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Accès aux garderies : Québec est appelé à ne pas utiliser la disposition de dérogation

2 months ago 14

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Le Collectif Bienvenue, le Comité accès garderie ainsi que des figures politiques québécoises ont demandé vendredi au gouvernement du Québec de s’engager clairement à ne pas évoquer la disposition de dérogation pour se soustraire à la décision de la Cour suprême concernant l’accès aux services de garde subventionnés pour les demandeurs d’asile.

Le 6 mars dernier, la Cour suprême a jugé que le fait d’exclure les demandeurs d’asile du régime des garderies subventionnées est discriminatoire envers les femmes.

La disposition de dérogation, communément et erronément appelée clause dérogatoire, est une disposition de la Charte canadienne des droits et libertés qui permet à l'Assemblée nationale d'adopter une loi qui déroge à certains articles de la Charte.

Maryse Poisson, la directrice de l'intervention sociale au Collectif Bienvenue, qui œuvre pour apporter une aide aux demandeurs d’asile, a assuré que cette décision en faveur des droits des femmes allait faciliter l'émancipation financière de celles-ci et aider les enfants à obtenir le minimum pédagogique.

C'est pourquoi elle invite le gouvernement du Québec à ne pas se servir de la disposition de dérogation. Pour nous, l'utilisation de la clause dérogatoire ne doit pas être faite sur des réactions émotionnelles ou populistes, explique-t-elle. La clause dérogatoire devrait être utilisée seulement dans des situations exceptionnelles.

Utiliser la clause dérogatoire contre une cause gagnée devant la Cour suprême du Canada, ce serait du jamais-vu. Ce serait vraiment un recul en termes de démocratie, de contre-pouvoirs.

Christine St-Pierre présente ses excuses

Pour Christine St-Pierre, ancienne députée et ministre du Parti libéral du Québec, appliquer la disposition de dérogation serait effectivement un acte d'une grande injustice et d'une grande insensibilité de la part du gouvernement et des partis politiques.

Mme St-Pierre, qui était membre du gouvernement lorsque la décision de refuser l’accès aux services de garde pour les demandeurs d’asile a été prise, a présenté ses excuses vendredi lors d'une conférence de presse.

Je tiens à présenter mes excuses, car je n'avais pas mesuré l'impact des torts qui seraient infligés en brimant des droits fondamentaux que nous chérissons tous. Je le répète et je pèse mes mots : appliquer la clause dérogatoire serait un geste cruel, et je demande au gouvernement et à tous les partis politiques de renoncer à [utiliser] cette clause dérogatoire.

Nous savons tous que les CPE ont permis aux femmes d'accéder au marché du travail et surtout d'assurer leur autonomie financière. En appliquant la clause dérogatoire, non seulement le gouvernement brimerait les droits mais il se priverait aussi de ces travailleuses, a-t-elle ajouté. Notre devoir, en tant que société, c'est de tendre la main, d'ouvrir nos cœurs.

La députée libérale Christine St-Pierre.

L'ancienne députée et ministre libérale Christine St-Pierre. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le député et porte-parole de Québec solidaire en matière d'immigration, Andrés Fontecilla, a pris la parole vendredi lors de la conférence de presse et a mis l'accent sur le soutien de son parti.

Je pense que les différents jugements qui ont été rendus ne viennent pas nous imposer une contrainte en tant que société, mais ils viennent nous rappeler tout simplement qui nous sommes en tant que société, a-t-il assuré. [Il s'agit d']une société fondée, entre autres, sur l'égalité entre les hommes et les femmes et la possibilité donnée à tous les enfants du Québec, peu importe leur statut, de développer leur plein potentiel.

M. Fontecilla a également rappelé qu'en 2021, une entente sur cinq ans entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec avait été adoptée et qu'un budget de 9,83 milliards de dollars était prévu pour assurer la couverture des besoins des enfants dans les services de garde éducatifs. Cette entente a d'ailleurs été renouvelée en mars 2025 pour cinq autres années.

Le concept de non-citoyen, une idée dangereuse

Lors de la décision du 6 mars, la seule dissidence a été exprimée par la juge québécoise Suzanne Côté, qui s'est rangée du côté de l'argumentaire du gouvernement du Québec en disant ne pas voir de discrimination de nature à violer la Charte canadienne des droits.

Louise Harel, ancienne députée et ministre du Parti québécois, est revenue sur cette dissidence qu’elle juge très inquiétante et a rappelé les mots de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne : Tout être humain possède des droits et libertés intrinsèques.

Mme Harel a notamment dressé un parallèle entre cette dissidence et les actions de l'Agence fédérale de contrôle de l’immigration des États-Unis au cours des derniers mois, qui se basent notamment sur des notions de non-citoyen et de préférence nationale.

Louise Harel.

Louise Harel juge « inquétante » la dissidence de la juge Suzanne Côté. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La préférence nationale, c'est le fondement de l'extrême droite française. C'est le fondement du programme du Rassemblement national de Mme [Marine] Le Pen, a-t-elle souligné. Alors, pour toutes ces raisons, il faut absolument comprendre que ces jugements successifs – Cour supérieure, Cour d'appel, Cour suprême – sont ceux que l'on doit respecter, parce que ce sont ceux qui nous respectent comme société.

Françoise David, ancienne députée et co-porte-parole de Québec solidaire, a également appelé les formations politiques à ne pas utiliser la disposition de dérogation. On ne peut pas défendre les droits de femmes à temps partiel, a-t-elle affirmé. On ne peut pas être féministe à temps partiel.

Un frein aux droits des mères et des demandeurs d'asile

Bijou Cibuabua Kanyinda, la requérante du recours devant la Cour suprême, a également témoigné de son histoire et a appelé les politiciens à ne pas utiliser la disposition de dérogation pour contrer la décision de la Cour suprême.

Arrivée au Québec en 2018, Mme Cibuabua Kanyinda, mère de deux enfants et titulaire d’un permis de travail, s'est fait refuser l’accès aux services de garde. Elle a alors dû payer une garderie privée pour un de ses enfants, tandis que l’autre restait à la maison, un coût bien trop élevé pour son salaire de l’époque.

La décision rendue le 6 mars a ravi Mme Cibuabua Kanyinda, qui était très inquiète pour les mères qui n’avaient pas accès aux services de garde mais qui devaient travailler ainsi que pour les enfants qui ne pouvaient pas socialiser ou approfondir leur connaissance de la culture québécoise.

C’était une grande joie pour moi, car je n’ai pas pu profiter de ce service, mais les mères qui viendront après moi en bénéficieront. En mars, on célèbre la Journée internationale des femmes, et la Cour suprême a tranché en faveur de toutes les femmes qui n'ont pas pu avoir droit aux garderies subventionnées.

Nous voulons que les politiques ne puissent pas utiliser cette clause, car elle freine nos droits en tant que mères et en tant que demandeuses d'asile, a-t-elle expliqué.

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