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Essentiels, les trains ukrainiens sont maintenant des cibles

1 month ago 10

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KIEV, Ukraine – En ce froid dimanche matin de février, la scène est un rappel du rôle central que joue le train dans la vie des Ukrainiens.

Sur un quai d’une petite gare de l’est de Kiev, des wagons, les fenêtres légèrement embuées, sont immobilisés. À l’intérieur, quelques dizaines de personnes sont venues profiter de la chaleur alors que la Russie multiplie cet hiver les frappes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, privant parfois de courant des dizaines de milliers de résidents de la capitale.

Des trains ont permis à des Ukrainiens de se réchauffer pendant l'hiver.

Des trains ont permis à des Ukrainiens de se réchauffer pendant l'hiver.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Ces trains qui permettent de se réchauffer et de recharger nos appareils mobiles, c’est bien, constate Pavlo, installé devant son téléphone portable dans le fond d'un wagon. Un peu plus loin, une file s’est formée en attendant la distribution d’un repas chaud par une ONG américaine.

Que ce soit pour se réchauffer ou, évidemment, pour se déplacer, les trains sont devenus incontournables dans ce pays de plus de 600 000 km2 de superficie, un des plus grands d'Europe, où parcourir d’immenses distances en avion n'est plus envisageable depuis l’invasion russe de 2022.

Des Ukrainiens se réchauffent dans un train pendant l'hiver.

Des Ukrainiens se réchauffent dans un train pendant l'hiver.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Selon Ukrzaliznytsia, l’entreprise nationale de chemins de fer, de 80 000 à 90 000 Ukrainiens se trouvent à tout moment à bord d’un train. Cependant, voyager vers certaines régions du pays peut facilement devenir un casse-tête.

Parfois, les départs des trains sont retardés, voire annulés, en raison de bombardements, constate Katarina, une passagère rencontrée à la gare centrale de Kiev, qui doit emprunter des trains qui viennent de la région de Soumy, près de la frontière russe.

À quelques pas de nous, juste à côté de la gare, se trouve un triste rappel du danger qui guette les passagers.

La carcasse d'un train ukrainien frappé par un drone.

Une attaque contre un train à la fin janvier a fait six morts.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Sur un quai inutilisé, l’entreprise Ukrzaliznytsia a fait installer la carcasse d’un train qui transportait plus de 200 personnes lorsqu’il a été frappé par un drone le 27 janvier dernier. Cette attaque a fait au moins six victimes.

Les gens voyagent à travers le pays. L'objectif de la Russie, c'est qu’ils aient peur de se rendre près du front. Ils veulent créer des zones grises inaccessibles où on ne peut pas vivre. C’est pourquoi nous continuons vaille que vaille à faire fonctionner le réseau. Nos employés prennent des risques chaque jour.

Oleksander Pertsovskyi est président de l'entreprise nationale de chemins de fer Ukrzaliznytsia.

Oleksander Pertsovskyi est président de l'entreprise nationale de chemins de fer Ukrzaliznytsia.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Selon les autorités, le nombre d'attaques aériennes qui ciblent les infrastructures ferroviaires a augmenté ces derniers mois. Elles en ont dénombré 134 en janvier, 166 en février et plus de 200 en mars.

Évacuations risquées

Si elles sont plus fréquentes, les attaques contre les wagons et les gares sont loin d’être nouvelles.

L’ex-présidente de Médecins sans frontières (MSF), l’urgentiste pédiatre Joanne Liu, se souvient d’avoir été aux abords de la gare de Kramatorsk, dans le Donbass, 36 heures avant une frappe meurtrière survenue peu après le début de la guerre. Le 8 avril 2022, une double frappe de missiles avait fait 63 morts civils, dont 9 enfants.

Je me rappelle très bien quand j’étais là : j’ai vu le regroupement de civils qui étaient devant la gare. Les trains ont été le plus grand moyen d'évacuation de la population civile. Les gens ne partaient pas vraiment en voiture parce qu'il y avait aussi un manque de carburant vu l'effort de guerre, donc les gens partaient en train, raconte-t-elle.

Depuis 2022, des millions d’Ukrainiens ont pu quitter des zones rapprochées du front pour trouver refuge dans des villes plus sécuritaires, au centre et dans l’ouest du pays.

Parmi eux, certains, gravement blessés, avaient besoin d’une aide particulière. C’est donc à bord de trains que MSF a mené plusieurs opérations d’évacuation, d’abord dans des wagons de trains civils rapidement adaptés aux besoins, puis dans de véritables trains médicaux.

Une équipe médicale s'occupe d'un patient à bord d'un train.

Une évacuation médicale dans un train en 2023.

Photo : afp via getty images / YURIY DYACHYSHYN

C’était un petit peu compliqué si on le faisait en ambulance parce que c'était seulement un patient à la fois [...]. Donc, le seul moyen de transport qui traversait chaque province et avec lequel il n'y avait pas besoin de faire de changement de véhicule, c'était le train, explique Joanne Liu, qui est aussi directrice du Laboratoire de préparation aux pandémies et aux crises à l’Université McGill.

Aujourd’hui, l’entreprise nationale des chemins de fer d’Ukraine dit compter sur un parc d’environ 70 trains médicaux. Leurs trajets sont gardés secrets pour limiter les risques.

L'intérieur d'un wagon médical.

De nouveaux wagons médicaux entrent en service.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Des stratégies en constante évolution

Pour contrer les risques d’attaques, Ukrzaliznytsia ajuste la vitesse de ses trains, adapte ses trajets et travaille avec des partenaires militaires pour détecter les drones.

Des employés près d'un wagon.

Des employés s'entraînent à une évacuation de train en cas d'attaque.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Une procédure est également en vigueur en cas de frappe imminente. Une vingtaine de minutes avant l’arrivée potentielle d’un drone, le train est arrêté pour en évacuer les passagers. Cette opération doit durer moins de dix minutes.

Ce qui se passe, malheureusement, c’est que l’ennemi élabore de nouvelles stratégies pour mener ces tueries, concède le président de l’entreprise, Oleksander Pertsovskyi, qui reconnaît l’ampleur du défi auquel les cheminots et les passagers sont constamment exposés.

Un train dans une gare à Kiev.

L'Ukraine compte des milliers de kilomètres de rails.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Cependant, loin de baisser les bras, il assure que le secteur ferroviaire, avec ses quelque 20 000 kilomètres de rails, s’adapte, tant sur le plan stratégique que sur le plan technologique.

Le but premier est de s’assurer qu’une fois la guerre terminée, les Ukrainiens qui reviendront verront que leur pays n’a pas cessé d’évoluer...et a produit des choses nouvelles, lance-t-il.

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