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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa nouvelle est passée sous le radar lors de l'entrée en vigueur de la loi 17, l'automne dernier : les ententes qui existaient depuis des années entre des garderies et des organismes communautaires sont désormais interdites. Ces CPE et organismes n’ont pu bénéficier d’une clause de droits acquis similaire à celle octroyée à diverses institutions et entreprises privées.
Des dizaines de mères de famille monoparentale et de familles défavorisées de Montréal et de Québec sont ainsi privées d'un accès prioritaire à une place dans des garderies pourtant situées à deux minutes de leur logement.
Pendant ce temps, de grandes entreprises comme Metro, Desjardins ou Machinex peuvent continuer à profiter d'ententes avec des services de garde qui assurent à leurs employés des places en priorité.
Charlie*, 25 ans, est mère de famille monoparentale d'un garçon de 3 ans. Nous appellerons ce dernier Alexandre*. Nous ne pouvons identifier ni Charlie ni Alexandre, afin de protéger leur sécurité physique.
Charlie a fait un retour aux études grâce à l'organisme Mères avec pouvoir. Cet OBNL, situé dans le centre-sud de Montréal, offre des logements à prix modique à des dizaines de mères de famille monoparentale en situation de vulnérabilité, âgées entre 17 et 45 ans.
L'organisme les aide depuis 1996 à retourner aux études ou à occuper un emploi mieux rémunéré. Parmi les éléments clés : la possibilité d'avoir une place au CPE Le Carrefour, qui partage la même cour que les logements à prix modique de l'organisme.
Il y a un retour aux études, il y a un diplôme qui est obtenu. [...] On vient vraiment briser le cercle de la pauvreté, explique la directrice générale de ce CPE, Marie-Claude Langlais.
C'est un projet qui a 85 % de taux de réussite.

Marie-Claude Langlais, directrice générale du CPE Le Carrefour à Montréal, soutient que le service offert aux mères de famille monoparentale vient briser le cercle de la pauvreté.
Photo : Radio-Canada / Julie Marceau
Or, à l'automne 2025, l'univers de mères comme Charlie a basculé. Tout comme celui de Marie-Claude Langlais, investie de cette mission d'aider les femmes.
Le gouvernement Legault a mis fin au partenariat qui existait depuis 25 ans entre la garderie et l'organisme communautaire Mères avec pouvoir.
Résultat : Charlie a peu de chances d'obtenir une place au CPE Le Carrefour en vertu des nouveaux critères d'admission instaurés à la suite de la réforme caquiste.
Elle s'est rabattue sur une garderie subventionnée de Villeray, située à une heure de chez elle. Le trajet nécessite qu'elle prenne chaque fois deux autobus différents avec sa poussette.
Comme Charlie a accepté une place dans une garderie subventionnée, elle se retrouve automatiquement au bas de la liste de rappel du CPE Le Carrefour, qui compte 660 noms.
Lorsqu'on lui a annoncé la fin du partenariat, elle a vu cela comme un rappel que la vie ne lui donnait pas de chance, confie-t-elle.
J'étais vraiment déçue. J'étais en colère. Je n'ai pas pété une coche, mais j'ai sacré, raconte Charlie pendant que nous l'accompagnons dans l'autobus avec son fils pour le retour à la maison.

Charlie* accorde une entrevue à Radio-Canada dans son trajet d'autobus. Elle doit prendre matin et soir deux autobus pour se rendre à la garderie. Nous protégeons son identité, car cela pourrait mettre en péril sa sécurité physique.
Photo : Radio-Canada / Jacques Racine
Ça vient jouer sur toute la raison d'être de notre installation, s'indigne Mme Langlais. Pourquoi, il y a 25 ans, c'était un projet qui était valable, et là, tout d'un coup, on l'arrête? C'est comme si on rend moins valables les partenariats sociaux que les partenariats privés ou en milieu de travail, qui sont tout aussi valables, mais le partenariat social permet aux mères de réintégrer le marché du travail, de reprendre leur vie en main et de venir briser le cercle de la pauvreté.
Le gouvernement a décidé de reconnaître des partenariats en milieu de travail : pourquoi les partenariats sociaux ne sont pas reconnus, eux?
La PDG de l'organisme Mères avec pouvoir, Valérie Larouche, fait remarquer qu'en plus d'ajouter du temps de transport à des mères ayant déjà un parcours de vie difficile, la réforme les prive de l'importance du réseau social qui se crée entre celles dont les enfants fréquentent le même CPE.
Ici, il y a plein de voisines qui peuvent aider, explique Mme Larouche. Elles vont s'offrir tour à tour pour aller chercher leurs enfants. Je vais chercher mon enfant, je vais prendre le tien en même temps à la garderie. Une entraide qui n'est possible que si leurs enfants vont tous au CPE Le Carrefour. C'est la porte à côté.
Là, [le gouvernement] impose des défis à des personnes qui étaient en train de mettre tout en place pour se sortir d'une situation de précarité. Je peux juste être outrée de ça, lance-t-elle.
C'est comme si on disait que le parcours des femmes n'avait pas de valeur.

Valérie Larouche, PDG de l'organisme Mères avec pouvoir, s'indigne de la situation créée par la réforme.
Photo : Radio-Canada / Julie Marceau
La réforme de la CAQ pour l'accès aux garderies
Avec la loi 17, c'est désormais un système centralisé qui choisit quel enfant doit être admis en premier dans toutes les garderies du Québec. Un système informatique propose les enfants un par un, selon un certain nombre de critères.
La précarité socio-économique est un critère important, mais le critère de proximité ne s'applique plus. Ainsi, un enfant de Laval peut avoir priorité sur un enfant de Montréal dans une garderie pourtant située en face de la maison de ce dernier.
Quand un parent accepte une place dans un CPE ou une garderie subventionnée, il perd automatiquement son rang dans les autres CPE ou garderies subventionnées.
Hausse des signalements à la DPJ?
À 250 km de Montréal, au bout de l'autoroute 20, la même indignation est partagée au CPE La Courtepointe, dans le quartier Maizerets, à Québec.
Ce CPE a un partenariat depuis toujours avec le HLM St-Pie X (nouvelle fenêtre), où habitent 450 familles parmi les plus défavorisées de la Capitale-Nationale. La garderie est située au rez-de-chaussée du HLM.
Près d'un logement sur cinq est occupé par une mère de famille monoparentale.
Une majorité de familles sont issues de l'immigration, parfois avec des parcours de vie traumatisants.
La réforme caquiste a sonné le glas d'un partenariat qui aurait fêté ses 50 ans cette année. Le CPE La Courtepointe ne peut plus offrir en priorité des places à ces dizaines de familles et de mères de famille monoparentale, et ce, même si la garderie est littéralement à deux minutes à pied des centaines de logements du HLM.

Mai Doumbia, d'origine ivoirienne, ne tarit pas d'éloges sur les services du CPE La Courtepointe. Sa fille Mariame, âgée de 5 ans, est atteinte d'une maladie rare, le syndrome de Phelan-McDermid. À 2 ans, elle ne marchait toujours pas. Mme Doumbia élève seule ses cinq enfants.
Photo : Radio-Canada / Julie Marceau
La directrice adjointe à la pédagogie au CPE La Courtepointe, Anne-Marie Goulet, est consternée.
Elle explique que le CPE s'est spécialisé, au fil du temps, dans l'intégration d'enfants ayant d'importants obstacles à surmonter dans leur développement.
Des professionnels comme des orthophonistes ou des ergothérapeutes se rendent au CPE pour faire des ateliers de stimulation. Donc, les parents n'ont pas besoin de se rendre au CLSC, donne-t-elle en exemple.
Qui plus est, selon elle, ce sont des familles qui ont souvent besoin d'être prises par la main pour inscrire leurs enfants à la garderie, à défaut de quoi elles ont tendance à les garder à la maison.

Anne-Marie Goulet, directrice adjointe à la pédagogie au CPE La Courtepointe
Photo : Radio-Canada / Julie Marceau
Le fait d'être à la maison, ça vient augmenter les effets de négligence sur l'enfant et, éventuellement, entraîner une hausse des signalements à la DPJ, prévient-elle.
Or, en brisant un partenariat qui dure depuis 50 ans, on fait s'effondrer tout un écosystème communautaire, dénonce la directrice adjointe, alors que le CPE travaille depuis des années avec les gestionnaires du HLM, du CIUSSS de la Capitale-Nationale et du service de police de Québec, notamment.
Les enfants n'auront plus accès au filet de sécurité qu'on leur donne au CPE.
Anne-Marie Goulet et sa directrice générale, Cecilia Oliva, ont tout fait pour obtenir une dérogation de Québec. Il s'agissait du dernier levier administratif qu'il leur restait. En vain.
À la suite de l’analyse des éléments présentés dans votre demande de révision, nous vous informons que la décision est maintenue, puisque le partenaire ne correspond à aucune des situations prévues à l’article 59.7 de la Loi sur les services de garde éducatifs à l'enfance (nouvelle fenêtre), leur écrit une gestionnaire du ministère de la Famille, en décembre 2025.
À Montréal, Charlie peut voir le CPE Le Carrefour depuis la fenêtre de son logement.
Le rêve est là, à quelques pas de son appartement.

Charlie nous accorde une entrevue à l'intérieur de son logement situé à deux pas du CPE Le Carrefour, qu'elle peut voir depuis sa fenêtre.
Photo : Radio-Canada / Jacques Racine
Radio-Canada a demandé au ministère de la Famille et au cabinet de la ministre Kateri Champagne Jourdain si une clause de droits acquis pour les partenariats sociaux ou, à tout le moins, des dérogations au cas par cas sont envisageables. Québec ferme la porte à ces idées.
Par écrit, une porte-parole du ministère de la Famille assure que le nouveau système centralisé saura privilégier les enfants qui sont dans un contexte socio-économique précaire.
Rappelons que la réforme caquiste vise à uniformiser l'admission des enfants en garderie subventionnée. Une minorité de services de garde avaient des politiques d'admission jugées douteuses, telles que des critères de sélection basés sur la religion ou l'ethnie.
Et, selon le ministère, les ententes entre des organismes communautaires et des garderies subventionnées ont servi de véhicule à cette sélection d'enfants inappropriée.

Une mère et son fils marchent vers l'un des logements, parmi des dizaines disponibles à prix modique, gérés par l'organisme Mères avec pouvoir dans le quartier Centre-Sud à Montréal.
Photo : Radio-Canada / Julie Marceau
Or, selon Anne-Marie Goulet et Marie-Claude Langlais, puisque ce nouveau système centralisé ne priorise pas les enfants selon leur code postal, c'est toute la mission de proximité de leur CPE qui s'écroule.
La nouvelle loi vise l'équité, mais pour nos familles, ça ne leur assure pas un accès équitable, déplore Mme Goulet.
Un des facteurs déterminants, c'est de pouvoir avoir une place dans un CPE de qualité et à proximité. La proximité, c'est vraiment un facteur de réussite, insiste Marie-Claude Langlais.
Avec la collaboration d'Amélie Fortin


2 months ago
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