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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwaySAÏDA, Liban-Sud - C’est la veille de l’Aïd, la fête de fin du ramadan, à Saïda. L’ambiance n’est toutefois pas à la joie, loin de là, dans la troisième ville du Liban.
Deux jours plus tôt, une frappe israélienne a visé une voiture qui passait près d’un point de rassemblement de pompiers, tuant l’un d’entre eux et en blessant trois autres.
Ce n’est pas la première fois que Saïda, surnommée la « capitale du Liban-Sud », est prise pour cible par l’armée israélienne. L’une des frappes les plus meurtrières est survenue il y a une semaine, lorsque l’aviation israélienne a visé un immeuble résidentiel sans avertissement préalable, tuant 12 personnes.

Un cratère est visible après une frappe israélienne contre un site où se rassemblent les pompiers de Saïda.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Israël a élargi sa guerre contre le Liban, depuis le 2 mars, après des attaques du Hezbollah contre son territoire en riposte à la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.
Cette guerre, qui vise principalement la milice chiite pro-iranienne, est la deuxième à survenir dans le pays en moins de deux ans. Et le bilan, à ce jour, est très lourd : plus de 1000 morts et un million de déplacés.
Saïda, surnommée la « porte du Liban-Sud », est située à une dizaine de kilomètres à peine de la zone rouge, plus au sud, soumise à un ordre d’évacuation de l’armée israélienne. Elle accueille de ce fait un très grand nombre de déplacés venus d’une centaine de villages frontaliers.

Une camionnette sert d'abri pour une famille de déplacés à Saïda, dans le sud du Liban.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
La situation est chaotique et très difficile, confie Moustapha Hijazi, le maire de Saïda.
Il explique que, lors de la dernière offensive militaire israélienne, en 2024, sa ville avait accueilli environ 9000 déplacés en deux mois. Aujourd’hui, en deux semaines de guerre, ce nombre a plus que triplé, pour dépasser les 30 000 déplacés.
Parmi eux, 13 000 sont répartis dans 24 écoles qui ont été reconverties en refuges, tandis que plus de 1500 dorment dans la rue, faute de place. Les autres, soit environ 16 000 personnes, ont pu louer un appartement ou demeurent chez des proches.

Moustapha Hijazi, maire de la ville de Saïda
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Le maire Hijazi, qui déplore le manque de ressources dont dispose sa municipalité, craint une aggravation de la crise humanitaire avec la poursuite de la guerre israélienne.
La zone d'évacuation ne cesse de s'étendre, dit-il. On ne sait pas combien de temps cette guerre va durer.
Nous sommes extrêmement inquiets parce que nous craignons l’afflux d’un plus grand nombre de déplacés, d'autant plus que nous n'avons plus d'abris disponibles.
Les écoles qui servent de refuges ne sont pas convenablement équipées, explique-t-il encore. Il n'y a ni eau chaude ni cuisine. L'infrastructure est soumise à une pression énorme.

La mer Méditerranée offre un répit aux habitants de Saïda, soumis à des frappes israéliennes depuis le 2 mars dernier.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Mais ce que M. Hijazi craint le plus, c’est de voir Saïda coupée du reste du Liban. L’armée israélienne, qui dit s'attaquer à des infrastructures utilisées par le Hezbollah, a détruit au moins trois ponts dans le sud du Liban en moins de 48 heures.
Si le pont qui nous relie à Beyrouth est détruit, nous serons totalement coupés du nord du pays, dit le maire de Saïda, mettant en garde contre une éventuelle pénurie de produits alimentaires de base, de carburant et de médicaments si la crise devait perdurer.
Un défi sur le plan de la sécurité
La sécurité est un autre problème auquel fait face la ville de Saïda. La municipalité tente de préserver la sécurité des résidents en éloignant toute cible israélienne potentielle des secteurs résidentiels. Ainsi, les déplacés qui dorment dans leur voiture doivent se diriger vers la corniche, la promenade au bord de la mer, tandis que les camions, eux, doivent être stationnés du côté du port de la ville.

Une voiture de police appartenant à la municipalité de Saïda, dans le sud du Liban.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
On n’a pas peur des familles qui dorment dans leur voiture, explique Badreddine Kawam, le chef de la police municipale de Saïda. Mais si on voit des hommes assis dans une voiture aux vitres teintées, là on va les interroger pour savoir ce qu’ils font ici. Ils risquent d’être des membres du Hezbollah ou du Hamas et de devenir des cibles, alors on veut réduire les risques, d'autant plus que beaucoup de gens dorment sur la corniche.
Nous faisons notre possible pour éviter le chaos, le grand chaos.
À deux pas de la municipalité, des pompiers sont rassemblés à un coin de rue après les funérailles de l’un des leurs, Fahmi Al-Chami, tué dans la frappe israélienne survenue il y a deux jours. Quatre missiles se sont abattus à cet endroit, mercredi matin. Leurs éclats ont endommagé deux camions de pompiers, perforant les réservoirs d’eau des véhicules et faisant éclater les vitres et les pneus.

Une affiche rendant hommage à Fahmi Al-Chami, un pompier tué dans une frappe israélienne à Saïda.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
C’est un membre du Hamas qui était visé alors qu’il était de passage dans sa voiture.
Nous étions tous ici lorsque la frappe est survenue, explique Ezzedine Habli, secouriste à la Défense civile. Fahmi a tenté de sauver le passager de la voiture ciblée, mais il a reçu un éclat d’obus dans son cou. Il est mort sur le chemin de l’hôpital, après avoir perdu beaucoup de sang.
Notre travail est dangereux, mais nous devons continuer, dit-il encore. Nous n’allons pas arrêter, peu importe les circonstances.
Entre la tête et le coeur, c’est le coeur qui l’emporte. Quand on voit quelqu’un qui a besoin de notre aide, on intervient, peu importe sa religion ou sa nationalité.
Se remémorant son amitié avec Fahmi, qui était pompier bénévole depuis 1999, Ezzedine n'a que de bons mots pour décrire le dévouement de son collègue. C'était un homme courageux, confie-t-il. Et c’est justement son courage qui a fait de lui un martyr.


2 months ago
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