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Des milliers d’élèves perdent leurs enseignants chaque année au Québec

1 month ago 18

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Dans plusieurs écoles primaires et secondaires du Québec, de nombreux enseignants ont dû abandonner leur tâche en cours d’année et s’absenter pour invalidité.

Selon le président de la Fédération québécoise des directions d’établissements d'enseignement (FQDE), Francis Côté, le phénomène, déjà présent dans le passé, s’est accentué depuis la pandémie de COVID-19.

La situation est extrêmement difficile. C’est un problème très important, les arrêts de travail. Est-ce que la situation en 2026 est pire que les années précédentes, menant à plus d’arrêts pour maladie? Totalement.

Ce qu’on a présentement, c’est vraiment une désorganisation quotidienne, note M. Côté.

Il soutient que le personnel fait face à beaucoup plus de violence et de stress qu’auparavant dans les écoles.

C’est de la violence verbale, de la violence physique, ce sont des situations extrêmement tendues, dit-il. Les gens se lèvent le matin et ils ont l’impression d’aller éteindre des feux.

Un constat partagé par Richard Bergevin, président de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE). Pénurie d'enseignants, surcharge de travail, gestes de violence : le milieu de travail est globalement plus difficile qu’il était avant la pandémie, confirme-t-il.

Depuis la pandémie, environ 10 000 enseignants en moyenne se sont absentés pour invalidité chaque année. Ils ont été absents en moyenne une cinquantaine de jours sur les 180 que compte le calendrier scolaire. C’est donc 8 % du personnel enseignant qui n’a pas été en mesure de terminer l’année scolaire pour différentes raisons.

C’est beaucoup, affirme Annie Boilard, une spécialiste en ressources humaines. En général, les entreprises vont cibler un taux entre 4 % et 6 %. C’est ce qui est généralement acceptable. Au-delà de ça, c’est élevé.

Selon les plus récentes données du ministère de l’Éducation portant sur la période 2023-2024, 9982 enseignants étaient alors en invalidité pour un total de 520 000 jours.

Les directions d’écoles constatent qu’il y a beaucoup de détresse psychologique et d’épuisement chez le personnel scolaire, ce qui en pousse plusieurs en arrêt de travail.

Des crayons dans une salle de classe vide.

Des crayons dans une salle de classe vide

Photo : CBC/David Donnelly

C’est ce qui est arrivé à Stéphanie Boulanger. L’enseignante a dû arrêter pendant plusieurs mois parce qu’elle était épuisée physiquement et moralement.

C’était en début de carrière, précise-t-elle. J’avais plusieurs élèves avec des difficultés comportementales et il n’y avait pas une bonne collaboration entre l’école et les parents. J’ai fait un long cheminement avec un psychologue pour m’aider à poursuivre dans cette carrière-là. J’ai même changé de centre de services scolaire pour recommencer à zéro, repartir sur d’autres bases.

Même si Mme Boulanger a changé d’école, il lui arrive encore d’avoir des années plus difficiles, où elle a le goût de tout abandonner, confie-t-elle. Il y a des années où on passe beaucoup de temps à gérer les comportements, où je me demande si je vais me rendre à la retraite, si je vais faire mes 35 ans de service.

Mme Boulanger a souvent l’impression de ne pas bien faire son travail, tant les besoins de certains élèves sont grands et tant le soutien se fait rare.

Avec le peu de moyens qu’on a maintenant, de soutien de spécialistes, d’orthophonistes et d’orthopédagogues, je me sens moins compétente, parce qu’il y a des élèves que je n’arrive pas à aider comme je le voudrais.

C’est ce qu’elle trouve le plus pénible. On veut le meilleur pour nos élèves. Et quand on ne réussit pas à atteindre cet objectif-là, c’est comme si on ne remplissait pas notre rôle et qu’on les abandonnait. C’est beaucoup de remise en question personnelle, sentir qu’on n’est pas à la hauteur. À un moment donné, c’est dur sur le système.

D’après elle, c’est ce qui peut pousser des enseignants à quitter le métier ou à prendre des congés de maladie.

Isabelle Filion, la directrice de l’école Jean-Lemonde, à Laval, a vu de nombreux enseignants à bout de souffle dans son bureau, au fil des ans. Les enseignantes se mettent beaucoup de stress parce qu’elles veulent que les élèves soient bien dans leur classe, réussissent. Et quand elles vont avoir le sentiment qu’elles n’y arrivent pas, elles ne se sentent pas bien, et ça, c’est souvent ce qui va provoquer leur épuisement.

La directrice soutient que la porte de son bureau est toujours ouverte pour ses employés qui traversent une période difficile.

Et il n’y a pas que les élèves qui causent du stress chez les enseignants, signale Mme Filion. Il y a aussi des parents qui leur mettent de la pression.

Il y a des parents qui collaborent moins. Donc, avec eux, ça peut devenir difficile. Il y en a qui sont un peu plus insistants et ça peut venir jouer sur le stress. Parfois, c’est difficile pour un parent d’admettre que son enfant vit des difficultés. Mais ce n’est pas l’ensemble des parents qui sont des stresseurs.

Le président de la Fédération québécoise des directions d’établissements d'enseignement, Francis Côté, reconnaît lui aussi qu’ il y a des situations avec des parents qui sont extrêmement intenses.

Un an, deux ans, trois ans avec des classes difficiles, des parents qui ne sont pas toujours évidents, des élèves hyper réactifs, des contraintes au quotidien… Les enseignants vont faire autre chose ou partir en maladie dans le meilleur des cas.

Francis Côté, président de la Fédération québécoise des directions d’établissements d'enseignement.

Francis Côté, président de la Fédération québécoise des directions d’établissements d'enseignement

Photo : Radio-Canada / Cédrick Tremblay

Stéphanie Boulanger affirme que ses collègues l’aident à passer au travers des périodes les plus difficiles.

Une chose que j’ai apprise, c’est de lever la main et d’aller chercher de l’aide quand j’en ai besoin auprès de mes collègues, de ma direction, et de ne pas avoir peur de dire que ça ne va pas. Il y a des journées plus difficiles, des cohortes plus difficiles, et il m’arrive de dire : j’ai besoin d’un coup de main. Et j’ai des collègues qui lèvent la main pour venir m’aider.

Au Centre de services scolaire de Laval, où travaille Stéphanie Boulanger, on estime qu’en moyenne 30 % des nouveaux arrêts de travail chaque année sont attribuables à des causes psychologiques.

Véronique Guindon, qui est conseillère au bureau de gestion de l’éthique et de l'intégrité du centre de services scolaire, affirme que tout est mis en place pour aider les enseignants ou les autres membres du personnel.

Nous, ce qu’on veut, c’est de toujours pouvoir les soutenir, assure-t-elle. Si les gens ressentent de l'essoufflement, on les invite à demander de l'aide. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. On a plein de façons de les soutenir. On a des ressources.

Mais les enseignantes à qui nous avons parlé nous ont dit qu'elles et leurs collègues hésitent à prendre un congé de maladie même lorsqu’elles sont au bout du rouleau, parce qu’elles ne veulent pas abandonner leurs élèves et leurs collègues durant l’année scolaire.

Et lorsque des enseignants prennent un congé de maladie, c’est un véritable casse-tête pour les directions d'écoles, qui doivent embaucher des remplaçants alors qu’il y a pénurie de personnel. Résultat : ce sont souvent des enseignants non légalement qualifiés qui se retrouvent devant la classe. Et c’est sûr que ça donne un stress à l’ensemble de l’équipe-école, reconnaît Isabelle Filion.

Le ministère de l'Éducation confirme la hausse constatée du nombre de personnes en congé de maladie depuis quelque temps, mais relativise la situation. Au cours des dernières années, le nombre de jours d’absence du personnel scolaire a augmenté proportionnellement à la croissance du nombre de personnels scolaires. Au prorata, donc, le taux d’absence se maintient dans le temps avec de légères fluctuations selon le groupe d'absence.

Des partis d'opposition réagissent

Le porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation, Pascal Bérubé, croit que le gouvernement doit investiguer pour tenter de comprendre ce qui pousse un aussi grand nombre d’enseignants en invalidité chaque année.

Il y a plein de raisons qui sont possibles et qui sont compréhensibles, mais là… on comprend qu’il y a des chiffres qui sont inquiétants. D’avoir autant d’enseignants et d’enseignantes qui s’absentent pour invalidité, ça nous dit quelque chose et il faut comprendre les raisons.

La porte-parole des libéraux en éducation Madwa-Nika Cadet trouve elle aussi les chiffres préoccupants. Pour moi, c’est un signal d’alarme assez fort. Il faut qu’on se pose des questions sérieuses sur les raisons qui motivent ces enseignants à décider d’abandonner le navire, même s’ils n’ont pas envie d’abandonner les jeunes. Nous, on propose de tenir des états généraux sur l’éducation.

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