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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÀ l’aube de la quarantaine, Mélodie (prénom fictif) a quitté un conjoint violent qui menaçait de la tuer. « Il cassait des choses, il me prenait par les bras, il me lançait dans les murs, il m’étranglait, il me traînait par terre », raconte-t-elle, en contenant son émotion.
À chaque fois qu’elle voulait se séparer de lui, la violence redoublait. Elle avait peur de ses réactions.
Après six ans à endurer cette vie, elle a fini par trouver le courage d’aller se réfugier dans une maison d’aide et d’hébergement, avec ses enfants. Là, elle a décidé de se séparer de lui définitivement.
Mais un jour qu’elle revenait d’une visite chez sa sœur, son ex-conjoint l’a suivie en voiture pour trouver l’adresse de la maison, alors qu’il devait respecter un interdit de contact. Je tournais n'importe où, j'avais peur, je ne savais plus quoi faire, je pleurais, je ne voulais même pas que l'auto arrête. À la lumière rouge, j'avais peur qu'il débarque de l'auto en arrière.
En panique, elle est entrée dans le stationnement d’un poste de police. Des agents sont allés arrêter l’ex-conjoint. Mais Mélodie en tremble encore.
Lorsque la rupture n'est pas acceptée de la part de l'ex-partenaire, le risque est plus grand pour la femme, explique la coordonnatrice de la maison où Mélodie est hébergée en ce moment. Au niveau homicidaire aussi, il y a un danger qui pourrait augmenter à ce moment-là.
C’est pour aider les femmes aux prises avec cette violence post-séparation que les maisons de deuxième étape existent. Au total, en ce moment, il y en a une soixantaine à travers la province.
Quand on parle d'une maison d'urgence, on gère l'urgence, la garde des enfants, la sortie d'une violence imminente. Tandis qu'ici, on a vraiment le temps de se déposer, puis d'avoir des interventions ciblées à long terme, dans un lieu sécuritaire, explique la coordonnatrice.
Les femmes peuvent rester jusqu’à deux ans, mais le séjour moyen est de 8 mois et demi. Ce qui laisse le temps de réfléchir à la suite des choses : reprendre les études, trouver un travail, s’occuper de ses enfants, chercher un nouveau logement, changer de ville éventuellement, tisser un filet de sécurité.
Je ne me vois pas partir en appartement tout de suite avec mes enfants, dit Mélodie. J'aurais peur de les mettre dans la misère. On n'a plus rien, on n'a plus de vie.

Il est important de briser l'isolement.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Ça permet vraiment à une femme une reprise de pouvoir sur sa vie, puis de vraiment mettre fin à la relation d’une façon définitive, explique Mélanie Miranda, de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape (MH2).
Au début des années 2020, le gouvernement québécois s’était engagé à construire 32 nouvelles maisons. Certaines sont déjà ouvertes, d’autres sont sur le point d’être inaugurées ou encore en chantier. Trois d’entre elles n’ont toujours pas vu leur financement confirmé.
Une lenteur insoutenable, compte tenu des besoins pressants des femmes et des enfants victimes de violence, déplore le milieu communautaire qui leur vient en aide.
Contrairement au logement social, ce type d’habitation offre des services d’intervention. Il faut donc prévoir de l’espace de bureau et de réunion, soit environ 25 % de l’espace construit, et un système de surveillance. Ce sont de petits bâtiments, plus discrets que des tours à logements. Ce qui fait que le coût par porte est plus élevé que celui du logement social.
On est pris dans le dédale Canada-Québec, déplore Mélanie Miranda. On doit faire une gymnastique incroyable pour arriver à boucler nos financements et les sortir de terre. Une collègue m’a dit que c’était pire qu’un accouchement avec des forceps!
Le volet de l’intervention relève du Québec. Les services aux femmes et enfants hébergés sont financés par le programme de soutien aux organismes communautaires, qui relève du ministère de la Santé et des Services sociaux. C’est ce qui permet d’offrir des rencontres individuelles et de groupe, par exemple.
Le volet de la construction et de la rénovation est plus complexe. Il faut cogner à la porte du fédéral et du provincial, à travers des programmes de logement social, inadaptés à la réalité des maisons d’hébergement. On rentre un rond dans un carré, illustre Mme Miranda, qui réclame un programme dédié.
Au fédéral, le remplacement de la SCHL par une nouvelle société d’État, Maisons Canada, à l’été 2025, a ajouté des délais.

Une femme appelle à l'aide.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Des besoins en croissance
Une fois que les 32 maisons promises seront toutes ouvertes, 250 femmes par année, en moyenne, pourront en bénéficier. Mais il en faudrait beaucoup d’autres pour arriver à répondre aux besoins.
En fait, ces unités-là ne sont que du rattrapage d’avant les années 2020, explique la coordonnatrice habitation à l’Alliance des MH2. Depuis, la problématique a explosé et les taux de refus aussi. Une femme qui a besoin d’être hébergée en urgence ne devrait jamais se faire dire non.
À titre indicatif, SOS violence conjugale a reçu plus de 12 000 demandes d’aide en 2025. De ce nombre, seules 56 % des femmes ont pu avoir une place dans une maison d’aide et d’hébergement (première étape). Il est donc déjà difficile de répondre à l’urgence.
Ensuite, selon l’Alliance des MH2, 8 % des femmes hébergées en maison d’urgence auraient besoin d’un séjour plus long, en deuxième étape, pour échapper à la violence post-séparation et au risque de féminicide.
On ferait d’une pierre deux coups, selon Mélanie Miranda. Chaque femme qui s’en va en maison de deuxième étape libère une place en maison d’urgence pour une autre femme. Comme elle est épaulée pour quitter durablement son conjoint violent, il y a aussi moins de chances qu’elle recoure de nouveau à de l’aide d’urgence.
J’ai une femme en tête, qui m’a dit : "Moi ça m’a pris huit allers-retours avec mon ex-conjoint", jusqu’à tant que je sache que ça existe, une maison de deuxième étape, et que j’y aie accès.
Les engagements de Québec
Le Ministère de la santé et des services sociaux s’est engagé en 2022 à financer les services d’intervention au sein de 25 nouvelles maisons d’hébergement de deuxième étape, d’ici 2027.
Selon la Société d’habitation du Québec, il y a actuellement 21 projets en chantier (281 unités) représentant une aide financière estimée à plus de 110 millions de dollars.
Si vous êtes victime, ou une personne de votre entourage, de violence conjugale, de l'aide est disponible en tout temps au 1 800 363-9010 (SOS Violence conjugale).


2 months ago
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