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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLongues et douloureuses punitions, étranglements, menaces de mort, enfermement dans un petit réduit... La liste des sévices qu'aurait infligés une femme de 58 ans à trois enfants atikamekw est longue.
Les faits se seraient déroulés à la Tuque dans les années 2000, alors que Chantale Charest, originaire de la Mauricie, agissait en tant que famille d’accueil pour des enfants autochtones, selon nos sources. Les victimes alléguées avaient entre 3 et 10 ans au moment des faits, ces derniers s’étalant sur plusieurs années.
Lors de sa comparution mercredi, l’accusée a plaidé non coupable à des accusations de voies de fait et de séquestration. Plusieurs membres de la communauté atikamekw ont assisté à ces audiences qui vont se dérouler sur deux jours.
La tension était palpable. Devant la salle d'audience, Eden Weizineau, une des victimes alléguées qui a séjourné environ deux ans chez Chantale Charest, a fondu en larmes avant de témoigner. Aujourd’hui âgée de 31 ans, elle est la seule victime dont l’identité n’est pas protégée par une interdiction de publication.
Terrorisée
La jeune femme s’est installée derrière la barre, un chien d’assistance d’un côté, une traductrice atikamekw de l’autre. Dans ses mains, elle tenait une plume. C’était une maison à trois étages, avec une grande cour. Ça avait l’air beau au début. De l’extérieur, ça paraissait être idéal, a-t-elle raconté à Mélanie Gagné, la procureure de la Couronne.

Plusieurs personnes sont venues assister aux audiences au palais de justice de La Tuque.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Ses propos faisaient écho à ceux d'une deuxième victime alléguée : je l'ai trouvée magnifique, a-t-elle raconté en évoquant la demeure de Mme Charest.
Mais cela n'a pas duré. Eden Weizineau a décrit l'accusée comme une femme oppressive et méchante, et affirmé qu’elle se sentait terrorisée. Du haut de ses 11 ans, elle avait dénoncé la situation auprès d’une intervenante, mais en vain.
Quand Chantale a su ça, elle a demandé à savoir qui avait raconté des choses. Elle a compris que c’était moi et m’a dit de monter dans ma chambre. Je n’arrivais pas à parler et elle m’a donné une grosse claque sur la cuisse, raconte-t-elle entre deux sanglots.
Pour survivre, je me suis pliée.
Eden Weizineau a fréquenté la maison de Mme Charest en même temps qu’un jeune garçon atikamekw, Jimmy-Charles Biroté. Il ne fait pas partie des demandeurs. Dans la salle, tous les Atikamekw savent pourquoi. S’il n’est pas là aujourd’hui, c’est parce qu’il s’est enlevé la vie, a précisé au juge Me Gagné.
Au premier rang, Sylvie Biroté, la mère de Jimmy-Charles, un mouchoir dans la main, sanglotait bruyamment. Lors d’une pause, elle s’est approchée de l’accusée et lui lance : Vous avez des enfants!, avant d’être accompagnée vers la sortie par le constable présent dans la salle.
Étranglements, enfermement et punitions
La liste des sévices allégués est longue.
La deuxième victime a raconté pour sa part les longues punitions, debout ou à genoux, face à un mur qui duraient parfois une heure. Elle évoque des bleus sur les bras. Une autre personne qui a résidé dans cette maison se souvient quant à elle des ongles de Mme Charest qui s'enfonçait dans sa peau.

Pour plusieurs Atikamekw venus assister aux audiences, cette situation leur évoque ce qui se passait dans les pensionnats pour Autochtones.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Elle me recadrait sévèrement. Je marchais sur des œufs. Dès le premier soir, je me suis fait taper sur les fesses, relate-t-elle.
Une autre fois, Mme Charest l'aurait même étranglé, au point que ses pieds quittent le sol.
Elle m'a assise sur une chaise pliante avec la fenêtre ouverte, en plein hiver. J'ai passé toute la nuit comme ça.
La témoin entendue a parlé ensuite de la fameuse chambre à souris. Devant une salle pleine, elle a expliqué que l'accusée enfermait parfois les enfants dans cette toute petite pièce, avec un matelas pour berceau au sol, sans lumière.
Devant le juge, les trois témoins évoquent des brûlures, des menaces de mort, et surtout, des punitions parfois douloureuses lorsque les enfants étaient turbulents ou recevaient de mauvaises remarques à l'école.
Une fois, je l'ai vu sortir puis ramener un seau de sable qu'elle a renversé autour de la table. Elle m'a demandé de me mettre à genoux et de marcher autour de la table. Elle m'a demandé de mettre mes mains en prière, de les lever, et elle les as attachées avec du tape. J'avais des plaies ouvertes, la peau arrachée et du sang qui coulait sur les genoux, détaille-t-elle.
À la recherche de failles et incohérences
Les détails, c'est justement ce sur quoi l'avocat de l'accusée, Serge Milette, a insisté lors de son contre-interrogatoire. Il a questionné la notion du temps des victimes alléguées qui étaient encore des enfants. Combien de fois c'est arrivé, s'il faisait jour, nuit, si c'était en semaine, en fin de semaine, après l'école ou avant, si l'un des témoins a montré ses bleus à quelqu'un de l'extérieur..
Il obtenait parfois des réponses. Parfois les témoins disaient ne pas se souvenir.
Il poursuit en soulignant que l'une des témoins est restée en contact avec l’accusée après la fermeture de la maison d’accueil, elle aurait même participé à des activités avec cette dernière. Je ne sais pas pourquoi j’ai repris contact, a-t-elle répondu, avant de quitter la salle, les larmes aux yeux.
Le soutien de la communauté
Dans le couloir, la mère d'une des victimes alléguées a fait part à Espaces autochtones de sa colère et de sa tristesse pour les personnes qui sont passées par là. Selon elle, les présumées victimes sont très stressées et très angoissées. Quelques-unes avaient dénoncé ce qui se passait, avaient avisé leur intervenante, mais ça ne s’est pas rendu à la supérieure, a-t-elle assuré.
Le système ressemble encore aujourd’hui au temps du pensionnat [pour Autochtones], où les enfants étaient maltraités, on n’est pas à l’écoute quand on dénonce, ça ferme les yeux et je trouve ça déplorable.
Elle a souligné l’importance d’avoir le soutien de la communauté atikamekw, car les enfants ont vécu beaucoup de choses dans cette famille d’accueil et certains ont des séquelles.
Valérie Pittikwi, une Atikemakew originaire de Manawan, est aussi venue pour apporter son soutien. C'est quelque chose qui me touche profondément, les enfants atikamekw. J'ai été en contact avec plusieurs personnes, des victimes, qui m'ont parlé depuis déjà plusieurs années quand même, partage-t-elle.

Valérie Pittikwi, originaire de Manawan, est venue apporter son soutien aux familles présentes à l'audience.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Elle aussi trouve que l'ambiance était pesante. Je trouve ça très très stressant, j'ai eu des larmes. J'étais fâchée, puis ça me choquait. L'avocat de la défense, je trouve qu'il n'a pas de cœur, laisse-t-elle tomber.
Elle assure que depuis le début de l'audience, au moins cinq autres personnes ont signalé leur intention de déposer une plainte contre Chantale Charest.
Protection de l'enfance
Cette affaire renseigne sur la délicatesse de la protection de la jeunesse chez les Autochtones, qui demeurent surreprésentés dans le système, comme le soulignait le gouvernement québécois en avril.
Les signalements concernant les Autochtones au chapitre de la protection de la jeunesse sont cinq fois plus importants par rapport aux familles allochtones. En 2019, les enfants des Premières Nations et des Inuit étaient 3,5 fois plus susceptibles d’être évalués à la suite d’un signalement et leurs enfants sont 4,3 fois plus susceptibles d’être placés.
Les Atikamekw des communautés de Manawan, de Wemotaci, ainsi que le Conseil de la Nation atikamekw ont signé une entente avec le gouvernement du Québec en janvier 2018 pour permettre l’application d’un système d’intervention indépendant du directeur de la protection de la jeunesse.
En 2022, la communauté d’Opitciwan, elle aussi atikamekw, est de son côté devenue officiellement maîtresse de la protection de ses enfants grâce à la loi fédérale C-92. Elle permet un transfert de compétence entre les gouvernements provinciaux et les communautés en matière de protection de l’enfance.


4 weeks ago
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