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Surprescription d’opioïdes : un phénomène limité, selon le Collège des médecins

3 days ago 3

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Plusieurs centaines de médecins ont été identifiés par la Régie de l’assurance maladie (RAMQ) en raison de leurs fortes et fréquentes prescriptions d'opioïdes. Mais après une enquête du Collège des médecins, seulement onze d’entre eux auraient une « pratique irrégulière » posant des risques pour leurs patients. Malgré ces résultats, tous ne sont pas rassurés.

Il y a trois ans, en collaboration avec la RAMQ, le Collège des médecins du Québec a mis en place un programme pour mieux surveiller les prescriptions d'opioïdes et de benzodiazépines et détecter les professionnels de la santé qui en prescrivent de trop grandes quantités.

L’ordre professionnel souhaitait ainsi contrer les surdoses d'opioïdes et les problèmes de dépendance, et éviter que ces médicaments se retrouvent sur le marché noir.

À partir de ses bases de données et des critères de risques établis par le Collège des médecins, dont le dosage et le nombre de comprimés prescrits, la RAMQ a détecté plusieurs centaines de médecins dont la pratique présentait des risques de dérive. Il y en aurait environ 2000.

Le Collège a alors commencé à enquêter pour tenter de mieux comprendre la pratique de ces médecins ciblés par la RAMQ et les raisons qui les amènent à prescrire de grandes quantités de ces médicaments. Les inspecteurs de l’ordre professionnel se sont penchés sur le contexte entourant ces prescriptions où les quantités ou les dosages présentaient des facteurs de risque.

Ça nous a permis d'identifier et de départager les médecins pour lesquels ça arrivait juste une fois de temps en temps, puis les médecins pour lesquels ça arrivait souvent, explique le président de l'ordre professionnel, le Dr Mauril Gaudreault.

Après avoir analysé les ordonnances identifiées par la RAMQ, les inspecteurs du Collège ont constaté que plusieurs de ces médecins travaillaient dans des cliniques de la douleur ou en dépendance et en toxicomanie. Par la nature de leur travail, ces professionnels de la santé sont amenés à prescrire de plus grandes quantités de ces types de médicaments à leurs patients.

Des bouteilles d'opioïdes d'ordonnance et quelques comprimés sur un plateau en pharmacie.

Des bouteilles d'opioïdes d'ordonnance sur un plateau en pharmacie. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Les inspecteurs du Collège ont toutefois convoqué 26 médecins pour pousser leur analyse et leur enquête.

Au terme de ces entretiens, ils ont conclu que la pratique de onze d’entre eux pouvait représenter des risques pour les patients, selon le président du Collège des médecins. Ça nous a permis d'identifier des médecins qui avaient une pratique hors norme. On n'a pas identifié des dérapages majeurs, dit-il.

Mauril Gaudreault affirme que ces médecins ont reçu une lettre avec une série de recommandations pour améliorer leur pratique jugée inappropriée. On a dû les accompagner pour modifier et améliorer leurs pratiques. Le Collège, qui privilégie une approche pédagogique, a notamment émis des rappels à certains médecins sur les interactions médicamenteuses ou une sensibilisation à la prescription de trousses de naloxone, en fonction de leur pratique médicale.

Les onze médecins se sont aussi fait fortement suggérer de suivre une formation d’appoint dans les domaines médicaux de la douleur et de la dépendance.

Jusqu’à présent, le Collège des médecins affirme ne pas avoir identifié de dérapage majeur en matière de prescription d’opioïdes, mais il demeure prudent.

S’il n'y a pas de dérapage comme il y en avait il y a 10 ans, c'est parce que les médecins ont été plus sensibilisés depuis ce temps-là par rapport aux précautions à prendre pour la prescription de tels médicaments.

Le Dr Mauril Gaudreault, assis dans un bureau dans une tour   au centre-ville.

Le Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Selon lui, après vérification, la pratique des 15 autres médecins ne posait pas problème. Les inspecteurs du Collège doivent rencontrer prochainement douze autres membres dans le cadre de leur enquête.

À la lumière des enquêtes qui ont été faites jusqu’à présent, le président du Collège des médecins, Mauril Gaudreault, se dit rassuré par les résultats du programme que son ordre professionnel a mis en place pour contrer les surprescriptions d'opioïdes.

Ces résultats suscitent toutefois quelques remises en question.

Médecin de famille œuvrant en santé mentale et en dépendance, Marie-Ève Morin doute qu’il n’y ait pas davantage de médecins fautifs, alors que la Régie de l’Assurance maladie en a ciblé plusieurs centaines.

Je pense que le Collège a pris ça au sérieux à la base. Là où je suis perplexe, c'est sur le nombre très restreint de prescripteurs erratiques. Je ne connais pas les critères que la RAMQ a utilisés pour identifier ces médecins-là, mais il y avait quand même beaucoup de médecins identifiés, beaucoup de prescriptions qui étaient jugées excessives qui ont été identifiées. De penser qu'on est passé de plusieurs centaines de prescriptions erratiques à seulement onze prescripteurs fautifs, ça m'étonne.

Il y aura toujours des personnes délinquantes. Il y en a parmi les médecins. Mais au niveau médical, je pense que le prix à payer peut être très cher pour un médecin qui continuerait à prescrire des opioïdes à coups de 200 à 300 comprimés.

Marie-Ève Morin sourit, assise sur une banquette.

La Dre Marie-Ève Morin (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ronald Georges

Elle souligne qu’il est possible pour les médecins qui travaillent dans des cliniques de douleur ou en dépendance et toxicomanie d’utiliser d’autres types de médicaments que les opiacés pour soulager ou soigner les patients.

Une crise d’opioïdes, mais pas de délinquants

Les résultats du programme de surveillance n’invalident pas pour autant la situation actuelle.

En décembre 2024, le nombre de décès reliés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou autres drogues avait augmenté de 33 % depuis 2023 à la même période, selon l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

De nos jours, entre avril 2025 et mars 2026, ce sont 596 décès qui ont été répertoriés par l’INSPQ.

Le règlement d’un recours collectif contre les fabricants et les distributeurs d'opioïdes les oblige à dédommager les personnes qui sont dépendantes de ces médicaments à la suite d’une prescription. Les bénéficiaires doivent se partager les 22 millions de dollars obtenus en compensation. Le défi, actuellement, c’est de retracer ces personnes.

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