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Des finances publiques fragiles au Québec

2 months ago 21

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Alors qu’Eric Girard vient peut-être de présenter son dernier budget, on peut se demander si le Québec est en meilleure santé financière, après les huit années au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ). Les déficits se succèdent et le chemin tracé par le ministre des Finances pour revenir à l’équilibre budgétaire s’appuie sur des hypothèses fragiles.

D’abord, c’est important de dire que la dette du Québec a diminué dans les dernières années, passant d’une valeur représentant 45,9 % du PIB, en 2018, à 38,8 % aujourd’hui. C’est un élément central de l’état de santé des finances publiques. Et c’est un bon point à mettre au crédit du ministre Girard.

Cela dit, cette dette était déjà en baisse avant l’arrivée de la CAQ au pouvoir, en 2018, alors que le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait annoncé des surplus budgétaires dans les années précédentes. Des surplus obtenus grâce, en bonne partie, à des mesures de rigueur, que certains ont qualifiées d’austères, entre 2014 et 2016.

Aussi, si le poids de la dette est moins important aujourd'hui, il est tout de même en remontée à l'heure actuelle. D'un creux de 37,5 % en 2023, le ratio dette/PIB va revenir à 39,3 % en 2028. Le ministère des Finances prévoit, avec son plan de retour à l’équilibre budgétaire, qu’il va recommencer à descendre ensuite.

Un problème de revenus

Mais c’est ici que le bât blesse. S’il est exact de dire que la CAQ a dû composer avec plusieurs éléments impossibles à prévoir, comme la pandémie, la guerre et l’élection de Donald Trump, le gouvernement Legault est aussi responsable de la réduction de sa marge de manœuvre. La CAQ s’est auto-infligé une partie de ses blessures budgétaires.

On pourrait même dire que le gouvernement le reconnaît dans le budget 2026-2027 qui a été présenté mercredi. À la page A.27, le ministère des Finances explique, dans les faits, pourquoi le gouvernement est plongé dans un déficit structurel. Il évoque le poids des revenus dans l’économie, autrement dit la valeur des revenus de l’État par rapport au PIB.

Il est écrit que la diminution du poids des revenus dans l’économie, de 26,1 % en 2018-2019 à 25,0 % en 2026-2027, s’explique notamment par les mesures que le gouvernement a instaurées pour remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois, telles que la baisse d’impôt annoncée dans le budget 2023-2024 et les contributions du gouvernement pour limiter la hausse des comptes de taxe scolaire.

Ces décisions ont réduit la capacité de l'État à générer des revenus et à atteindre l’équilibre budgétaire. Ce sont des choix politiques qui ont été faits, qui sont fidèles aux convictions du premier ministre et de son ministre des Finances, mais qui, aujourd’hui, rendent difficile l’atteinte du déficit zéro, comme l’exige la loi.

Dans un contexte de faible croissance économique, avec l'incertitude qui ne fait que grandir, les baisses d’impôts et de taxes pèsent encore plus lourd. Non seulement le poids des revenus dans l’économie a baissé, mais il n’est pas prévu qu’il va remonter. Il ne reste donc au gouvernement que la seule option de diminuer les dépenses pour revenir à l’équilibre budgétaire.

La hausse du poids des dépenses dans l’économie, est-il écrit dans le budget, de 24,4 % en 2018-2019 à 25,6 % en 2026-2027, découle des investissements du gouvernement pour assurer le financement des services publics, notamment en santé et en éducation. Elle est également liée aux gestes posés depuis 2018 au bénéfice des Québécois, comme les bonifications du montant pour le soutien des aînés annoncées en 2021 et en 2022.

Le gouvernement prévoit maintenant que le poids des dépenses va passer à 24,3 % en 2030-2031. Or, le travail à faire sera colossal. La hausse des dépenses totales sera limitée à 2 % en moyenne par année d’ici cinq ans, a expliqué le ministre Girard cette semaine. Et il y a environ 5 milliards de dollars d’écarts à résorber pour arriver à l’équilibre en 2029-2030.

Deux courbes illustrant le pourcentage du PIB que représentent les revenus et les dépenses du gouvernement du Québec.

Ce graphique apparaissant dans le budget Girard montre le poids des revenus et des dépenses par rapport au PIB du Québec.

Photo : Ministère des Finances du Québec

Une petite note à ce point-ci : en entrevue, Eric Girard a dit que la cible de 2 % par année avait pour objectif, dans les faits, de ne pas dépasser une croissance des dépenses totales de 3 %. Cette déclaration est étonnante. C’est 2 ou 3 %, Monsieur le Ministre? Votre chemin, déjà très étroit, pour revenir à l’équilibre budgétaire, tient-il encore la route si vous nous dites que le vrai chiffre c’est 3 %?

Il nous a répondu qu’il y a des provisions pour éventualités. Or, ces réserves sont là pour être utilisées en cas d’urgence, comme lors d'une pandémie, d'une catastrophe naturelle ou encore dans l'éventualité de nouvelles attaques tarifaires.

Et puis, autre note : le ministre dit que les écarts à résorber vont disparaître quand la révision de l’ACEUM par le Canada, les États-Unis et le Mexique sera terminée. Cette projection est très fragile. Est-elle vraiment prudente, connaissant le caractère intempestif et imprévisible du président des États-Unis, Donald Trump?

Plusieurs raisons, donc, expliquent que le trajet vers l’équilibre sera difficile. Le gouvernement Legault a réduit sa marge de manœuvre, ce qui affecte ses revenus. Et les tensions géopolitiques, la guerre commerciale avec les États-Unis, le vieillissement de la population et la baisse de la population viennent amplifier les difficultés du Québec.

Dire que la maison est en ordre, comme l’a affirmé François Legault, est probablement exagéré.

Des perspectives économiques inquiétantes

Une autre page dans le budget, qui nous donne un portrait de l’état de santé du Québec, mérite une attention particulière. La page A.35 nous donne une série de projections sur les indicateurs économiques de 2024 à 2030, des données très riches préparées par le ministère des Finances. Le portrait est assez inquiétant, pour tout dire.

D’abord, la croissance économique du Québec est faible. On est loin des 2 % par année que voulait atteindre Eric Girard quand il est arrivé au pouvoir. La pandémie est venue casser l’essor des pays occidentaux et le retour à un rythme de croisière plus ambitieux prend du temps. La croissance s’est limitée à 0,8 % en 2025 au Québec et sera de 1,1 %, selon le ministère des Finances, cette année. Le Québec est au fond du classement canadien.

Ensuite, la hausse de la consommation des ménages est appelée à décélérer dans les prochaines années pour passer de 5 % en 2024 à 3 % à la fin de la décennie. Cette donnée est cruciale, puisque la consommation est au cœur de notre modèle économique.

Les investissements des entreprises vont aussi ralentir cette année. Après des croissances de 9,2 % et de 5,4 % en 2024 et 2025, la hausse des investissements ne sera que de 2,1 % en 2026, selon les prévisions du ministère. Une remontée pourrait suivre, avec des hausses prévues de 4 à 5 % les années suivantes.

Avec la progression attendue des taux d’intérêt, peut-être à partir de 2027, les investissements résidentiels pourraient ralentir, puis même baisser en 2028 et 2029. Et les mises en chantier pourraient chuter de moitié, pour passer de 60 000 en 2025 à 34 000 en 2030.

Après une baisse de 1,7 % de nos exportations en 2025, dans le contexte du conflit commercial avec les États-Unis, la reprise sera timide en 2026, avec une hausse prévue de 1,2 %. La croissance reviendra à 2 % et plus les années suivantes, selon le ministère des Finances.

Les données les plus inquiétantes concernent le marché du travail. La population va stagner d’ici 2030, selon les prévisions. Les 15 ans et plus se stabilisent, à environ 7,6 millions de personnes. La création d’emplois va décélérer, passant de 79 000 en 2025 à 20 000 cette année, puis de 14 000 à 16 000 pour les années suivantes.

Avec les pressions démographiques qui ne vont que s’accélérer, le taux de chômage devrait tomber à 4 % d’ici quatre ans; ce ne sera toutefois pas parce que l’économie va bien, mais surtout parce que le marché du travail est sous pression.

Précision

Dans la version initiale de ce texte, ont été malencontreusement inscrites les données sur le ratio dette/PIB du budget 2025-26. Elles ont été corrigées avec celles, à jour, du budget 2026-27. Dans les deux cas, le ratio dette/PIB est en hausse jusqu'en 2028.

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