PROTECT YOURSELF with Orgo-Life® QUANTUM TECHNOLOGY
Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDossiers bourrés de documents contenant des renseignements, écoute électronique, informateurs payés, agents infiltrés, album photos de dissidents du mouvement Red Power, opérations de surveillance… Le « programme sur l’extrémisme autochtone » du Service de sécurité de la GRC est digne d’un roman d’espionnage, et pourtant, c’était l'une des missions de cette agence de renseignement intérieur de l’époque de la guerre froide.
Les documents déclassifiés corroborent également le fait que le gouvernement libéral a autorisé la GRC à écouter secrètement les appels téléphoniques de la Fraternité nationale des Indiens (FNI), devenue aujourd’hui l’Assemblée des Premières Nations, à Ottawa.
Pour plusieurs leaders, comme l’ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations Georges Erasmus, ce n'est pas une surprise. Ce dernier s’est toujours douté que l’État les surveillait. Il en a aujourd’hui la preuve.
J’ai toujours su que, d’une manière ou d’une autre, ils étaient là.
Parce que ça s’est passé pendant si longtemps, c’est tout simplement devenu une seconde nature, explique celui qui a été président de la Nation dénée.
Les milliers de pages de documents révèlent comment le Service de sécurité surveillait nonchalamment les activités politiques autochtones dès 1968, en raison d’inquiétudes sur l’influence potentielle de groupes radicaux ou communistes.
La position de la GRC a changé en 1973, après l’occupation pacifique des locaux du département des Affaires indiennes de l’époque, à Ottawa, par 200 jeunes militants. Après 24 heures de manifestations, ils sont partis avec un sac rempli de documents.

Une partie d'un groupe de 200 personnes bloquant l'accès à une cafétéria dans le bâtiment des Affaires indiennes à Ottawa, le 30 août 1973.
Photo : La Presse canadienne / Peter Bregg
La police fédérale n’a jamais vu venir cette action et était incapable de répondre aux requêtes de renseignements de la part du gouvernement, lit-on dans une chronologie interne secrète rédigée en 1978.
Cet état de fait, associé à la prise de conscience que la persistance des troubles entraînerait une recrudescence de ce type d'incidents, a convaincu le Service de sécurité de se lancer dans un vaste programme de développement de réseaux d'informateurs dans le domaine autochtone, est-il également écrit.

CBC Indigenous a obtenu près de 6000 pages du Service de sécurité de la GRC qui datent de la fin des années 1960 au début des années 1980.
Photo : CBC / Alex Lupul
Une enquête de CBC Indigenous montre que le programme a évolué pour devenir une opération de surveillance d’envergure nationale qui ciblait bien plus de gens que quelques personnes soupçonnées d’être radicales. Des centaines d’Autochtones et au moins 30 organisations politiques légitimes étaient dans la mire de la GRC.
Les documents ont été diffusés en 2025 après quatre demandes d’accès à l’information. Le gouvernement fédéral s’est battu en cour contre les requêtes, retardant le processus de plusieurs années.
Les documents contiennent des centaines de rapports de surveillance contenus dans des dossiers étiquetés renseignements raciaux (ou racial intelligence en anglais). Ils renferment les noms de 150 membres de la GRC et confirment que ceux-ci avaient recours à des informateurs payés, à de la surveillance physique, à de la prise de films et de photos, qu'ils avaient des échanges avec les Affaires indiennes et le FBI et qu'ils effectuaient des recherches dans des dossiers gouvernementaux et privés sensibles.
Infiltration à grande échelle
Le nom de Georges Erasmus revient à maintes reprises dans des documents datés de 1971 à 1981, période durant laquelle des agents se garaient devant les bureaux de la Nation dénée à Yellowknife pour prendre des photos avec des objectifs télescopiques. M. Erasmus se faisait interpeller et harceler à l’aéroport lorsqu’il voulait se rendre à Edmonton.

Georges Erasmus en 1973
Photo : NWT Archives/NCS Native Press/N-2018-010
C’était très intrusif, et personne ne devrait avoir à vivre ça, se rappelle celui qui a ensuite présidé la Commission royale sur les peuples autochtones dans les années 1990. J’ai développé une tolérance. En quelque sorte, j’en riais aussi parce que je me demandais pourquoi on me considérait comme une menace.
L'objectif déclaré de la Gendarmerie royale était une infiltration à grande échelle des groupes extrémistes pour prédire leurs activités et les contrer. Cependant, la majorité de ces groupes dits extrémistes étaient des groupes de dissidence légale et démocratique.
En plus de l’ancêtre de l’Assemblée des Premières Nations et de la Nation dénée, la GRC surveillait les organisations qui deviendront la Fédération des nations autochtones souveraines, le Ralliement national des Métis, l’Inuit Tapiriit Kanatami.
Plusieurs des cibles de la GRC sont ensuite devenues des dirigeants respectés : du chef national de l'APN George Manuel et de sa directrice générale Marie Marule aux futurs chefs nationaux Noel Starblanket, Dave Ahenakew et Phil Fontaine. Des Inuit influents, comme John Amagoalik, et des dirigeants métis, comme Jim Sinclair et Tony Belcourt, ont également été épiés par la GRC.

Le premier ministre Joe Clark, à droite, s'entretient avec Noel Starblanket, à gauche, alors président de la Fraternité des Indiens du Canada, dans le jardin au 24, promenade Sussex, en 1979.
Photo : La Presse canadienne
Le Service de sécurité de la GRC justifiait sa décision en invoquant l’intensité du sentiment antigouvernement et les éléments radicaux au sein de ces entités, mais il reconnaissait que ses enquêtes regroupaient les revendications territoriales, les disputes entre diverses factions de la communauté autochtone et le développement économique et social.
Le Service est ainsi devenu un outil d’espionnage politique ou encore, pour reprendre ses propres termes, une source d'informations générales sur les Autochtones, dont une grande partie n'est pas directement liée aux missions du Service de sécurité, à l'intention de l'ensemble de l'administration fédérale.
Un programme aberrant, dénoncent des experts
Tous les experts interrogés par CBC, qui se spécialisent dans ce domaine, se sont dits surpris par l'ampleur de l’intrusion découlant de ce programme.
C’est un programme moralement répréhensible qui cherchait à criminaliser des organisations politiques légitimes, lâche sans détour Shiri Pasternak, professeure de criminologie à l’Université métropolitaine de Toronto.
C’est une violation massive des droits politiques autochtones, des droits de la personne et de la vie privée.
Mme Pasternak est particulièrement troublée par l’importance accordée aux plans politiques délicats, aux divisions internes et par les politiques de la GRC qui permettent l'application de mesures pour neutraliser ou contrôler des cibles.
Ce n’était pas de la simple surveillance pour de possibles menaces violentes. C’était un programme de contre-insurrection conçu pour exploiter des divergences de point de vue entre certains groupes, explique-t-elle. Ils récoltaient de l’information pour semer la discorde et perturber les activités de ces mouvements.
Le Service de sécurité a, par exemple, demandé à ce que les policiers mènent un raid supposément pour la possession de stupéfiants afin de perturber des activités politiques. Il a aussi demandé à des hauts placés du gouvernement de retirer du financement à des groupes suspectés d’être des dissidents et a aussi empêché la venue au Canada de militants internationaux.
Le spécialiste en droit David Milward fait valoir que le programme est une violation considérable des principes démocratiques qui existaient même avant la mise en place de la Charte des droits et libertés en 1982. Il décrit l'initiative de la GRC comme étant raciste et fondée sur les mêmes idées que celles qui ont mené à la création des pensionnats et des internats pour Autochtones.
Franchement, c’est aberrant, souligne cet expert membre de la Première Nation Beardy's and Okemasis, en Saskatchewan.
L’histoire des relations entre le Canada et les Autochtones a déjà laissé une marque assez sombre sur l’histoire du Canada comme État colonialiste. Mais ça, ça ajoute une couche supplémentaire et ça empire les choses.
Pour Tony Belcourt, tout ça révèle amplement l’attitude du gouvernement envers nous, cette attitude colonialiste envers les peuples autochtones, martèle le fondateur du Native Council of Canada, organisation devenue aujourd’hui le Congress of Aboriginal Peoples, qui représente les Métis et les gens des Premières Nations sans statut.

Tony Belcourt, fondateur du Native Council of Canada, a été surveillé lui aussi par la GRC, même s'il était plus modéré.
Photo : CBC / Brian Morris
M. Belcourt a un dossier qui remonte à 1972, même s’il était reconnu comme une figure modérée. Une source de la GRC l’a décrit comme moins militant, mais tout de même capable de suivre des lignes plus militantes.
Ça ne m’étonne pas, note le principal intéressé. On était des agitateurs, et on disait des choses qui n’étaient peut-être pas subversives, mais on voulait attirer l’attention.
Et de l’attention, ils en ont attiré.
Renseignement racial, FLQ et American Indian Movement
L’espionnage de la GRC a en fait commencé un peu plus tôt, durant ce que le corps policier appelle l'effervescence radicale de la fin des années 1960. Une division du renseignement racial a alors été créée pour surveiller des militants noirs et autochtones.
Dans la foulée de la mobilisation contre le Livre blanc du gouvernement Trudeau – qui avait pour but d’assimiler les Autochtones à la société moderne –, les agents de la GRC ont commencé à épier la Fraternité nationale des Indiens, en faisant des recherches auprès de sources pour déterminer l’influence de groupes radicaux.

La GRC employait le terme « renseignements raciaux » pour décrire sa surveillance de militants noirs et autochtones.
Photo : CBC / Alex Lupul
Le Service de sécurité, encouragé par l’administration Trudeau, a également adopté une posture plus agressive dans la foulée de la crise d'Octobre de 1970, selon certains chercheurs. C’est ainsi que de jeunes militants qui ont occupé les bureaux des Affaires indiennes à Ottawa en 1973 se sont retrouvés dans la mire d’une agence de renseignement plus disposée à passer à l'offensive.
À l’heure actuelle, nous n’avons pas de sources qui puissent nous donner des renseignements sur le succès/l’échec de la mobilisation à Ottawa ni sur la réaction de la population indienne à cette manifestation, selon un rapport du Service de sécurité.
Cependant, nous espérons alléger le problème par le développement de sources occasionnelles.
La GRC faisait appel à la fois à des informateurs occasionnels et à des informateurs à temps plein. Ces derniers étaient pratiquement des agents secrets, avec des noms de code et des consignes d’infiltration.
Ils ciblaient des groupes comme l’American Indian Movement (AIM), qui tentait alors de prendre de l’expansion au Canada. Des militants de l’AIM avaient d’ailleurs occupé pendant 71 jours le village de Wounded Knee, dans la réserve de Pine Ridge au Dakota du Sud, en février 1973.

Une famille durant l'occupation du parc Anicinabe, en Ontario, en 1974.
Photo : La Presse canadienne
La GRC avait un informateur délicatement infiltré et qui passait beaucoup de temps à se déplacer au sein de la communauté autochtone de Toronto, où des militants tentaient de démarrer un chapitre de l’AIM au Canada au printemps 1974. Quelques mois plus tôt, le Service de sécurité avait demandé au FBI d’alerter leurs sources et de [lui] communiquer des détails sur de possibles manœuvres de l’AIM au Canada.
Vantant ses nouvelles capacités extrêmement efficaces, le Service de sécurité est parvenu à infiltrer des manifestations inspirées de l’AIM plus tard en 1974.
En juillet, environ 150 activistes ont pris les armes pour investir le parc Anicinabe à Kenora, en Ontario. Un mois plus tard, d’autres militants les ont imités en bloquant une autoroute près de Cache Creek, en Colombie-Britannique.
En septembre, un convoi automobile, surnommé la Native Peoples’ Caravan, a traversé le pays jusqu’à Ottawa. Des affrontements ont eu lieu entre manifestants autochtones et agents antiémeute de la GRC devant le parlement. Les membres de la caravane ont accusé les policiers d’être responsables de l’émeute, mais ces derniers ont blâmé l’aile marxiste-léniniste du Parti communiste du Canada.

La brigade antiémeute de la GRC intervient contre une foule rassemblée sur la colline du Parlement lors des cérémonies d'ouverture d'une nouvelle session parlementaire, le 30 septembre 1974. Des membres de la brigade antiémeute et des forces armées ont été appelés en renfort pour aider la GRC à assurer la sécurité.
Photo : La Presse canadienne
Les objectifs prioritaires de la GRC
En 1975, alors que le programme de surveillance de la GRC est à son apogée, le Service de sécurité a dans sa mire quatre groupes prioritaires.
- L’American Indian Movement
- La Fraternité nationale des Indiens
- Les organisations provinciales, comme la Fédération des nations autochtones souveraines (Saskatchewan)
- Le Native Council of Canada
Protéger les organisations autochtones des influences extérieures?
À l’époque, les marxistes-léninistes, les trotskystes et le Parti communiste du Canada étaient assez populaires en Ontario, et ils tentaient de se rapprocher des Autochtones, raconte Greg Savicky, ancien membre du Service de sécurité.
M. Savicky travaillait sur des enquêtes concernant les activités communistes à Ottawa au début des années 1970 avant d’être au service du bureau de l’extrémisme autochtone à Sudbury, plus tard dans la même décennie.
Il raconte qu’il était au bas de l'échelon et qu’il ignorait l’existence des méthodes intrusives utilisées par la GRC. Seuls huit rapports parmi les centaines déclassifiés par la GRC portent son nom.
On ne les espionnait pas à proprement parler, nuance-t-il en parlant des organisations autochtones. On s’intéressait aux influences extérieures, et on voulait s’assurer qu’elles réalisaient que des acteurs de l'extérieur tentaient de s’infiltrer.
Tant les leaders autochtones que les experts font valoir que cet argument est basé sur des stéréotypes paternalistes.

Georges Erasmus tenant l'un des dossiers écrits sur lui par la GRC dans les années 1970.
Photo : CBC / Turgut Yeter
C’est un concept très raciste. Il était présent dans les années 70, il y a plus de 50 ans, et il existe toujours aujourd’hui, souligne Georges Erasmus.
Le programme atteint son paroxysme en 1975. La GRC était au fait des disputes en privé de leaders autochtones légitimes, de leurs plans de voyage, de leurs adresses personnelles, de leurs numéros de carte de crédit, de leurs plaques d’immatriculation ainsi que de certains de leurs plans politiques et légaux sensibles.
Des hauts gradés de la GRC ont révisé le programme sur l’extrémisme autochtone en 1978, mais n'ont pas arrêté la surveillance pour autant. Ils ont tourné leur attention vers l’ingérence étrangère, et le programme a continué. Les dossiers sont devenus plus volumineux. Le dernier rapport du dossier de 2000 pages sur la FNI date de 1983.
Les excès du Service de sécurité de cette époque sont bien documentés. Il y avait, par exemple, un département des coups bas (ou dirty tricks department), qui a effectué des entrées par effraction, des cambriolages et qui a même incendié une grange. Ces pratiques ont mené à une commission royale d’enquête, puis au transfert des responsabilités du Service de sécurité de la GRC au Service canadien du renseignement de sécurité, en 1984.
Le rapport de cette commission consacre moins de 3 de ses 1000 pages à la surveillance des mouvements autochtones.
Pour certains leaders, cette époque a laissé un legs de paranoïa, de suspicion et de méfiance envers les nouveaux visages. Certaines figures ignoraient qu’elles étaient espionnées. Une chose qui est toutefois claire pour certaines des personnes concernées : 50 ans plus tard, une enquête plus approfondie est nécessaire.
CBC News a tenté à maintes reprises d'obtenir une entrevue avec la GRC, et ce, depuis novembre 2025. Le corps policier n’avait pas fait de commentaire officiel sur ce dossier au moment de publier ces lignes.
D'après le reportage de Brett Forester, de CBC Indigenous


2 months ago
56





















English (US) ·
French (CA) ·
French (FR) ·