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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayC’était un des passages marquants du reportage TransExpress diffusé il y a deux ans.
Une adolescente de 14 ans entre dans le cabinet d’une médecin de famille qu’elle n’a jamais rencontrée auparavant. Elle répond à quelques questions de base et affirme ressentir un malaise lié à son genre. Elle demande expressément une prescription de l’hormone mâle testostérone, afin d’amorcer sa transition. Et après 9 minutes de consultation, c’est ce que la médecin lui remet.
Moi, je te prescris quand même les hormones aujourd'hui, parce que la logique, c'est qu’il n’y a rien dans ton bilan qui m'empêcherait de t'en donner.
La jeune fille était en fait une actrice envoyée par l’équipe d’Enquête, qui avait des raisons de croire que la médecin prescrivait des hormones de transition très rapidement et sans évaluer adéquatement certains patients.
Spécialisée en soins esthétiques, la médecin prodigue aussi des soins médicaux aux personnes transgenres. Elle offre ses services au privé et, en 2024, facturait 250 $ pour une consultation.
La médecin avait déjà fait l’objet d’une autre plainte au Collège pour la même raison.
Radio-Canada a choisi de ne pas l’identifier.
Durant la consultation de 20 minutes, les effets secondaires potentiels de la testostérone – comme l'infertilité – sont à peine évoqués.
La fertilité, je comprends que c'est loin peut-être, pour toi, à 14 ans. Est-ce que c’est quelque chose que tu veux conserver avant de commencer? demande la médecin à la jeune adolescente, qui répond qu’elle sait déjà qu’elle ne veut pas d’enfant.
La médecin enchaîne immédiatement sur un autre sujet.
Quelques minutes auparavant et sans que sa patiente le lui demande, la médecin avait soulevé l’éventualité des chirurgies de transition.
Est-ce que tu considères des chirurgies dans le futur? demande-t-elle.
Des chirurgies? Genre…? dit la jeune fille, qui ne semble pas comprendre.
Une mastectomie... enlever le chest, précise la médecin, avant d’ajouter que d’autres chirurgies existent aussi : On a un utérus, avec des ovaires. Donc, dans le fond, c’est possible d'enlever.
Cueillette d’informations insuffisante
La mère d’une autre jeune fille en questionnement de genre, qui souhaitait consulter la même médecin de famille, a été marquée par le reportage présenté en février 2024. Quelques semaines plus tard, elle portait plainte auprès du Collège des médecins en signalant ce qu’elle y avait vu.
Dans une décision de huit pages que nous avons obtenue, le syndic adjoint Daniel Tardif reconnaît le caractère délicat du débat autour des soins médicaux prodigués aux mineurs en questionnement de genre. Le sujet est si sensible qu'il ne révèle pas l’identité de la spécialiste en médecine transaffirmative à qui il a commandé un rapport d’expertise.
Il est important pour le médecin de s'assurer de l'absence de biais ou de pressions sociales incitant à la prise d’hormones, rappelle le syndic. Aussi, selon l’experte, la médecin devrait chercher à savoir s’il existe d’autres diagnostics que la transidentité pour ses patients, même s’ils sont peu fréquents.
La testostérone injectable est une drogue contrôlée et il est troublant qu’une actrice puisse avoir obtenu une ordonnance en apprenant simplement les bonnes réponses à fournir à un médecin, estime le Dr Tardif.
La docteure [...] n’a pas fait la démonstration d’une collecte d'informations suffisante dans sa prise en charge de la patiente, et ce, en considération des nombreuses recommandations émises par la médecin experte.
Le syndic retient donc un manquement à l’article 46 du Code de déontologie des médecins.
Le médecin doit élaborer son diagnostic avec la plus grande attention, en utilisant les méthodes scientifiques les plus appropriées et, si nécessaire, en recourant aux conseils les plus éclairés, y est-il stipulé.
Aucune sanction
Le Dr Tardif a choisi de ne pas déposer d’accusations devant le comité disciplinaire du Collège et aucune sanction n’a donc été imposée.
Dans sa décision, le syndic semble tout de même s’attendre à des changements.
Je suis sûr que [la médecin] prendra acte des recommandations de l'experte et apportera les ajustements attendus à sa pratique à la lumière de la présente enquête, écrit-il.
Nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre la médecin pour lui demander si elle avait effectivement modifié sa pratique comme le souhaitait le Collège. Elle n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.


2 months ago
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