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Engouement des pêcheurs de homard du N.-B. pour la chasse au phoque

2 months ago 14

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Au Nouveau-Brunswick, de plus en plus de pêcheurs de homard s'intéressent à la chasse au phoque, qui s'ouvre lundi. Bien qu'encore modeste, le nombre de permis pour la chasse récréative est en hausse.

Une vingtaine des pêcheurs de l’Union des pêcheurs des Maritimes et des agents des pêches se sont réunis le 9 mars à Tracadie pour apprendre les rudiments du dépeçage d’un loup marin.

C’est vraiment surtout de savoir quoi faire avec l’animal après qu’il est abattu. On a des chasseurs expérimentés, il faut savoir comment utiliser l’animal après, explique Tina Sonier, conseillère aux pêches à l’Union des pêcheurs des Maritimes.

Le boucher et chasseur des Îles-de-la-Madeleine Réjean Vigneau est venu partager son expertise sur la préparation et la dégustation du loup marin aux pêcheurs du Nouveau-Brunswick.

Réjean Vigneau apporte avec lui quatre carcasses de phoques gris chassés sur l'Île Brion un peu plus tôt cette année.

Réjean Vigneau apporte avec lui quatre carcasses de phoques gris chassés sur l'Île Brion un peu plus tôt cette année.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

L'objectif de l'atelier est d'apprendre à utiliser toutes les parties du phoque.

Les épaules pour les mijotés ou bien le confit ou l'effiloché, les filets avec les muscles dorsaux pour faire les fameux tatakis et les retailles vont servir à faire des terrines des rillettes et des saucisses, explique Réjean Vigneau.

Développer un marché

Tout le phoque chassé commercialement aux Îles-de-la-Madeleine est transformé dans sa boucherie et est vendu dans les restaurants de la région. Il pense qu'un marché du phoque peut être développé aussi au Nouveau-Brunswick dans l'éventualité d'une chasse commerciale.

Ma première raison d'être ici, c'est de montrer au monde que c'est goûteux, que c'est bon, que le goût est très très fin, fait valoir Réjean Vigneau.

Contrairement au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador, il n’y a pas de chasse commerciale aux phoques au Nouveau-Brunswick.

Depuis 2024, Pêches et Océans autorise une chasse récréative pour consommation personnelle au Nouveau-Brunswick et à l'Île-du-Prince-Édouard.

Tina Sonier.

Tina Sonier, conseillère aux pêches à l’Union des pêcheurs des Maritimes, coordonne le projet pilote de chasse récréative aux phoques pour les titulaires de permis du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Les intéressés doivent suivre une formation sur l’abattage sans cruauté des phoques et obtenir un permis pour avoir accès à cette chasse.

Ce qu’on veut dire aux gens, c’est qu’on ne veut pas juste tuer pour tuer, on ne veut pas juste éliminer le prédateur, mais on veut l’utiliser cette ressource-là.

Réapprendre à chasser

Pour plusieurs pêcheurs, la chasse aux phoques est un retour aux sources, un savoir traditionnel des communautés côtières qui s’est peu à peu perdu par manque d’intérêt et de débouchés.

C'est mon grand-père qui chassait, pas mon père. Ça fait qu’il faut tout recommencer à zéro. C’est pour ça qu’on demande l’expertise du Québec, explique Tina Sonier.

Au début du projet pilote de chasse récréative il y a un an et demi, c'est la pêcheuse de homard Christine Kelly qui a abattu le premier phoque au large de Tabusintac.

On a été des chanceux les premiers sur le projet pilote et on a réussi à en avoir un. C’est du essai erreur. On espère à long terme une chasse commerciale, mais on est vraiment dans l’apprentissage, dit-elle.

Christine Kelly sur un bateau, avec une carabine, du sang en arrière-plan.

Christine Kelly espère retourner à la chasse cet automne, mais croit qu'il faut davantage de formation pour préparer et sensibiliser les pêcheurs à participer à cette chasse.

Photo : Gracieuseté Christine Kelly

Je l'essaye dans la fondue, c'est excellent. [On revient] avec les recettes du vieux temps.

Le monde a des permis, mais ils ne savent pas quoi faire avec la bête, constate pour sa part Pierre-Luc Savoie, lui-même pêcheur au Nouveau-Brunswick et chasseur commercial aux Îles-de-la-Madeleine depuis cinq ans.

Pierre-Luc Savoie, devant un homardier.

Le pêcheur de homard de Sainte-Marie-Saint-Raphaël Pierre-Luc Savoie est devenu un des premiers chasseurs commerciaux du Nouveau-Brunswick à chasser aux Îles-de-la-Madeleine.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

C’est après l’abolition de permis de chasse aux phoques nuisibles en 2020 qu'il a voulu faire le saut.

C'est que les phoques nuisent à ses activités de pêche.

Étant pêcheur de homard, de hareng, de flétan, on se fait manger beaucoup de poisson et beaucoup d’engins de pêche ont des trous dans les filets. Juste l'année passée, je me suis fait manger cinq flétans de 70 livres, ils pognent dans le côté et il est plus vendable, déplore le pêcheur.

Deux chasseurs sur la glace, phoque mort.

Pierre-Luc Savoie à la chasse au phoque au large de Miscou le 17 mars 2025.

Photo : Gracieuseté Pierre-Luc Savoie

Un engouement modeste

En 2024-2025, seuls 22 phoques gris et du Groenland ont été abattus au Nouveau-Brunswick. Soixante quatorze personnes sont maintenant détentrices d’un permis, selon l’Union des pêcheurs des Maritimes.

Malgré un retour timide, les pêcheurs espèrent déjà l'ouverture d'une chasse commerciale, mais il manque des données.

Tina Sonier croit qu'il faut recenser de façon plus rigoureuse les colonies de phoques et faire des études de marché afin de savoir si une chasse commerciale peut être soutenable.

C’est une pièce manquante actuellement à ce puzzle-là, observe Tina Sonier.

Le boucher et chasseur de Réjean Vigneau le 9 mars 2026 à Tracadie donne un atelier sur le dépeçage d'un phoque gris à une vingtaine de pêcheurs du Nouveau-Brunswick.

Le boucher et chasseur de Réjean Vigneau le 9 mars 2026 à Tracadie donne un atelier sur le dépeçage d'un phoque gris à une vingtaine de pêcheurs du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Réjean Vigneau estime qu'il y a de la place pour d'autres joueurs dans l'industrie et que le produit est rentable s'il est transformé sur place.

Un phoque adulte, on va le décortiquer et ça peut générer de 1000 $ à 1500 $ juste pour la viande, soutient le boucher. Aux Îles-de-la-Madeleine, il y a aussi un marché pour la peau et la graisse de phoque.

Pêches et Océans estime que la population de phoques gris de l'Atlantique Nord-Ouest est en hausse par rapport à 2019, avec 366 400 individus recensés en 2021.

Des phoques en groupe.

Selon l'Union des pêcheurs des Maritimes, la prédation des phoques représente une cause importante de mortalité pour certaines populations de poissons, comme la morue, la limande ou encore le capelan. (Photo d'archives)

Photo : iStock / Ian Dyball

La population de phoques du Groenland est en déclin par rapport à 2019 avec 4,4 millions d'individus en 2024.

La chasse printanière aux phoques gris et du Groenland ouvre le 16 mars pour les titulaires de permis du Nouveau-Brunswick. Avec l’abondance de glace, Pierre-Luc Savoie espère bien tuer son quota de loups marins au large des îles Miscou et Lamèque, dans la Péninsule acadienne.

La chasse récréative au phoque au Nouveau-Brunswick

  • Il y a trois saisons de chasse aux phoques à usage personnel, soit celles d'automne, du 20 octobre au 20 décembre 2025, du 20 janvier au 15 février et du 16 mars au 26 avril.
  • La chasse récréative au Nouveau-Brunswick se fait dans les zones de pêche 21 et 24 qui couvrent les régions de la baie des Chaleurs, du golfe du Saint-Laurent et du détroit de Northumberland;
  • Chaque détenteur de permis peut chasser six phoques gris ou du Groenland par année.
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