représente une hausse de plus de 50 % depuis le début du conflit. En comparaison, en 2008, en pleine occupation de l'Irak par les États-Unis et une coalition de pays alliés, le prix du baril de Brent avait atteint un sommet historique à 147,50 $.

On serait déjà très étonné si on allait jusqu'à 150 dollars, mais ce n'est pas impossible dans les circonstances actuelles. [...] Depuis les années 70, c'est la pire crise qu'on ait jamais connue en termes énergétiques.

Même son de cloche pour Yvan Cliche, spécialiste en énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), qui se montre pessimiste quant aux prix à venir.

Oui, il y a des installations pétrolières et gazières qui ont été touchées par les missiles qui ont été envoyés de part et d'autre. Mais quelque part, et sans être trop alarmiste, on n'a encore rien vu, a-t-il affirmé en entrevue samedi à l'émission Les faits d'abord, sur ICI PREMIÈRE.

Parce que du côté iranien, il y a toujours l'île de Kharg que les Américains menacent d'attaquer ou sinon de tenter de prendre possession. C'est 90 % du pétrole iranien qui transite par cette île.

Et puis également, du côté iranien, on peut toujours aussi s'attaquer à des installations pétrolières de grande importance stratégique, notamment en Arabie saoudite. On pense au site de traitement d'Abqaiq, qui est de grande importance, qui avait déjà été aussi attaqué en 2019.

Et là, véritablement, il y aurait une perturbation franchement importante, craint-il.

Et le scénario de réouverture du détroit d’Ormuz?

Si le conflit se résolvait et que le détroit d'Ormuz était rouvert, MM. Gonzalez et Cliche croient qu’un retour à la normale prendrait des semaines, voire des mois.

En raison des dégâts causés par les frappes sur les infrastructures gazières et pétrolières du Moyen-Orient, la production en Irak et au Koweït a été partiellement interrompue. Il faudra donc attendre une reprise avant de voir un changement, dit M. Gonzalez.

De plus, ça prendra du temps avant que la mécanique de chargement des bateaux, puis de leur envoi, se remette en place, d’après le professeur.

Un pétrolier passe dans le détroit d'Ormuz, le 20 décembre 2018.

Près de 20 % de la production mondiale de pétrole passe quotidiennement par le détroit d'Ormuz.

Photo : Reuters / Hamad I Mohammed

Après la réouverture du détroit, ajoute M. Cliche, il va falloir avoir des assurances pleines et entières quant à la sécurité pour la navigation des navires dans la région, et ça, c'est loin d'être sûr qu'on puisse en arriver là.

Ce qui est beaucoup plus probable, c'est qu'on va évoluer dans une zone grise avec des garanties qui ne donneront pas nécessairement pleine confiance à tous les armateurs d'accepter que leurs navires y circulent, poursuit-il.

Et en tout état de cause, ça va avoir un effet inflationniste, parce qu'il va y avoir une prime de risque pour le pétrole et le gaz qui vient de cette région.

Les assureurs également vont dire : "Nous, on n'est pas complètement convaincus que la situation va véritablement tenir, qu'un cessez-le-feu va tenir de façon pleine et entière".

Également, on va peut-être aussi devoir accompagner les bateaux pour assurer la sécurité. C'est évidemment coûteux et complexe. Donc, ça veut dire qu'on ne peut pas avoir le même nombre de navires qui vont circuler qu'en temps normal, ajoute-t-il.

2:00

Le reportage de Raphaëlle Drouin

Quels impacts à long terme?

En plus de la hausse du prix du pétrole, la crise pourrait entraîner une accélération de l’inflation partout au Canada.

Avec le temps qui passe, avec le prix du diesel qui a grimpé, ça commence à être l'inflation qui risque de nous menacer, explique M. Gonzalez.

Une inflation contre laquelle la Banque du Canada ne pourra pas faire grand-chose, parce que c'est une inflation qui est fondamentale, basée sur le coût de l'énergie, et avec laquelle on doit vivre.

Donc là, c'est plus que le prix de l'essence qui va nous inquiéter, ça va être le prix des biens et services qu'on se procure quotidiennement.

Quant aux répercussions économiques à l'échelle mondiale, M. Cliche souligne que, si la crise pétrolière persiste, nous pourrions passer d’une crise de l’offre à une crise de la demande. Ce scénario surviendrait si les prix de pétrole atteignaient un seuil insupportable pour les raffineries, les populations et les États.

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