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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayIl y avait quelque chose de presque trop symbolique dans l’installation de Louise Arbour comme nouvelle gouverneure générale du Canada.
Ce n’était pas simplement un changement à Rideau Hall. Cela ressemblait à la fin d’une époque politique. Le départ de Mary Simon, première gouverneure générale autochtone du Canada, ne marque pas seulement la fin du mandat d’une personne. Il marque la fin d’un certain moment de réconciliation au Canada.
Cela peut sembler dur.
Justin Trudeau a nommé deux gouverneures générales pendant son mandat de premier ministre. La première fut Julie Payette. J’ai eu la chance de la rencontrer et d’assister à son investiture. Ce dont je me souviens le plus, ce n’est pas sa carrière d’astronaute, même si elle était impressionnante. C’est le fait qu’elle ait parlé algonquin de mémoire pendant la cérémonie.
Ce n’était pas une simple phrase symbolique. Elle avait manifestement travaillé pour y arriver. Elle avait compris que le Canada ne devient pas un meilleur pays en faisant semblant que cette terre a commencé avec l’anglais et le français.
Lorsque Payette a été nommée, j’avais demandé au premier ministre de songer à nommer une gouverneure générale autochtone. Lorsqu’il a choisi Payette, j’ai plaisanté en disant qu’au moins, il avait choisi quelqu’un d’autochtone à la Terre. C’était une blague, mais derrière cette blague se cachait une réelle déception. Le Canada n’avait toujours pas trouvé le courage de confier ce rôle à une personne autochtone.
Puis Mary Simon est arrivée.
Sa nomination comptait parce qu’elle était Inuk. Elle a rappelé aux Canadiens que les peuples autochtones ne sont pas seulement les Premières Nations. Nous sommes Premières Nations, Métis et Inuit. Trop souvent, lorsque le Canada parle des peuples autochtones, il imagine seulement ceux d’entre nous qui vivent au sud de la limite des arbres. Les Inuit, les communautés nordiques et les réalités de l’Arctique sont repoussés aux marges de l’imaginaire national.
Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.
Mary Simon a forcé le Canada à regarder vers le Nord.
Elle ne l’a pas fait avec colère. Elle l’a fait avec dignité. Elle était prudente, mesurée et conservatrice dans le meilleur sens du terme. Elle comprenait la fonction. Elle en respectait les limites. Mais sa présence demeurait un défi lancé au pays. Elle rappelait au Canada que la réconciliation n’est pas une décoration. Ce n’est pas une reconnaissance territoriale. Ce n’est pas une séance de photos. C’est une obligation constitutionnelle, morale et historique.
Son travail sur la santé mentale comptait également. Dans les communautés nordiques et autochtones, la santé mentale ne peut être séparée du colonialisme, du logement, de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire, de la perte des langues et du deuil porté par les familles depuis des générations. Mary Simon le comprenait. Elle n’avait pas besoin de mettre la douleur en scène devant les caméras. Elle portait ce savoir avec discrétion.

La gouverneure générale Mary Simon est assise aux côtés de son mari, Whit Fraser (à droite), et du premier ministre Mark Carney (à gauche), lors d'une réception d'adieu organisée en son honneur à Ottawa, le mercredi 3 juin 2026.
Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick
Le virage Carney : l'élite institutionnelle plutôt que le Nord
Maintenant, elle est partie.
Et à sa place arrive Louise Arbour.
Louise Arbour est hautement qualifiée. Aucune personne sérieuse ne peut le nier. Elle a siégé à la Cour suprême du Canada. Elle a travaillé à l’international. Elle a défendu les droits de la personne et défié des gens puissants. Elle est intelligente, respectée et sérieuse.
Mais c’est précisément là le point.
Sa nomination révèle le type du Canada que le premier ministre Mark Carney veut projeter : institutionnel, juridique, international, respectable, à l’aise dans les cercles d’élite et parlant couramment le langage de l’autorité mondiale.
Ce Canada a toujours su parler des droits de la personne à l’étranger. Il a toujours été beaucoup moins à l’aise lorsque les peuples autochtones demandent justice ici, chez nous.
Le Canada de Carney semble s’éloigner de la réconciliation comme projet national central. Les peuples autochtones seront encore mentionnés, bien sûr. Nous apparaîtrons dans les discours. Nous serons consultés. Nous serons reconnus avant les réunions. Nous pourrons même être célébrés lors de cérémonies lorsque cela sera utile.
Voilà le danger. Les peuples autochtones sont de plus en plus traités comme des obstacles au développement, des risques pour l’investissement ou des parties prenantes à ramener dans le rang. La réconciliation devient acceptable seulement lorsqu’elle ne ralentit pas une mine, un pipeline, un port, un projet hydroélectrique ou un agenda gouvernemental.
Avec Carney, comparativement à Trudeau, le langage est plus froid. Les priorités sont plus claires. On demande au pays de penser en termes de productivité, d’investissement, de défense, de commerce et de crédibilité internationale. Ces choses comptent. Mais si les peuples autochtones sont repoussés de côté au nom de l’efficacité, alors le Canada n’avance pas. Il recule.

La gouverneure générale désignée Louise Arbour, à gauche, serre la main de sa prédécesseure Mary Simon, avant sa cérémonie d'intronisation au Sénat du Canada, à Ottawa, le lundi 8 juin 2026.
Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby
Le bilinguisme officiel face aux langues de la terre
Certains ont critiqué Mary Simon parce qu’elle ne parlait pas français. Le bilinguisme officiel compte. Je le comprends profondément. Mais posons une autre question. Louise Arbour parle-t-elle une langue autochtone? Peut-elle dire bonjour en cri, en inuktitut, en anishinaabemowin ouen michif? Quelqu’un exigera-t-il même qu’elle essaie?
Moi, cela m’importe.
Cela m’importe parce que mes enfants doivent se voir dans le Canada. Ils doivent savoir que les langues de cette terre ne sont pas des vestiges du passé. Ce sont des langues vivantes de droit, de diplomatie, de cérémonie, d’humour, de deuil et de nation.
Maintenant, Louise Arbour a un choix. Elle peut occuper la fonction avec dignité et poursuivre le lent retrait de la réconciliation. Ou elle peut nous surprendre.
Le départ de Mary Simon n’est pas seulement la fin d’un mandat. C’est un avertissement. Le Canada est peut-être en train de se détourner de la réconciliation au moment même où le travail devait devenir réel.
Nêhiyawêwin nipîkiskwân — je parle cri
Anishinaabemowin nindaa-anishinaabem — je parle anishinaabemowin
Inuktitut uqaqtunga — je parle inuktitut
Je suis Canadien


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