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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayTYR, Liban-Sud – Une ville fantôme… ou presque. Tyr, l’une des plus grandes villes du Liban-Sud, est méconnaissable. D’habitude bourdonnante de vie, cette ville antique bordant la mer méditerranéenne est située dans une zone classée en « rouge » par l’armée israélienne. Ses rues sont quasi désertes.
Pourtant, c’est jour de fête ce vendredi. C’est l’Aïd, la fête qui marque la fin du ramadan, un mois sacré chez les musulmans.
Célèbre pour ses sites archéologiques datant de l’époque de l’Empire romain, Tyr est une ville majoritairement chiite, où le Hezbollah est prédominant. Elle est visée par un ordre d’évacuation de l’armée israélienne depuis plus de deux semaines.

Une rue déserte dans le centre de Tyr, l'une des principales villes dans le sud du Liban, visée par un ordre d'évacuation de l'armée israélienne
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Israël a intensifié ses frappes contre la milice chiite dans plusieurs régions libanaises depuis le 2 mars, après des attaques lancées contre son territoire à partir du Liban-Sud en riposte à la guerre israélo-américaine contre l’Iran. Il s'agit de la deuxième offensive israélienne contre le Liban en moins de deux ans.
Sur la corniche, la promenade qui longe la mer, le soleil commence à percer les nuages après plusieurs jours de tempête. Seuls quelques hommes sur des cyclomoteurs ou à bord de voitures aux vitres teintées traversent le boulevard principal.
On est chez nous

Mohammad Mahmoud, un résident de Tyr qui refuse de quitter la ville.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Mohammad Mahmoud, 65 ans, est l’un des rares piétons croisés sur le front de mer. Il observe deux jeunes hommes en train de nourrir une colonie de pigeons roucoulant sur la principale place publique de la ville.
Je ne veux pas quitter Tyr, dit-il. Ma famille et moi, on a décidé de rester. On est chez nous ici. Pourquoi devrions-nous partir?
Mohammad n’a pourtant plus de maison. Une frappe a partiellement détruit l’immeuble dans lequel il habitait avec sa femme et ses enfants dès les premiers jours de la guerre. Depuis, il dort dans sa voiture, dans un coin de la ville, tandis que son épouse et ses enfants se sont réfugiés à l'autre bout, dans le quartier chrétien de Tyr, qui a jusque-là été épargné par les bombardements.

Des hommes nourrissent des pigeons attroupés sur la corniche de Tyr, une ville dans le sud du Liban régulièrement bombardée par Israël.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Il y a deux jours, ce quartier niché sur la pointe de la ville a été submergé par l’arrivée de centaines de déplacés qui ont fui leur maison à la suite d’un énième avertissement lancé par l’armée israélienne, appelant à l’évacuation des lieux.
Toute cette rue était bloquée tellement il y avait de gens venus pour se réfugier, raconte Suzanne Moussa Baradeï, une résidente du quartier chrétien. Il y avait des familles, des enfants, qui ont passé la nuit dehors dans le froid, en pleine tempête. Je n’avais jamais vu ça auparavant. Ça brise le cœur.
Cette mère de deux adolescentes a décidé, avec son mari Béchara, de ne pas fuir la ville, malgré les menaces israéliennes.
C’est sûr qu’on a peur. On a surtout peur pour les enfants. Nous, on est habitués aux guerres, mais pas les enfants. [...] J’ai envie de pleurer quand je pense à la guerre.

Suzanne et son mari Béchara, posant avec leur fille Lauren, devant l'entrée de leur maison dans le quartier chrétien de Tyr.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Son mari acquiesce. Tous les deux ans environ, il y a une nouvelle guerre qui éclate, dit-il. Nous devons rester, nous refusons de partir.
J’espère que cette guerre sera la dernière, lance ce dentiste.
Je suis sûre que c’est la dernière, renchérit son épouse, parce que cette terre nous appartient et Dieu est avec nous. Nous voulons vivre en paix, ajoute-t-elle encore.
Sur le trottoir en face, Hassan Ghozayel et son père se prélassent au soleil, assis sur des chaises en plastique. C’est notre terre ici, on continue de résister, on ne partira pas, affirme le jeune homme de 36 ans.

Hassan Ghozayel, assis à côté de son père, dans la vieille ville de Tyr, dans le sud du Liban
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Il dit avoir décidé de rester à Tyr pour être proche de ses parents, qui refusent de quitter leur maison. Il se retrouve toutefois séparé de sa femme et de sa fille, âgée d'à peine deux mois, qui se sont réfugiées dans le nord du Liban. Je ne les ai pas vues depuis le début de la guerre, dit Hassan. On fait des appels vidéo pour parler ensemble, c'est tout.
Quoiqu’il arrive, nous n’allons pas abandonner notre terre. Soit on vit dans la dignité, soit on meurt dans la dignité.

Le quartier chrétien de Tyr a été généralement épargné par les frappes.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Mais si le quartier chrétien de Tyr est relativement épargné par les frappes israéliennes, ce n’est pas le cas ailleurs dans la ville. C'est en se dirigeant un peu plus à l’est que l'on constate l’ampleur des dégâts causés par les bombardements ayant visé des institutions affiliées au Hezbollah.
Sur la rue Al-Kouks, un bâtiment de plusieurs étages a été réduit à un amas de ruines. Il abritait une branche de Qard Al-Hassan, une société financière appartenant au Hezbollah. La frappe, survenue au début de la guerre, a été si puissante que trois immeubles avoisinants ont été partiellement ou complètement détruits.

Un bâtiment qui abritait une institution financière affiliée au Hezbollah a été complètement détruit par une frappe israélienne à Tyr.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Pour se rendre à Tyr ou dans d'autres régions sous l’influence du Hezbollah, notamment dans le sud du Liban, mais aussi dans la Békaa ou dans la banlieue sud de Beyrouth, les reporters doivent obtenir une série d’autorisations de la part des services de renseignement de l’armée libanaise, mais aussi du bureau médiatique de la milice chiite. Sans ces permis, ils risquent de se faire interpeller ou de voir leur équipement confisqué.
Lors de notre passage dans ce quartier entièrement vidé de ses habitants, un responsable médiatique du Hezbollah est arrivé sur place. Il veut adresser un message aux médias, accusant l'armée israélienne de cibler des civils parce qu’elle est incapable de réaliser des gains sur le terrain face à la résistance de son parti.
Au Liban, plus de 1000 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes depuis le 2 mars, selon les autorités libanaises. L'Organisation mondiale de la santé a indiqué que plus d'une centaine d'entre elles étaient des enfants.
La guerre a également forcé plus d’un million de personnes à quitter leur maison pour fuir les bombardements.
C'est la première fois que je vois la guerre
Parmi les décombres, Nayef Yazbek marche, un sac rempli de médicaments à la main. Il a quitté sa maison à la suite d’un avertissement de l’armée israélienne et dort désormais au bord de la plage.

Une voiture ensevelie sous les décombres d'un bâtiment effondré à Tyr, dans le sud du Liban
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Je viens ici pour chercher quelques affaires, dit ce Libanais qui a grandi au Sénégal. C’est la première fois que je vois la guerre, poursuit-il dans un français soutenu. Qu’est-ce que je peux faire? Vaut mieux rester en Afrique que vivre au Liban.
Mais pour le moment, il compte rester à Tyr, faute d’argent. Si je veux aller à Beyrouth, il faut du fric, du pognon. Il n’y en a pas!
Nayef ne veut pas en dire plus. Il reprend son chemin à petits pas. Direction : la plage, son refuge depuis plus de deux semaines.
On ne vit qu’une seule fois, lance-t-il en guise d'adieu, le dos tourné. Mais tout ça, ça va être reconstruit, assure-t-il. Le Hezbollah, ce n’est pas facile, hein!


2 months ago
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