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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPour maximiser l’utilisation des espaces de travail, des capteurs infrarouges sont déployés dans les bureaux de plusieurs employeurs au Québec, dont des filiales de Québecor. Ils permettent de voir en temps réel si l’employé est présent à son bureau. Une technologie qui suscite toutefois des inquiétudes parmi des employés qui craignent d’être surveillés par leur employeur.
Québecor fait partie des employeurs qui ont implanté le système de réservation de postes de travail de l’entreprise québécoise ELIA. Une technologie qui serait présente dans 800 bâtiments de diverses entreprises répartis dans 5 pays.
Dans un contexte de travail hybride où un poste de travail n’est pas attitré à un employé, le système permet de réserver des bureaux.
L’employeur peut aussi implanter des capteurs infrarouges qui permettent de vérifier si l’espace est bel et bien occupé par le travailleur. Ils vont détecter le rayonnement infrarouge du corps humain parce qu’il fait une chaleur plus élevée que l’air ambiant, puis on va donc être capable de détecter une présence au bureau, explique le président d'ELIA, Anthony Blais.
Tous les employés qui utilisent le système ELIA peuvent savoir à quel étage et à quel emplacement se trouvent leurs collègues.
La vice-présidente communications de Québecor, Véronique Mercier, mentionne, dans une déclaration écrite, que les capteurs permettent d’offrir une visibilité en temps réel sur les espaces disponibles ainsi que sur les équipes présentes, afin que les équipes puissent se retrouver facilement. Québecor explique aussi l’utilisation de l’outil par la nécessité de savoir en temps réel quels secouristes formés sont présents sur les lieux de travail.
Des préoccupations parmi les employés
Une employée de Québecor a contacté Radio-Canada pour faire part de son inquiétude quant au déploiement des capteurs infrarouges, les jugeant intrusifs et craignant d’être surveillée indûment. Elle a demandé à ce que son identité soit protégée par crainte de représailles de son employeur.
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente plus de 3700 membres de Québecor, notamment chez Vidéotron, TVA et le Journal de Québec, s’inquiète aussi du déploiement d'ELIA.

Le système ELIA est implanté dans des bureaux des filiales de Québecor. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Le SCFP est au courant de plusieurs projets ou pratiques de surveillance des employés qui ont cours chez Québecor, dont des dispositifs à capteurs infrarouges. Dans tous les cas, nous veillons au respect des droits de nos membres. Nous analysons chaque situation soigneusement, puis en discutons avec l’employeur et exerçons des recours au besoin, mentionne par écrit le conseiller syndical du SCFP Sébastien Goulet.
Véronique Mercier rétorque toutefois qu'ELIA n’est pas destiné à la surveillance des employés. Il permet simplement de rendre plus efficace la gestion des réservations des espaces de bureau.
Une tendance lourde
Québecor est loin d’être la seule entreprise à avoir implanté des capteurs infrarouges, selon Xavier Parent-Rocheleau, professeur en gestion des ressources humaines à HEC Montréal. Il a mené une étude sur la présence de l’intelligence artificielle au travail auprès de 4595 travailleurs québécois. Il y a une grande montée des capteurs de type biométrique.
Selon le site web d'ELIA, le système de réservation est aussi utilisé par plusieurs grands employeurs, dont Air Transat, Fondaction, Cascades et l’Université Laval.

Xavier Parent-Rocheleau est professeur au Département de gestion des ressources humaines de HEC Montréal. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Xavier Parent-Rocheleau
M. Parent-Rocheleau a recensé une vingtaine de technologies de surveillance électronique. Les capteurs infrarouges sont parmi les technologies les plus intrusives qu’on retrouve, souligne le professeur.
Selon ses constats, c’est rarement l’intention de l’employeur de surveiller avec les capteurs. Malgré tout, la perception de surveillance est bien réelle. C’est presque inévitable que les employés se sentent surveillés. Avec la perception de surveillance vient souvent une forme de perte de confiance.
Ce genre de technologie peut ultimement permettre de savoir combien de temps précisément vous avez passé aux toilettes versus à votre bureau.
Sans cibler ELIA, il se questionne aussi sur l’utilisation des données par les entreprises qui vendent ces systèmes aux employeurs. Dès l’instant qu’on a la donnée, elle peut être utilisée à d’autres fins que ce pour quoi elle était prévue au départ. Ça peut conduire à des situations de surveillance, même à l’insu de l’employeur.
Québecor assure que les données sont protégées. Québecor a toujours eu à cœur le respect de ses obligations en matière de protection des renseignements personnels, précise la vice-présidente, communications, Véronique Mercier.
Le président d'ELIA souligne que leur équipe reçoit uniquement des données anonymisées afin de faire des recommandations aux employeurs sur l’utilisation des espaces.
Que dit la jurisprudence?
Me Marc Boudreau, avocat en droit du travail et associé principal chez CMB Avocats, explique que les tribunaux n’ont pas encore tranché sur les limites de l’utilisation des capteurs en conformité avec les chartes des droits et libertés. Est-ce qu’on peut savoir quand quelqu’un se lève, quand quelqu’un prend une pause?

Me Marc Boudreau est avocat en droit du travail. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté Me Marc Boudreau
C’est un domaine où tout le monde attend que la jurisprudence se développe parce que, sur le terrain, ça se développe à [100] milles à l’heure.
Ce qui est clair, selon lui, c’est que la jurisprudence conclut qu’on ne peut pas filmer un employé en permanence, sauf dans certaines exceptions, comme les croupiers au casino. Selon moi, vérifier si quelqu’un est présent ou non au milieu de travail [avec des capteurs], c’est une surveillance. Mais elle est beaucoup plus justifiée pour un employeur que de surveiller ce que son employé fait du matin au soir.
Des millions de dollars perdus en raison de la mauvaise gestion des bureaux
Le président d'ELIA, Anthony Blais, juge que son système permet aux entreprises de faire des économies importantes. Au gouvernement provincial, c’est environ 100 à 150 millions par année qui est perdu dans des espaces qui sont vacants, pas utilisés, avance-t-il.
Les données collectées avec le système permettent donc aux gestionnaires de prendre des décisions éclairées sur leur gestion immobilière. C’est vraiment à cela que le capteur sert en premier, tranche M. Blais.
L’objectif principal de ces capteurs, c’est de savoir ce qui est réellement utilisé et d’être capable d’optimiser le pied carré.
Il recommande par ailleurs à ses clients employeurs de développer un plan de communication pour bien expliquer à leurs employés l’utilisation du système. C’est vraiment au bénéfice de leurs employés afin qu’ils aient un espace de travail adapté à leurs besoins.
L’entreprise ELIA a lancé la plateforme en janvier 2023.


3 days ago
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