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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe documentaire You Can See Everything, en salle vendredi, retrace le dernier mois de liberté d’Elizabeth Holmes, condamnée en 2022 à 11 ans de prison pour une vaste fraude liée à son entreprise, Theranos. Au fil du récit, aussi fascinant que déroutant, le doute s’installe : l’ex-entrepreneure nous a-t-elle encore roulés dans la farine?
You Can See Everything (Vous pouvez tout voir) est coréalisé par le Canadien Nathan Fielder, à qui l'on doit les docuréalités Nathan For You et The Rehearsal, et le cinéaste américain Lance Oppenheim, dont le dernier film, Primetime, raconte la vie de Chris Hansen, célèbre pour ses confrontations avec des hommes soupçonnés de pédophilie à l’émission To Catch a Predator.
À l’écran, le documentaire est porté par Nathan Fielder, reconnu pour ses entrevues aussi confrontantes que malaisantes, ainsi que pour son habileté à brouiller la frontière entre la fiction et la réalité. Si son dernier projet est résolument ancré dans le réel, certaines scènes sont si lunaires qu’elles semblent tout droit sorties d’un roman.
Le réalisateur originaire de Vancouver a été invité par Elizabeth Holmes et son mari, Billy Evans, à immortaliser les 34 derniers jours de leur vie familiale, avec leurs deux enfants, avant que la vedette déchue de la Silicon Valley ne prenne le chemin d’une prison fédérale au Texas pour purger sa peine, en mai 2023.
Hébergé par le couple dans leur maison louée à San Diego, Nathan Fielder filme les moindres faits et gestes de leur quotidien, s’insérant dans leurs discussions sur l’avenir de leur relation et leurs plans de relancer une entreprise d’analyses médicales dans les ruines de Theranos.
Visiblement inconfortable dans ce rôle qui flirte parfois avec le voyeurisme – comme en témoigne une scène de nudité frontale impliquant Billy Evans – le réalisateur n’hésite cependant jamais à poser les questions difficiles et à confronter Elizabeth Holmes à l’absurdité de certaines de ses réponses.
Encore aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à comprendre exactement ce que j’ai vécu, confiait le cinéaste de 43 ans au mois de septembre, lors d’une séance de questions-réponses après la projection du film au Telluride Film Festival au Colorado.

Nathan Fielder (à droite) en plein tournage dans la maison d'Elizabeth Holmes et de Billy Evans.
Photo : VVS FIlms
Une vérité à géométrie variable
Fondée en 2003, Theranos promettait de révolutionner les analyses sanguines en réalisant des centaines de tests à partir de quelques gouttes de sang. Évaluée à une époque à 9 milliards de dollars américains, l’entreprise se fiait à une technologie peu fiable et à des résultats trompeurs.
En 2022, Elizabeth Holmes a été condamnée à 11 ans de prison pour fraude envers ses investisseurs, mais a été acquittée des accusations de fraude envers les patients de Theranos.
De son propre aveu, la femme, aujourd’hui âgée de 42 ans, a ouvert ses portes à Nathan Fielder et aux producteurs du studio A24 afin de blanchir sa réputation, elle qui martèle son innocence du début à la fin du documentaire de presque trois heures.
Derrière son regard bleu acier, Elizabeth Holmes reste insaisissable : impossible de savoir si elle est sincère ou si elle est en train d’orchestrer une savante manipulation, avec l’aide de son mari au caractère imprévisible.

Elizabeth Holmes pose pour créer un avatar IA à son image, destiné à sa famille pendant son incarcération.
Photo : VVS FIlms
Alors qu’elle nie en bloc les accusations qui ont mené à sa perte, elle joue sans cesse sur les mots, invoque sa bonne foi ou sa naïveté et affirme même à un moment n’avoir jamais menti depuis son enfance, une déclaration qui laisse Fielder totalement incrédule.
Toutes les personnes qui ont travaillé sur ce film ont éprouvé une forme de dissonance cognitive, affirmait Lance Oppenheim le 1er octobre dernier, au lendemain de la projection du film au New York Film Festival. Nous revenions sur les événements de la journée, mais personne ne s’entendait sur les moments en apparence banals qui s’étaient déroulés.
Redéfinir les codes du documentaire
Si You Can See Everything peut compter sur un riche matériau avec son personnage central énigmatique, il surprend aussi par sa forme, qui bouscule les conventions du documentaire. Le quatrième mur tombe complètement, offrant aux spectateurs un accès privilégié aux coulisses du tournage, qui devient lui-même une partie intégrante du récit.
On suit Nathan Fielder dans sa délicate recherche de la vérité, alors qu’il se remet constamment en question et s’interroge sur l’intégrité de sa démarche, tout en négociant âprement avec Billy Evans, l’homme de la maison qui tente à plusieurs reprises de prendre le contrôle du récit.

Lance Oppenheim et Nathan Fielder, coréalisateurs du documentaire «You Can See Everything».
Photo : Getty Images / FLC / Cindy Ord
À mi-chemin, le documentaire prend une tournure inattendue lorsqu’Elizabeth Holmes se livre à la justice. Face à l’interdiction de tourner entre les murs de la prison, Fielder s’en remet à des reconstitutions de ses interactions avec l’ex-entrepreneuse avec l’aide de l’actrice Amanda Seyfried, qui a déjà incarné Holmes dans la série The Dropout de Hulu.
Cette deuxième partie s’intéresse davantage à Billy Evans, dont le masque bienveillant se fissure peu à peu pour révéler les côtés plus sombres de sa personnalité, soulevant des questions sur ses véritables motivations à participer au documentaire.
Malgré ses 174 minutes au compteur, You Can See Everything file à toute allure, retournant le cerveau des spectateurs à plusieurs reprises sans toutefois leur offrir de réponse définitive sur le mystère Elizabeth Holmes, de quoi laisser les cinéphiles perplexes longtemps après avoir quitté la salle de cinéma.
Le documentaire est présenté dans quelques salles au Québec, dont le Cinéma du Parc, le Cinéplex Odéon Quartier Latin et le Cinéma Banque Scotia, à Montréal.


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