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Stressés ou soulagés, ils quittent le Liban sous les bombes

2 months ago 14

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BEYROUTH, Liban - Le contraste est frappant : au premier étage de l’aéroport de Beyrouth, le hall des arrivées est quasi vide; au deuxième, celui des départs grouille de passagers, anxieux pour la plupart.

Certains sont arrivés six heures avant le départ de leur vol, d’autres prévoient passer la nuit sur place, craignant ne pas pouvoir s'y rendre le lendemain.

Et pour cause : l’aéroport de Beyrouth, le seul aéroport civil en fonction au Liban, est situé à quelques mètres à peine de la banlieue sud de la capitale.

Ce fief du Hezbollah, une zone très résidentielle qui abrite quelque 700 000 personnes, est régulièrement la cible de bombardements israéliens et a même fait l’objet d’un ordre d’évacuation il y a deux jours.

Dans la seule nuit de jeudi à vendredi, pas moins de 11 frappes y ont été menées.

Une boule de feu monte au milieu d'immeubles d'habitation lors d'un bombardement.

Une boule de feu monte lors d'un bombardement israélien au milieu d'immeubles d'habitation dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah.

Photo : Getty Images / AFP

Depuis lundi, l’État hébreu a intensifié ses frappes sur le Liban après des attaques lancées par le Hezbollah contre le territoire israélien en riposte à la guerre israélo-américaine contre l’Iran, son parrain.

En cinq jours, ces frappes ont fait plus de 200 morts et près de 800 blessés au Liban. Des dizaines de milliers de Libanais ont dû fuir leur maison, notamment dans le sud du pays, où l’armée israélienne mène une incursion pour y établir une zone tampon.

Gilbert Azzi, un résident de Toronto, est arrivé au Liban il y a une dizaine de jours pour voir sa famille. Ce jeune entrepreneur devait y rester trois semaines, mais il a décidé d’écourter son séjour par crainte que le conflit ne s'intensifie et qu’il se retrouve incapable de retourner au Canada.

C’est un sentiment horrible, confie-t-il en poussant un chariot à bagages. Je me sens impuissant.

Plusieurs personnes font la file.

Une file de passagers s'est formée pour le contrôle des passeports à l'aéroport de Beyrouth le 6 mars 2026.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Sa famille habite à Rmeileh, non loin de Saïda, troisième ville du Liban, à environ 40 kilomètres au sud de Beyrouth. Surnommée la capitale du Liban-Sud, cette ville côtière a été la cible de plusieurs frappes de l’armée israélienne, qui dit y viser des membres de la Jamaa Islamiyah, la branche libanaise des Frères musulmans, alliée du Hezbollah et du Hamas palestinien.

Les crises précédentes, je les ai vécues de loin, à partir du Canada. Je me sentais mal. Mais maintenant, je me sens encore plus mal, parce que je dois laisser mes parents derrière moi. C’est très troublant.

En attente de partir pour Istanbul

Afin de faciliter le départ de ses ressortissants qui se trouvent au Liban, le gouvernement canadien a réservé des blocs de sièges à bord de plusieurs avions des Middle East Airlines, la seule compagnie aérienne qui dessert encore Beyrouth.

Un avion des Middle East Airlines survole Beyrouth le 5 mars 2026.

Un avion des Middle East Airlines survole Beyrouth le 5 mars 2026.

Photo : Getty Images / Daniel Carde

Vendredi, quelque 50 places étaient réservées à bord d'un de ces avions qui assurent la liaison Beyrouth-Istanbul. Pour 380 $ US, Gilbert est parvenu à obtenir une de ces places.

Même chose pour Maria Khamis, une résidente d’Ottawa. Cette femme de 31 ans semble toutefois bien moins stressée. Elle marche avec son époux, Georges Rachid, un ressortissant libanais dont le processus de visa a été accéléré en raison de la crise.

Tous deux originaires de la Békaa, une région dans l’est du Liban touchée par les frappes israéliennes, ils s’en vont se refaire une nouvelle vie ensemble au Canada.

Georges, 45 ans, est à la fois excité et inquiet de ce qui l’attend de l’autre côté de l’océan. Ancien propriétaire d'une boutique de chaussures, il ne sait pas encore ce qu’il compte faire au Canada, mais il se dit prêt à tout, même à l’hiver canadien. Honnêtement, j’aime le froid, assure-t-il.

Une femme tient le bras d'un homme devant un chariot de bagages.

Maria Khamis et son époux Georges Rachid avant leur départ pour Istanbul à bord d'un avion des Middle East Airlines le 6 mars 2026.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Ces deux amoureux, qui se connaissent depuis plus de 10 ans, se sont mariés il y a tout juste deux mois. On pensait qu’on allait devoir attendre au moins un an avant de pouvoir aller au Canada, explique Maria, qui a présenté une demande de parrainage au profit de son époux peu après leur mariage. Mais grâce à Dieu, notre démarche a été facilitée!

Toutefois, ce sentiment de soulagement reste incomplet. Le couple s’inquiète pour l’avenir du Liban. J’espère pour tout le monde que la situation va se calmer très bientôt, soupire Georges.

Joumana, elle, est beaucoup plus pessimiste. Cette résidente de Montréal peine à cacher son anxiété.

Elle accepte de parler à Radio-Canada, mais tout en marchant, le pas très pressé. Elle veut arriver le plus vite possible à la porte d’embarquement du vol en direction d’Istanbul.

Le hall des départs à l'aéroport de Beyrouth est rempli de gens.

Le hall des départs à l'aéroport de Beyrouth est rempli de gens alors que l'incertitude plane sur le Liban.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Cette femme dans la soixantaine est venue au Liban il y a deux semaines pour rendre visite à sa mère vieillissante. Elle dit qu'elle part la peine dans l’âme, mais elle ajoute qu'elle ne peut pas se permettre de rester coincée au Liban. Qu’est-ce que je suis censée faire si jamais Israël décide de bombarder l’aéroport? lance-t-elle. Je ne peux pas rester si loin de mon mari et de mes enfants, je dois rentrer au pays.

« On est habitués à ça »

En juillet 2006, lors d’un précédent conflit entre le Hezbollah et Israël, l’armée israélienne avait frappé l’aéroport de Beyrouth à plusieurs reprises, paralysant le trafic aérien pendant plusieurs semaines.

Jusqu’à présent, la menace est autour de l’aéroport, mais l’aéroport, lui, n’est pas menacé, assure le directeur général de l’aviation civile libanaise, le capitaine Mohammad Aziz.

La route vers l’aéroport reste ouverte même si on est entourés par des régions menacées, ajoute-t-il en référence aux quartiers de la banlieue sud qui ont fait l’objet d’un ordre d’évacuation jeudi.

Le directeur général de l'aviation civile libanaise, Mohammad Aziz, est assis dans son bureau le 6 mars 2026.

Le directeur général de l'aviation civile libanaise, Mohammad Aziz.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Il rappelle par ailleurs que lors de la dernière offensive israélienne, en novembre 2024, l’aéroport n’avait pas été touché.

On a passé la guerre civile de 1975 à 1990, on a passé la guerre de 2006, de 2024, on est habitués à ça. On gère les crises comme si on [gérait] des opérations normales.

Alors que plus de 23 000 ressortissants canadiens sont enregistrés au Liban, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a assuré que davantage de places à bord d'avions en partance de Beyrouth seront disponibles dans les jours à venir.

Notre intention est de continuer à avoir des options pour les Canadiens et les Canadiennes dans toute la région, surtout au Liban, et dans d’autres pays aussi, a-t-elle affirmé en conférence de presse vendredi.

Et si l’aéroport de Beyrouth était appelé à fermer? Des solutions de rechange sont envisagées par le gouvernement canadien, notamment le transport par voie terrestre ou maritime.

Le Canada recommande à ses ressortissants d’éviter tout voyage à Bahreïn, en Iran, en Irak, en Israël, dans les territoires palestiniens, au Koweït, au Liban, au Qatar, en Syrie, aux Émirats arabes unis et au Yémen ainsi que d’éviter tout voyage non essentiel en Jordanie, à Oman et en Arabie saoudite.

Les Canadiens à l’étranger qui ont besoin d’une aide consulaire d’urgence peuvent communiquer avec le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence d’Affaires mondiales Canada, joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, des manières suivantes :

  • Par téléphone : +1 613 996-8885 (appels à frais virés acceptés lorsque possible)

  • Par SMS : +1 613 686-3658

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