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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPrivés d’Internet depuis le début de la guerre israélo-américaine, il y a 33 jours, des dizaines de millions d’Iraniens sont plongés dans une panne numérique généralisée. Rares sont ceux qui parviennent à contourner le blocage imposé par le régime pour communiquer avec le monde extérieur.
Radio-Canada a pu recueillir les témoignages de deux d’entre eux, qui nous ont aussi parlé de leurs craintes et de leurs espoirs. Leur nom ou tout autre renseignement personnel ont été modifiés (*) afin de préserver leur anonymat et de garantir leur sécurité.
Ces deux personnes ne se connaissent pas – l’une réside à Téhéran, l’autre dans le nord du pays –, mais leurs récits se recoupent. Voici ce qu’elles avaient à dire.
« Le bruit incessant des explosions »
Téhéran, où je vis, est particulièrement visée par les frappes, surtout la nuit, raconte Aziz*. Nous n’arrivons pas à dormir à cause du bruit incessant des explosions. Quand des bombes antibunker sont utilisées, c’est tout le quartier qui tremble.

Une femme pleure devant un immeuble résidentiel réduit en ruine après une frappe aérienne dans l'ouest de Téhéran, le 30 mars 2026.
Photo : Getty Images / Majid Saeedi
Fabriquées aux États-Unis, ces bombes sont conçues pour pénétrer des structures fortifiées, des installations souterraines, des tunnels ou des bunkers en béton armé avant d'exploser, maximisant ainsi les dégâts.
Nous n'avons aucun système d'alerte – pas de sirènes, pas d’alarmes. Ce n’est que lorsque nous entendons le bruit des explosions que nous savons qu’il y a une attaque.
Il explique qu’outre les cibles militaires, certains sites gouvernementaux à l'intérieur de la capitale sont visés par les bombardements menés par Israël et les États-Unis, ce qui met à risque les zones résidentielles avoisinantes.
« Notre nouvelle réalité »
Ahmad*, qui vit dans le nord de l’Iran, se considère comme plus chanceux. Sa région est moins visée que le reste du pays. Mais il y a déjà eu quelques frappes, explique-t-il.
Une fois, mon ami m’a appelé la nuit pour me dire qu’il avait vu passer dans le ciel des avions de chasse, et il a pensé qu’ils se dirigeaient en ma direction. Cinq minutes plus tard, j’ai entendu une forte explosion et toutes les vitres de la maison ont tremblé, raconte Ahmad. La frappe n’était pas très proche, mais le bruit de l’explosion était très, très fort.

Vue d'un immeuble résidentiel endommagé par une frappe, à Téhéran.
Photo : Reuters / Majid Asgaripou
En plus de violentes déflagrations, le ciel de sa ville est quotidiennement perturbé par le bourdonnement des drones et les détonations de missiles antiaériens.
Ces bruits font partie de notre nouvelle réalité, de notre quotidien. C’est moins intense qu’à Téhéran, mais c'est devenu la norme, en quelque sorte.
« La vie n’est pas complètement à l’arrêt »
La guerre et le blocage d’Internet ont entraîné une crise économique dans le pays, selon les deux témoins, qui font état de pénuries d’électricité et de médicaments.
Les gens dépendent beaucoup d'Internet pour travailler, donc le nombre de chômeurs a considérablement augmenté depuis le blocage, dit Ahmad.
Le réseau intranet national fonctionne encore, mais il est limité aux établissements locaux, et la sécurité des données n’est pas vraiment assurée, explique-t-il encore. Personnellement, je ne m’en sers pas dans mon travail.

Des Iraniens font leurs courses au bazar Tajrish, à Téhéran.
Photo : Reuters / Majid Asgaripour
Ce réseau permet notamment le fonctionnement des applications locales de messagerie et des services bancaires.
L’inflation a également explosé, toujours selon Ahmad. Il donne l'exemple du prix d’un kilogramme de viande, qui a quintuplé en l’espace de quelques semaines.
Mais la vie n’est pas complètement à l’arrêt à Téhéran, estime Aziz.
Téhéran était presque déserte lors de la dernière guerre avec Israël [en juin], mais, cette fois-ci, la plupart des habitants sont restés. Ils essaient de vivre le plus normalement possible : ils sortent se promener, font de l’exercice et se croisent, mais toujours avec prudence.
Plusieurs ont le sentiment que cette guerre ne les concerne pas, ajoute-t-il. Ils ont l'impression – à tort ou à raison – qu'Israël et les États-Unis ne ciblent pas intentionnellement les zones résidentielles. Cela a engendré une sorte de soulagement psychologique. Cependant, les zones résidentielles proches des cibles militaires restent menacées et sont effectivement touchées.

Un enfant iranien blessé lors d'une frappe est soigné à l'hôpital pour enfants Mofid de Téhéran.
Photo : Reuters / Majid Asgaripour
L’Iran a déjà imposé des coupures d’Internet dans des périodes de troubles, notamment pendant plusieurs semaines lors de manifestations antigouvernementales, en janvier, et lors d’une guerre de 12 jours avec Israël, en juin 2025.
Après les manifestations de janvier, l’accès avait été en partie rétabli, mais restait fortement filtré et limité, avant d’être à nouveau largement coupé après le début de la guerre actuelle, le 28 février.
« Bombardés du ciel, pourchassés au sol »
Aziz et Ahmad, qui se présentent tous deux comme des opposants au régime iranien, décrivent une situation sécuritaire très tendue sur le terrain.
Ils affirment que des barrages routiers ont été mis en place par des membres des forces de sécurité dans plusieurs villes du pays pour contrôler les automobilistes, fouiller les voitures, mais aussi les téléphones portables et autres appareils électroniques.
Pendant qu’on se fait bombarder du ciel, ils sont occupés à pourchasser les opposants au sol, lance Aziz. Si vous disposez de photos ou de vidéos de sites bombardés, par exemple, vous risquez d’être arrêté ou accusé d’espionnage.

Un membre des forces de sécurité iraniennes monte la garde à côté d'une banderole géante honorant l'ancien guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, le 31 mars 2026.
Photo : Getty Images / AFP / ATTA KENARE
Il y a des barrages partout, assure Ahmad. Ils supervisent le trafic, mais ils peuvent vous arrêter à tout moment pour vous fouiller, poursuit-il. S’ils trouvent des messages critiquant le régime et si vous résistez à votre détention, vous allez être battu, puis arrêté de force.
Aziz souligne que des manifestations prorégime ont lieu tous les soirs à Téhéran. Chaque soir, ils se rassemblent et manifestent librement, sans autorisation, dit-il. Mais lorsque d’autres citoyens veulent manifester [leur opposition au régime], ils doivent obtenir une autorisation; et lorsqu’ils manifestent, ils font face à la violence.
« Une République islamique sous stéroïdes »
Ahmad craint pour l’avenir. Il ne pense pas que la guerre israélo-américaine parviendra à changer le régime en place, au contraire.
Je suis malheureusement de plus en plus pessimiste, car je commence à me rendre compte que Donald Trump ne sait peut-être pas exactement ce qu'il fait.

Des Iraniens sont assis à un arrêt de bus sous un panneau d'affichage représentant le défunt guide suprême iranien, l'ayatollah Rouhollah Khomeini (à gauche), son successeur, le défunt ayatollah Ali Khamenei (au centre), et le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei, à Téhéran, le 31 mars 2026.
Photo : Getty Images / AFP / ATTA KENARE
Selon Ahmad, si le président américain est incapable d’aller jusqu’au bout pour renverser le régime islamique, il n’aurait pas dû déclencher la guerre.
S’il met fin à la guerre à ce stade-ci, c’est comme s’il livrait le peuple iranien à la merci des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de l'Iran, poursuit-il. On vivra ainsi dans une République islamique sous stéroïdes.
Le gouvernement iranien n'a publié aucun bilan global de victimes ces derniers jours. Le 26 mars, le vice-ministre de la Santé avait indiqué à la chaîne qatarie Al Jazeera qu'au moins 1937 personnes avaient été tuées depuis le début du conflit. Lundi, un porte-parole du gouvernement a précisé, dans un bilan partiel, que 246 femmes et 216 enfants de moins de 18 ans avaient été tués.
L'organisation non gouvernementale Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, a quant à elle recensé, en date du 31 mars, au moins 3519 morts, dont 1598 civils – parmi lesquels au moins 244 enfants –, 1212 militaires et 709 personnes au statut non précisé.


2 months ago
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