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À Gaza aussi, les civils souffrent de la guerre qui embrase le Moyen-Orient

2 months ago 16

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À Gaza aussi, les civils souffrent de la guerre qui embrase le Moyen-Orient, du Liban au détroit d’Ormuz. Elle rend plus difficile l’acheminement de l’aide humanitaire, alerte le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l’ONU.

Seul le passage de Karem Abou Salem/Kerem Shalom, à l’intersection entre Israël, la bande de Gaza et l’Égypte, a rouvert le 3 mars.

Ce contexte de crise entrave la capacité des organisations humanitaires d'acheminer des provisions suffisantes et de les distribuer efficacement aux personnes qui en ont un immense besoin, rapportait Tom Fletcher, le coordinateur des secours d’urgence du Bureau des affaires humanitaires, mardi 10 mars, lors d’un breffage au siège de l’ONU à New York.

Toutes les évacuations médicales sont pour l'instant suspendues. Le poste-frontière de Rafah est fermé, or c'est un point pivot important pour permettre ces évacuations, rapporte Patrick Robitaille, responsable des affaires humanitaires pour l'organisation Save the Children Canada.

Un petit garçon et deux petites filles transportent des bidons d'eau.

Des enfants déplacés par la guerre transportent de l'eau à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 mars 2026.

Photo : afp via getty images / BASHAR TALEB

4000 enfants attendent pour l'instant d'être évacués pour des problèmes impossibles à traiter à Gaza, tels que des cancers, des soins qui nécessitent une dialyse. On a des équipes en Égypte qui les attendent pour l'instant, témoigne-t-il.

Et puis, bien sûr, il y a beaucoup de nouveaux problèmes, beaucoup de suivis postopératoires, car des personnes continuent à perdre des bras, des jambes, que ce soit à cause d'un bombardement direct ou de l'effondrement d'un immeuble, ajoute-t-il.

La sécurité n'est pas revenue

Car si la situation humanitaire est toujours catastrophique dans l'enclave palestinienne, la sécurité n'est pas non plus revenue.

Un homme pleure au-dessus du corps d'un homme décédé.

Malgré le cessez-le-feu, Israël poursuit ses frappes sur la bande de Gaza, tuant notamment l'ambulancier paramédical Abdul Rahman Hamdouna, dont les funérailles dans la ville de Gaza sont tenues le 9 mars 2026.

Photo : afp via getty images / OMAR AL-QATTAA

L'armée israélienne n’a pas cessé ses frappes sur la bande de Gaza, et des échanges de tirs se poursuivent de part et d'autre de la « ligne jaune », qui délimite la zone derrière laquelle l'armée israélienne s'est repositionnée depuis le cessez-le-feu du 10 octobre 2025. Cette ligne s'étend du nord au sud, à travers plusieurs villes et des immeubles d'habitation.

Depuis le cessez-le-feu, il y a un peu plus de calme, un peu moins de bombardements. Mais il continue à y avoir des tirs, donc des gens qui continuent de mourir, y compris des enfants.

Selon des chiffres de Reuters, 23 personnes ont perdu la vie à Gaza depuis le début des attaques israélo-américaines contre l'Iran, le 28 février dernier. Al Jazeera rapportait récemment le décès de la journaliste Amal Shamali, qui travaillait pour une radio qatarie, tuée dimanche 8 mars dans une frappe israélienne sur le camp de réfugiés de Nousseirat, dans le centre de Gaza.

Pénurie de carburant et de nourriture

Patrick Robitaille dresse un portrait sombre de la situation dans l'enclave palestinienne dévastée par deux ans de guerre, dont l'approvisionnement en eau courante et en électricité dépend du carburant, dont le prix a flambé depuis le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran.

Pour avoir du courant, il faut du carburant, et il en faut aussi pour pouvoir faire rouler les camions d'eau, met-il en évidence.

Selon Tom Fletcher, l’ONU a par exemple besoin de plus de 2 millions de litres de carburant chaque semaine pour éviter toute interruption ou réduction de ses services humanitaires.

Patrick Robitaille rappelle que la majorité des habitants de Gaza sont déplacés et que, dans les camps où ils ont trouvé refuge, l'assainissement fait souvent défaut. Quand il y a une pluie, les égouts débordent, ce qui amène aussi une problématique de santé publique, avec des maladies qui se déclarent.

Une famille dîne sur le toit d'une maison, au milieu d'un paysage en ruines.

Une famille palestinienne déplacée par la guerre s'est réunie sur le toit d'une maison pour un repas de rupture du jeûne, à Khan Younès, à Gaza, le 10 mars 2026.

Photo : afp via getty images / BASHAR TALEB

Les organisations humanitaires ne parviennent pas à fournir toute l’aide nécessaire au niveau de la construction d’abris, en raison notamment des restrictions imposées par les autorités israéliennes sur ce qu'elle considère être des articles à double usage, tels que les trousses à outils, les équipements lourds, le bois d'œuvre et le ciment, fait savoir le bureau des affaires humanitaires de l'ONU.

Faute de mieux, les habitants de Gaza reçoivent des tentes, des kits d'étanchéité, des bâches, des matelas et des couvertures.

La guerre a également fait monter les prix de la nourriture, qui arrive en quantité moindre à Gaza en raison de la fermeture de la plupart des points de passage. Les prix sont extrêmement élevés, ce qui réveille le spectre de la famine.

Il faut alléger les souffrances de la population de Gaza en rouvrant d’autres points de passage, en autorisant les évacuations médicales et la réunification des familles, et en assurant un flux prévisible de ressources critiques

La situation est d’autant plus difficile que plusieurs ONG, dont Save The Children, continuent de faire face à des restrictions dans la mise en œuvre de leurs opérations, suite à la décision d'Israël de durcir le contrôle sur l'action humanitaire à Gaza.

Au delà de Gaza, la guerre au Moyen-Orient met à l’épreuve les opérations humanitaires à l’échelle mondiale, notamment parce que l’aide humanitaire qui doit transiter par le détroit d'Ormuz ou par l'espace aérien du golfe Persique est largement bloquée ou limitée.

La flambée des prix du pétrole rend le coût des vols humanitaires beaucoup plus élevé, souligne Tom Fletcher qui se dit très inquiet notamment pour des pays comme le Soudan et la Somalie.

La reconstruction menacée

Une mosquée détruite et des dizaines de tentes autour du bâtiment à moitié effondré.

Des Palestiniens se sont réunis pour prier à l'extérieur de la mosquée Al-Talbani, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 mars 2026.

Photo : afp via getty images / BASHAR TALEB

Il semble aussi, selon une enquête de Reuters, que les négociations autour du désarmement du Hamas et de la reconstruction de Gaza, menées dans le cadre du Conseil de paix créé par Donald Trump, sont pour l'instant sur pause, en raison de la difficulté de voyager dans la région.

Le Hamas devait tenir des pourparlers avec des médiateurs égyptiens, qataris et turcs le jour où les attaques israélo-américaines contre l'Iran ont commencé, mais la réunion a été annulée et aucune nouvelle date n'a été fixée, rapporte l’agence de presse. L’administration américaine affirme cependant qu’ils se poursuivent.

Le 19 février dernier, le président américain annonçait que plusieurs pays du Moyen-Orient avaient promis plus de 7 milliards de dollars pour reconstruire le territoire de Gaza. Parmi les principaux contributeurs, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite, des pays qui se trouvent pour l’instant sous le feu de la riposte iranienne (nouvelle fenêtre).

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