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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayY a-t-il une place en Ontario pour la statue de Samuel de Champlain récemment retirée sur les rives du lac Couchiching à Orillia, dans le sud de la province? Entre les visées du Bloc Québécois de la déplacer au Québec et les demandes de réconciliation des Premières Nations, plusieurs voix s’élèvent dans la communauté franco-ontarienne pour rappeler que le monument centenaire a sa place ici.
Pour l’ancienne ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Madeleine Meilleur, si la Ville d’Orillia est prête à laisser partir sa statue de Samuel de Champlain, c’est à Queen’s Park, sur les terrains de l’Assemblée législative de l’Ontario, en plein cœur de Toronto, qu’elle devrait se retrouver.
J’espère qu’on va ramener Champlain à Queen’s Park ou qu’on va le garder à Orillia.
Pour elle, aucun doute, le monument doit rester en Ontario. Elle s’oppose d’ailleurs farouchement à l’idée du Bloc Québécois de le rapatrier au Québec, ce qui viendrait, selon elle, renforcer le discours voulant qu’il n’y ait pas d’histoire francophone en Ontario.

L’ancienne ministre Madeleine Meilleur souhaite que la statue demeure en Ontario (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Maxim Allain
L’ex-ministre soutient également que le déménagement de la statue à Queen’s Park mettrait en valeur l’héritage français dans la province auprès des visiteurs, tout en protégeant physiquement l’œuvre maintes fois vandalisée à Orillia.
Mme Meilleur lance d’ailleurs la balle au gouvernement provincial actuel, estimant que de s’emparer de ce dossier permettrait de faire d’une pierre deux coups et constituerait une belle arrivée pour la nouvelle ministre des Affaires francophones.
De son côté, le cabinet de l’actuelle ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, est resté prudent, rappelant que le sort de la statue relève du conseil municipal, et non du gouvernement provincial, renvoyant ainsi la balle dans le camp d’Orillia.
Mais pour l’historien et politologue Patrice Dutil de Toronto, la gestion du dossier par la Ville est un embarras et il partage l’indignation de Mme Meilleur face au possible déménagement de la statue en sol québécois. Le Canada est un pays issu de la Nouvelle-France. […] Ça fait partie de la trame historique de l’Ontario moderne, insiste-t-il.
Le combat pour la mémoire franco-ontarienne
Érigé en 1925, à une époque où le Règlement 17 interdisait l’enseignement du français en Ontario, le monument d’Orillia avait été financé en partie par le Québec comme un symbole de survie culturelle et de réconciliation après la Première Guerre mondiale, rappelle l’historien franco-ontarien Serge Dupuis.
Le choix d’Orillia n’était pas non plus anodin.

Au Québec, Samuel de Champlain est davantage connu pour avoir fondé la Ville de Québec en 1608. (Photo d’archives)
Photo : Hulton Archive/Getty
Samuel de Champlain a effectué deux voyages majeurs qui l’ont mené dans l’actuel territoire de l’Ontario. Lors de son premier voyage en 1613, il remonte pour la première fois la rivière des Outaouais jusqu’au pays des Algonquins.
Mais c’est son expédition de 1615-1616 qui le conduit plus profondément en Ontario. Il explore alors la rivière des Français, atteint le lac Huron, pénètre au Wendake, aujourd’hui la région de la baie Georgienne, et y hiverne.
L’explorateur français a passé tout l’hiver 1616, dans une maison longue, à être soigné d’une blessure par une grand-mère wendate ainsi qu’à visiter les Wendats de la région, raconte Félix Saint-Denis, animateur culturel et figure bien connu du milieu franco-ontarien, entre autres pour la création du mégaspectacle L’écho d’un peuple.
C’est ce passage qui marque la consolidation de la présence française en Amérique du Nord, après un total de trois voyages en territoire ontarien. La région d’Orillia et de Penetanguishene est d’ailleurs considérée comme le berceau de la langue française en Ontario.
Cette présence a aussi été célébrée en 2015 lors du 400e anniversaire du passage de Champlain en Ontario.
Beaucoup de [gens du] Québec ne savaient pas [qu’il y avait des francophones en Ontario], se souvient Mme Meilleur, ajoutant qu’au Québec, on la présentait souvent par erreur comme une ministre québécoise.
Aujourd’hui, l’ancienne ministre refuse de voir ce pan d’histoire effacé, rappelant que l’Ontario possède la deuxième plus grande population francophone au pays, devant le Nouveau-Brunswick.
Le mythe du bon colonisateur
À la peur de l’effacement exprimée par les Franco-Ontariens répond l’indignation des Premières Nations, qui refusent d’être de simples figurants silencieux dans ce débat mémoriel.
Bien que plusieurs dépeignent Samuel de Champlain comme un diplomate pacifique, le Grand Chef de la Nation wendat, Pierre Picard, nuance fortement ce mythe du bon colonisateur.

« Aucune décision ne peut se faire sans la contribution des Premières Nations. C’est terminé ce temps-là », rappelle le Grand Chef de la Nation wendat, Pierre Picard au Bloc Québécois, qui désire transporter la statue au Québec. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / LOUIS-SIMON LAPOINTE
Il reconnaît que sa nation entretient une relation amour-haine avec Champlain. S’il a été un allié militaire et commercial majeur, le Grand Chef rappelle que son but ultime était d’éradiquer toute reconnaissance culturelle autochtone.
Le Grand Chef rappelle d’ailleurs que l’explorateur n’aurait jamais survécu au fameux hiver de 1616 sans l’aide de son peuple.
Champlain, s’il a vécu aussi longtemps, c’est parce que les Wendats l’ont secouru et l’ont soigné. Sa survie, il la doit beaucoup aux Wendats.
Tout en reconnaissant que pour certaines nations, le regard sur l'histoire est plus empreint de blessures, M. Picard se montre solidaire. Je sais que les autres nations ont des postures différentes, [...] je les supporte et je suis très sensible à leur réalité, assure-t-il.
En effet, cent ans après son inauguration, l’œuvre est au cœur d’un vif débat. En montrant des figures autochtones accroupies et soumises au pied de Champlain, elle exerce ce que M. Dupuis appelle une violence symbolique.

Le maire d’Orillia, Don McIsaac, a mis le feu aux poudres lorsqu’il a décidé de remettre en place la statue sur son socle le mois dernier.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
La Première Nation des Chippewas de Rama a vivement dénoncé la gestion du dossier par la municipalité. En cause : la tentative du maire d’Orillia, DonMcIsaac, de réinstaller unilatéralement la statue qui a ravivé les tensions locales et provoqué une vague de commentaires racistes en ligne.
Son chef Ted Williams rappelle d’ailleurs par communiqué que sa communauté est la détentrice de droits sur ce territoire, rappelle le chef Ted Williams dans un communiqué, soulignant que ramener le monument sans préavis bafoue leur statut et ignore le tort bien réel que ce processus a causé à notre peuple.
Face à la volonté du Bloc Québécois de rapatrier le monument, la réplique du Grand Chef de la Nation wendat est sans appel. Aucune décision ne peut se faire sans la contribution des Premières Nations. C'est terminé ce temps-là, conclut-il.
Une seconde vie pour Champlain sans nier l’histoire?
Alors que le conseil municipal d’Orillia se penche sur une vingtaine d’offres de relocalisation ou d’achat, plusieurs pistes sont explorées pour éviter de détruire l’œuvre.

Les cinq morceaux du monument de Samuel de Champlain sont actuellement sous une bâche dans un terrain vague de la municipalité d'Orillia, en Ontario.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
L’historien Serge Dupuis suggère quant à lui de transformer l’œuvre afin d’en faire un outil pédagogique. Son idée? Ajouter une nouvelle plaque explicative et remplacer les silhouettes autochtones soumises par la figure d’un chef imposant au regard moqueur.
Le Grand Chef Picard privilégie lui aussi la recontextualisation. Fondre la statue, c’est nier l’histoire. Et pour nous, c’est manquer une opportunité d’éduquer et d’informer, dit-il.
Pourquoi n’aurait-on pas un Champlain soigné par les Wendats dans une maison longue et qui en prennent soin? Ça a été aussi ça, notre relation.
En avril dernier, le conseil municipal d’Orillia a étudié un tel projet.
Le maire Don McIsaac explique qu’un comité avait élaboré une nouvelle plaque et imaginé une disposition plaçant Champlain et les Autochtones au même niveau sur le sol.
Le projet a toutefois été rejeté. La conseillère municipale Janet-Lynne Durnford précise que le design n’était pas en cause, mais plutôt la facture frôlant le million de dollars et un processus jugé trop précipité.

Le monument « La Rencontre », érigé en 2015 à Penetanguishene, met en scène Samuel de Champlain et un chef wendat d'égal à égal, offrant un modèle de réconciliation qui contraste avec la statuaire coloniale d'Orillia.
Photo : Radio-Canada / Louna Marchet
Pour Madeleine Meilleur et l'écrivain Daniel Marchildon né dans la région, le modèle à suivre est le monument La Rencontre. Érigée en 2015 à Penetanguishene, cette œuvre met en scène Samuel de Champlain et un chef wendat d'égal à égal.
Mme Durnford prône la patience et l’intégration du monument dans un plan global de réconciliation incluant les perspectives autochtones et franco-ontariennes.
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) abonde d'ailleurs dans ce sens.
Par la voix de son président, Fabien Hébert, l’organisme insiste. Dans ce dossier, il est essentiel d’éviter d’opposer la préservation de l’histoire francophone et le respect des perspectives autochtones. Notre responsabilité collective est plutôt de trouver des façons de transmettre l’histoire avec rigueur, nuance et contextualisation, dans un esprit de dialogue et de réconciliation, fait-il valoir.
Même si l’organisme reconnaît l’importance historique de l'explorateur, M. Hébert rappelle que les monuments publics portent aussi des symboles et des blessures qui doivent être pris au sérieux.
L’histoire francophone mérite d’être connue, comprise et transmise, mais elle doit l’être d’une manière respectueuse, inclusive et fidèle à la complexité de notre passé commun.
Si l’espace public n’est plus une option, M. Marchildon suggère de relocaliser la statue dans la cour d’un musée pour assurer sa sécurité et sa valeur pédagogique.
Le maire d’Orillia précise qu’un établissement de Penetanguishene s’est déjà proposé pour l’accueillir, le musée local manquant de place.
M. McIssac concède que sa municipalité se trouve aujourd’hui dans une impasse politique. Cent ans après son inauguration, le destin de la statue de Samuel de Champlain reste à écrire.


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