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Au Québec, l’immigration redynamise les églises catholiques

2 months ago 43

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La messe est animée à la chapelle Sainte-Thérèse de Bagotville, à Saguenay. Deux fois par mois, la chorale multiculturelle vient rythmer la célébration.

On s'est dit qu’en ramenant un certain dynamisme, ça va aussi attirer les jeunes. Ça ramène comme du punch un peu pendant les célébrations.

À l’église Notre-Dame-du-Royaume, à Chicoutimi, Zélia, 3 ans, est plus ou moins concentrée sur l’eucharistie et passe le temps avec des poupées en retrait de la foule, presque entièrement composée de personnes qui pourraient avoir l'âge de ses grands-parents, ou plus.

Elza Zale tient quand même à ce que sa fille l’accompagne à la messe du dimanche.

Je vois quand même que c'est plus des personnes âgées qui viennent à l'église. Moi, je me dis qu’en prenant les enfants, ça fait la relève, explique la mère de famille originaire du Cameroun.

Depuis trois ans, l’abbé Pierre Bergeron voit rajeunir les fidèles au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le prêtre devant l'autel de l'église Notre-Dame-du-Royaume.

L'abbé Pierre Bergeron a accompagné plusieurs couples africains dans le processus du mariage.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

On a beaucoup d'étudiants par l'Université du Québec à Chicoutimi, par le Cégep de Chicoutimi, puis aussi des personnes qui viennent travailler ici, remarque-t-il.

Cette jeunesse-là qu'on voit apparaître dans nos églises, de gens venant d'ailleurs, c'est un nouveau souffle pour nos communautés chrétiennes.

Il a même célébré son premier mariage africain en décembre dernier.

L’immigration catholique en région

Plusieurs paroisses du Québec constatent l’impact de la régionalisation de l’immigration, explique le sociologue des religions et titulaire de la Chaire de recherche Québec, francophonie et mutation culturelle à l’Université d’Ottawa, Martin Meunier.

En 2022, pour vous donner une idée, 8,7 % des catholiques du Québec étaient des gens nés à l'extérieur du Canada. Et ça représente le double, en nombre, d’il y a 30 ans, précise-t-il.

Dans la paroisse de Limoilou à Québec, une rencontre multiculturelle se prépare. Les abbés Paolo Maheux et Martin Lortie accompagnent régulièrement de nouveaux arrivants.

Trois hommes discutent au sous-sol de l'église Saint-Fidèle.

Le marguiller Louis-Simon Kouakou organise une rencontre multiculturelle avec les abbés Martin Lortie et Paolo Maheux dans la paroisse de Limoilou, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Selon les églises, c'est facilement 50 % et parfois 75 % de l'assemblée qui est composée de nouveaux arrivants.

L’abbé Martin se réjouit de cette nouvelle affluence.

Si on considérait seulement les Québécois de souche, là, même si c'est un terme qui n'est pas vraiment approprié, il y aurait encore beaucoup plus d'églises qui seraient fermées, croit-il.

Pas de renouveau catholique généralisé

Depuis 20 ans, plus de 600 églises ont été fermées, démolies ou transformées au Québec. C'est presque le tiers de tous les lieux de culte catholiques, selon le Conseil du patrimoine religieux.

À peine la moitié de la population québécoise se déclarait catholique en 2021, selon Statistique Canada, comparativement à 70 % dix ans plus tôt.

Photo portrait de Martin Meunier.

Le sociologue Martin Meunier souligne l’engagement du pape François envers les populations marginalisées, notamment les réfugiés et les personnes LGBTQ.

Photo : Gracieuseté de Martin Meunier

On ne peut pas penser, en regardant les chiffres, qu'on est face à un revival, à un renouveau complet du catholicisme. Cependant, il y a une transformation d'ampleur qui est en train de se jouer, et c'est celle d'un nouveau catholicisme issu de l'immigration, soutient le sociologue des religions, Martin Meunier.

En 2022, 28 % des gens issus de l'immigration assistaient à un service religieux au moins une fois par mois ou plus. C'est trois fois plus que la moyenne québécoise.

Vers une église multiculturelle

Avec de nouveaux pratiquants venus d’ailleurs et qui ne portent pas le bagage historique québécois lié à la religion catholique, l’Église se dirige vers un changement de vocation dans la Belle Province.

L'Église s'en allait vers une attrition, voire une sorte de mort institutionnelle. Là, on passe d'une Église qui était davantage centrée sur l'ethnie canadienne-française, à une Église multiculturelle. Il va peut-être falloir qu'il y ait également du changement et du sang neuf à l'intérieur de la hiérarchie catholique pour refléter d'une certaine façon la transition qui est en train de s'opérer, souligne Martin Meunier.

Sur les 23 évêques du Québec, deux sont actuellement issus de l'immigration dans les diocèses catholiques romains.

L'évêque offre la communion à une fidèle dans le Sanctuaire Sainto-Pérégrin de Québec.

L'évêque auxiliaire de Québec, Juan Carlos Londoño, est l'un des deux seuls évêques issus de l'immigration dans les diocèses catholiques romains du Québec.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

L’évêque auxiliaire au diocèse de Québec, Juan Carlos Londoño, est l’un d’eux. Il a été ordonné à Medellín, en Colombie, et il est au Québec depuis 2008.

Je crois que le fait qu'un prêtre d'origine colombienne devienne évêque, c'est un signe pour l'Église, un signe d'ouverture à avoir d'autres visages et d'autres cultures qui s’intègrent dans la nôtre, ici au Québec.

Des nouveaux fidèles aux prêtres étrangers

Avant d'être nommé évêque de Chicoutimi, monseigneur René Guay a œuvré au Chili de 1978 à 1992.

L'évêque parle à un lutrin près de l'autel.

L'évêque de Chicoutimi, René Guay, a offert ses vœux pour l'année 2026 aux paroissiens dans l'église Notre-Dame-du-Royaume.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Le développement de l'Église catholique se faisait en Amérique latine et surtout dans les régions plus pauvres, mais là, c’est l’autre mouvement. Ces Églises-là ont pris de la vigueur et maintenant, ce sont elles qui offrent leurs services pour les Églises plus pauvres en clergé, comme ici au Québec, fait remarquer monseigneur Guay.

Au diocèse de Gaspé, par exemple, sur les 14 prêtres en fonction, un seul est d’origine québécoise.

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