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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayMême majoritaire, Mark Carney avale une autre idée de Pierre Poilievre. Il annonce la suspension de la taxe d’accise de 10 cents qui s’applique sur le prix du litre d’essence, et de 4 cents sur le prix du diesel. Cette mesure sera certainement appréciée par les automobilistes, mais le gouvernement choisit-il d’opter pour la facilité au lieu de mettre en place des solutions structurantes pour l’avenir?
Si, en 2026, le gouvernement du Canada doit suspendre la taxe d’accise sur l’essence, on peut se demander si sa politique climatique n’est pas en déroute. Non seulement le gouvernement Carney a éliminé la taxe sur le carbone il y a un an et a repoussé ses objectifs sur les véhicules électriques, mais voilà qu’il choisit d’annuler la taxe d’accise pendant 5 mois.
Et puis, quelle est donc la prochaine étape si le conflit au Moyen-Orient perdure et prend de l’ampleur. Cette baisse de taxe va-t-elle devenir permanente? Le premier ministre prévoit-il d'annuler la taxe sur les produits et services (TPS)? Va-t-il envoyer des chèques aux citoyens? Et s’il choisit aujourd’hui de réduire la taxation de l’essence, pourquoi ne réduit-il pas aussi le coût du transport en commun? Pourquoi privilégier les automobilistes?
Est-il équitable d’aider financièrement certains automobilistes à revenus élevés et de ne pas agir pour les contribuables à faible revenu, qui n’ont pas d’auto et qui utilisent le transport collectif? Il faut bien comprendre que les économistes s’attendent à ce que la hausse des coûts de l’énergie ne touche pas que l’essence et le diesel, mais un éventail de biens.
Certes, le gouvernement fédéral a bonifié en début d’année le crédit pour TPS, maintenant nommé Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels. Ce soutien est important, mais les prix des aliments et des engrais vont grimper en raison de la majoration des prix de l’énergie et des transports, selon l’économiste Randall Bartlett, de Desjardins.
Et même si, historiquement, le dollar canadien s’est apprécié lorsque les prix de l’énergie ont progressé, écrit-il dans une note publiée le 14 avril, il s’est déprécié par rapport au dollar américain depuis la fin de février, les investisseurs s’étant de nouveau tournés vers les actifs libellés en dollars américains. Le coût des importations est ainsi plus élevé.

Les troupes de Mark Carney sont formées de 174 députés à l'issue des élections partielles de lundi. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Les pressions inflationnistes toucheront d’abord les biens, puis éventuellement les services, constate l’économiste de Desjardins. La hausse récente des prix de l’énergie est susceptible d’être ressentie plus immédiatement par les ménages à revenus plus élevés dit-il.
Mais, ces derniers sont également les mieux placés pour absorber le choc. Ainsi, les options politiques destinées à contrebalancer l’effet de la hausse des prix de l’énergie sur le coût de la vie devront viser l’équilibre entre l’ampleur du soutien offert et l’aide ciblée pour les personnes qui en ont le plus besoin, tout en gardant à l’esprit la viabilité des finances publiques.
La demande pousse les prix à la hausse
Tous les jours, comme consommateurs, nous faisons des choix. C’est parce que notre demande en essence est forte que l’industrie du pétrole se sent libre d’augmenter le prix du carburant comme elle l’a fait dans les dernières semaines, alors que le coût d’acquisition à la rampe de chargement a bondi avec la guerre au Moyen-Orient. Si la demande baissait, les prix ne grimperaient pas de façon aussi marquée, surtout dans un marché où la concurrence est forte.
La marge de détail estimée à Montréal est de 8,6 cents en moyenne depuis un an, alors qu’elle ne s’élève qu’à 5,2 cents à Québec, 1,1 cent à Saguenay et 0,6 cent à Gatineau. Le gouvernement Carney aurait-il pu agir en plafonnant les marges de profit des détaillants, comme le gouvernement français songe à le faire, selon plusieurs médias?
En réduisant la taxe d’accise de 10 cents, le premier ministre fournit une aide bienvenue pour les Canadiens, mais, puisque cette taxe est appelée à revenir en place en septembre, le soutien financier annoncé est-il bien ciblé et bien avisé compte tenu du coût estimé pour l’État de 2,4 milliards de dollars?
Moi, je pense que les gens ont besoin d’un coup de pouce maintenant, a expliqué mardi le ministre fédéral des Finances François-Philippe Champagne en entrevue à Zone info. Les gens nous disent comprendre le plan à long terme, mais il y a aussi la réalité de la fin de la semaine, de la fin du mois. C’est pour ça qu’on a mis l’emphase sur le rabais sur l’épicerie et les besoins essentiels, ensuite sur le logement, qui est la pierre angulaire de l’abordabilité, et maintenant sur l’essence.
Quelles garanties les pétrolières ont-elles données au gouvernement fédéral quant à la transmission entière et directe aux consommateurs de la taxe de 10 cents? On n’a pas de garanties, a dit Mark Carney, mais l’expérience de la baisse de la taxe carbone a montré que la réduction a été transmise entièrement aux consommateurs, a-t-il expliqué.
Ce qu’on fait, c’est qu’on suit la situation avec le Bureau de la concurrence, a dit François-Philippe Champagne. On sera vraiment vigilant là-dessus. (...) J’ai confiance. On a été très clair sur nos attentes face aux détaillants, face aux manufacturiers.
Mais, le ministre n’a pas prévu d’amendes ou de pénalités pour les détaillants qui seraient tentés de ne pas transmettre l’entièreté de la baisse de taxes aux consommateurs. En ce sens, dans un marché qui s’appuie sur l’offre et la demande, avec des marges fluctuantes, on peut se demander comment le gouvernement fédéral pourra vraiment bien s’assurer que la remise de taxe sera entière.
Une approche peu structurée
Pour agir de façon plus structurante, le gouvernement fédéral devrait-il agir dans le même sens que le gouvernement du Québec?
L’exemple d’Eric Girard pourrait peut-être inspirer François-Philippe Champagne. Non seulement, le ministre des Finances du Québec n’a pas cédé à la tentation d’annuler la taxe carbone, comme Mark Carney l’a fait ailleurs au pays, mais il n’a pas non plus décidé d’annuler la taxe sur le carburant dans son dernier budget.
D’ailleurs, l’approche de la première ministre désignée Christine Fréchette semble assez prudente en cette matière. J’ai demandé à M. Girard de me proposer un plan pour retourner les revenus supplémentaires de l’État liés à la hausse du coût de l’essence due à la guerre au Moyen-Orient, a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.
Reste à voir ce que le gouvernement va choisir de faire pour soutenir les Québécois.
Alors, s’il choisit de baisser une taxe à court terme, maintenant qu’il vient d’atteindre la majorité parlementaire, le premier ministre Carney ne devait-il pas aussi mettre des efforts à investir massivement dans le transport collectif et dans l’électrification des transports, et à mettre en place des mesures incitatives en ce sens?
Certes, le retour de la subvention à l’achat d’un véhicule zéro émission est un pas dans la bonne direction. Mais, la baisse de la taxe d’accise pourrait être perçue aujourd’hui comme une nouvelle subvention à l’industrie pétrolière. Elle pourrait faire du bien aux automobilistes à court terme, mais elle ne fait rien pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles.
Tant que le gouvernement n’agira pas avec courage sur cette question, la situation ne changera pas.
Avec la collaboration de Yanick Lepage


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