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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDes événements sportifs d’envergure, comme la Coupe du monde de la FIFA, peuvent être une source de joie et de célébrations, mais aussi de frustrations et de tensions.
Au Royaume-Uni, les chercheurs, les organismes d’aide et même le gouvernement s’activent de plus en plus pour documenter et/ou prévenir la violence conjugale en contexte d’événements sportifs majeurs.
Les procureurs constatent une augmentation des cas de violences conjugales à l'approche de grands tournois, a ainsi affirmé, fin juin, le Crown Prosecution Service (Service des poursuites judiciaires de la Couronne) en marge de la Coupe du monde de la FIFA.
Si la Coupe du monde est source de réjouissance pour de nombreux foyers à travers le pays, elle peut aussi être, pour d’autres, synonyme de peur, d’isolement et de risques accrus.
Cet avertissement du gouvernement est le résultat de plus d’une décennie de recherche au pays.
Une étude anglaise datant de 2013 (nouvelle fenêtre) vient spécifiquement établir la relation entre la Coupe du monde de la FIFA et le nombre de cas de violence domestique en Angleterre, et plus précisément dans le comté du Lancashire. Elle est depuis largement relayée par des organismes, en Angleterre comme ailleurs.
Plus précisément, elle affirme que les cas signalés de violence domestique augmentent de 26 % lorsque l’équipe anglaise gagne un match ou fait match nul, et qu’ils augmentent de 38 % lorsqu’elle perd.

L'équipe anglaise a suscité beaucoup d'émoi dans les dernières semaines. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / ODD ANDERSEN
À l’instar de nombreuses autres études à ce sujet, cette recherche vient toutefois clarifier une chose : la Coupe du monde n’est pas la cause de la violence domestique.
Les facteurs de stress émotionnel s'ajoutent à d'autres facteurs situationnels, souligne-t-on. Ce tournoi a lieu en été et s'accompagne de températures plus élevées, d'une consommation d'alcool accrue et d'une plus grande proximité entre les participants.
Même s'il est difficile d'affirmer que ce tournoi est un facteur causal, cet événement prestigieux concentre les facteurs de risque sur une période courte et instable, ce qui renforce les notions de masculinité, de rivalité et d'agressivité.
Le phénomène continue à être documenté au Royaume-Uni. Début juillet, un organisme local a signalé qu’une hausse des appels de 20 % a été constatée depuis le début de la Coupe du monde dans les comtés de Herefordshire, Worcestershire et Shropshire, selon la BBC.
Ce qu’en dit une étude albertaine
Au Canada, l’étude la plus connue au sujet de la violence domestique lors d’événements d’envergure a été publiée en Alberta en 2017 (nouvelle fenêtre). Elle ne se concentrait pas sur le soccer, mais plutôt sur certains événements spéciaux se déroulant à Calgary, dont les matchs de football des Stampeders de Calgary.
Cette étude, menée par cinq chercheurs de l'Université de Calgary, rapporte qu’une augmentation du nombre d'appels pour violence domestique est associée à la fois à la présence de l'équipe locale, en particulier lorsqu'elle affronte une équipe rivale, et à l'importance du match.
Il existe un lien statistiquement significatif entre une hausse des taux de violence conjugale et certains matchs de football des Stampeders de Calgary, ainsi que l'arrivée du Stampede de Calgary, peut-on y lire.
Au Canada, des organismes proactifs durant la Coupe du monde
Au vu de ces données, certains organismes canadiens ont décidé de s’activer afin d’aider les femmes dans le besoin.
Dans les deux premières semaines de la Coupe du monde, plus de 5000 personnes ont visité sheltersafe.ca (nouvelle fenêtre) (hebergementfemmes.ca (nouvelle fenêtre) en français), un site web qui agit comme référence afin de trouver les refuges pour femmes locaux et les lignes d’aide.
C’est plus du double de la fréquentation du site durant la même période dans les trois dernières années, affirme Hébergement femmes Canada, l’organisme qui s'occupe de ce site.
En marge de la Coupe du monde de la FIFA, Hébergement femmes Canada a lancé deux campagnes, dont la campagne Faites un plan de match, qui sensibilise les femmes aux manières de se préparer à partir en cas de violence conjugale.
Kaitlin Geiger-Bardswich, d'Hébergement femmes Canada, pense que ces campagnes ont eu un rôle limité dans l’augmentation remarquée des fréquentations sur le site sheltersafe.ca, le site de leur campagne ayant connu une hausse beaucoup moins marquée des fréquentations.

Kaitlin Geiger-Bardswich est porte-parole d’Hébergement Femmes Canada. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Anne-Marie Bouchard
Si cette hausse de la fréquentation de ce site ne s’est pas nécessairement traduite par une augmentation des appels auprès des organismes d’aide, Kaitlin Geiger-Bardswich trouve quand même cette donnée pertinente.
Selon elle, cela peut traduire l’intérêt porté par des proches de victime envers les ressources disponibles. Parce que, rappelle-t-elle, les ressources d’aide, que ce soit par téléphone ou par Internet, ne sont pas uniquement destinées aux victimes, mais aussi à leurs proches.
Un organisme prolonge ses services et voit les appels augmenter
Hébergement femmes Canada n’est pas le seul organisme à avoir fait une campagne en marge du Mondial. Sur le terrain, des mesures exceptionnelles ont été mises en place par certains services d'aide.
Dans le cadre du grand rendez-vous du soccer, le Battered Women's Support Services, à Vancouver, a décidé de rendre son service de ligne d’aide accessible 24/7.
Le sport n'est pas à l'origine de la violence envers les femmes, souligne-t-il dans un communiqué annonçant la mesure.
Cependant, les périodes marquées par une intensité émotionnelle accrue, la consommation d'alcool, le stress lié aux jeux d'argent, la vie nocturne et les rassemblements sociaux peuvent exacerber les schémas existants de contrôle coercitif et d'abus.
En juin, l’organisme a noté une hausse de 20 % des appels. Cela dit, Angela Marie MacDougall, directrice du Battered Women's Support Services, n’est pas prête à établir un quelconque lien avec la Coupe du monde de la FIFA.
D’une part, l’événement n’est pas terminé et du temps est nécessaire pour analyser les données. D’autre part, l’extension des heures de service de la ligne d’aide peut tout simplement expliquer cette hausse.
Nous n'avons pas fait [d'analyses sur de potentiels liens avec la Coupe du monde], car cela nécessite d'examiner plus en détail chaque appel et d'en extraire ces informations, et nous ne l'avons pas fait parce que ces 20 % représentent des centaines d'appels pour nous.
Par contre, Angela Marie MacDougall peut déjà établir que l’augmentation des appels durant le mois de juin a été surtout notée pour des problèmes de violence entre partenaires intimes (et non pour des problèmes d’agression sexuelle, par exemple).

Vancouver est l'une des deux villes canadiennes ayant accueilli des matchs de la Coupe du monde. (Photo d'archives)
Photo : Science World
Mais les chiffres, les données et la recherche ne mènent à rien s’il n’y a pas d’actions en conséquence, rappelle Angela Marie MacDougall, du Battered Women's Support Services.
Si l'on prend l'exemple du Royaume-Uni, je pense qu'il est très judicieux d’examiner les chiffres, juge-t-elle. Mais les autorités britanniques ont également clairement affiché leur volonté de soutenir financièrement la mise en place de mesures d'urgence spécialisées pour lutter contre les violences conjugales.
Aucune conclusion possible au Canada
D’un océan à l’autre, quelques organismes d’aide ont confirmé à Radio-Canada ne pas avoir noté une hausse des appels à sa ligne de crise depuis le début de la Coupe du monde, ou ne pas être en mesure de conclure quoi que ce soit.
Nous n'avons jamais été en mesure d'établir un lien entre la tenue d'événements sportifs et une hausse des demandes d'aide à notre ligne d'aide et de référence, explique par exemple SOS Violence conjugale, qui offre des services dans l'ensemble du Québec.
Cela ne signifie pas que des épisodes de violence ne peuvent pas survenir dans ce contexte, mais simplement que nos données ne nous permettent pas d'en tirer cette conclusion.
Il est d’ailleurs précisé que la violence entre partenaires intimes s'inscrit avant tout dans une dynamique de contrôle qui s'installe dans le temps, et non dans une réaction ponctuelle provoquée par un événement isolé, comme un match de hockey ou de soccer.
Une personne qui exerce déjà de la violence et du contrôle peut effectivement se servir d'une déception ou d'une frustration liée à un match comme prétexte pour adopter des comportements violents. Toutefois, il ne s'agit généralement ni d'un comportement nouveau ni nécessairement d'une violence plus grave que celle déjà vécue dans la relation.
Dans le cas du Chaînon, l’approche de l’organisme vient limiter les questions posées aux femmes en difficulté, d’où leur impossibilité de pouvoir appuyer avec rigueur le lien direct la hausse de cas de violences domestiques constatée par d’autres en période de Coupe du monde.
Le Chaînon tient à réduire au minimum les barrières qui pourraient freiner les femmes en difficulté à se tourner vers nous pour de l’aide. Notre approche en est une d’accueil inconditionnel, souligne Elisabeth Liston, directrice principale des communications et des affaires publiques pour l'organisme. Nous posons donc un minimum de questions pour les sécuriser rapidement.


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