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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwaySix mois après que deux nouveau-nés eurent été abandonnés à Longueuil, l'administration municipale a créé un comité afin de trouver des moyens d'aider les femmes enceintes en situation d’itinérance. Ses travaux devraient durer encore plusieurs semaines.
Le 27 octobre dernier, un bébé est décédé après avoir été retrouvé dans un abribus à Longueuil. Trois semaines plus tôt, le 5 octobre, un autre nouveau-né avait été découvert devant la porte d'une résidence.
Ces deux événements illustraient la détresse des femmes enceintes en situation d'itinérance, une réalité connue à la Maison de la Paix, une des seules ressources d'hébergement et d'accompagnement réservées aux femmes à Longueuil.
Ces drames d’une tristesse infinie sont aussi une conséquence du manque de ressources, résume Marie-Josée Kiolet, coordonnatrice de services à la Maison de la Paix, qui siège au comité spécialisé en périnatalité en itinérance créé après les événements de l'automne dernier.
Enceinte et en situation d’itinérance
Depuis l’ouverture de son service d’hébergement d’urgence, en novembre 2024, la Maison de la Paix a accueilli neuf femmes enceintes, dont la plupart étaient dans leur troisième trimestre de grossesse.
Parmi ces dernières, Anie (nom fictif) était enceinte lorsqu’elle a fui son domicile pour cause de violence familiale. Après trois mois dans une maison d’hébergement, elle a par la suite dû quitter sa région pour trouver une place ailleurs.
Quand tu es dans un organisme et que ton temps finit, tu ne sais pas c'est quoi, la suite. On a appelé plein d’organismes : on me disait qu’ils n’avaient pas de place, alors la Maison de la Paix, c'était vraiment par chance, se souvient cette femme de 26 ans. Même si ça avait été sur la planète Mars, je pense que j'aurais pris un billet, car je n'avais pas le choix.
C’est ce qu’on appelle de l'itinérance cachée, sans domicile fixe, entre deux ressources, sans garantie de ne pas finir à la rue. Cette situation représente une source de stress supplémentaire pour ces femmes et pour leur enfant à naître.
Tu n'arrives pas à te connecter émotionnellement à ton bébé. À l'échographie, il y a des gens qui pleurent, mais tu ne peux pas pleurer, tu ne peux pas être heureuse, tu ne peux même pas jouir du processus d’être enceinte, parce qu'il y a toujours cette idée : où je vais vivre? Qu'est-ce que je vais donner à mon enfant?
Aujourd’hui, Anie s’estime chanceuse d’avoir trouvé un HLM il y a quelques mois, ce qui lui a permis de conserver la garde de sa fille. Sur les neuf femmes accueillies à la Maison de la Paix, c’est d’ailleurs la seule qui a pu garder son enfant, explique Marie-Josée Kiolet.
Si ces femmes-là n’ont pas une adresse fixe à elles, un signalement va être fait à la Protection de la jeunesse, puis l'enfant a de fortes chances d'être retiré, rappelle la coordonnatrice de services.
Travaux en cours
Les circonstances des deux abandons de nouveau-nés en octobre 2025 demeurent mystérieuses. Le Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL) confirme que ces deux dossiers font toujours l'objet d'enquêtes et qu'il n'y a eu aucune autre arrestation, à part celle de la mère du bébé retrouvé dans un abribus, au moment des faits. Aucune accusation n'a pour le moment été déposée contre cette femme.
Parallèlement, le comité spécialisé en périnatalité en itinérance, qui regroupe notamment des acteurs des milieux municipal, communautaire et de la santé, doit encore poursuivre ses travaux pendant plusieurs semaines, confirme la Ville de Longueuil.

Marie-Josée Kiolet est coordonnatrice de services à la Maison de la Paix, à Longueuil.
Photo : Courtoisie
Toutefois, pour Marie-Josée Kiolet, une partie de la solution résiderait dans l’embauche d’une intervenante spécialisée pour créer un lien de confiance avec les femmes et les accompagner dans toutes les démarches, les rendez-vous médicaux et tous les papiers à compléter.
Il y a des équipes de proximité, des cliniques terrain et des travailleurs de rue, il y a déjà des choses qui sont là, mais ces femmes en situation d'itinérance cachée ne seront pas repérées par ces travailleurs de rue. Leur expertise, leur approche n’est pas avec une lunette féministe. […] Les besoins sont différents chez un homme que chez une femme, surtout dans un contexte de périnatalité.
Soulignons que dès la semaine prochaine, une infirmière du CISSS local visitera une fois par mois les femmes à la Maison de la Paix. Il s'agit d'un premier pas dans la bonne direction, estime Mme Kiolet.
Pour des services intégrés
La précarité des femmes enceintes en situation d’itinérance est un problème pancanadien qui fait d’ailleurs l’objet de travaux de la part de deux chercheuses à l’Institut de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario.
Il faut non seulement des services de travailleurs sociaux mais aussi des services pour la santé mentale et des services médicaux, tous à un endroit avec un logement, affirme une de ces chercheuses, la psychologue Nicole Racine, aussi professeure adjointe à l'Université d'Ottawa.
Mme Racine donne l’exemple du centre pour femmes enceintes Maxxine Wright, à Surrey, en Colombie-Britannique, où il y a une clinique où les mères vont pour leurs rendez-vous prénataux. Et puis, juste à côté, il y a des logements pour les mères enceintes et pour les mères qui restent jusqu'à deux ans après avoir accouché, explique-t-elle.
Si les services doivent être complets et accessibles, c’est parce qu’il peut être assez compliqué de convaincre ces femmes d’aller consulter un médecin. Elles ont beaucoup de relations brisées et on doit les recréer, rappelle Stéphanie Manoni-Millar, chercheuse postdoctorale en psychologie communautaire à l’Université d'Ottawa. D’un autre côté, à l'hôpital, elles ne sont pas entendues à cause de leur expérience. Donc elles partent, sans conseils. Il y a aussi toute une stigmatisation autour de leur situation.


2 months ago
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