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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwaySelon la police et divers experts, des organisations criminelles profitent de l’impunité offerte par les messageries chiffrées Signal et Telegram pour orchestrer leurs délits. À Toronto, ces outils technologiques auraient notamment servi aux auteurs de récentes fusillades, comme le rapporte Joe Matthews, commissaire principal de la brigade criminelle.
Mais que sont exactement Signal et Telegram? Pourquoi attirent-elles certains réseaux criminels? Et qu’est-ce qui les distingue des autres applications de messagerie?
Conçues pour protéger la vie privée
Signal et Telegram appartiennent à la famille des applications de messagerie instantanée, au même titre que WhatsApp ou Messenger. Elles permettent d’échanger des messages privés, de créer des groupes et de partager des fichiers.
La principale différence réside dans leur approche de la confidentialité.
Signal offre un très haut niveau de sécurité et promet de chiffrer les communications de bout en bout, explique Patrick Mathieu, cofondateur de Hackfest, une organisation qui rassemble des passionnés de cybersécurité. Les données de l’utilisateur sont seulement gardées sur le téléphone de l’utilisateur. Même l’entreprise Signal elle-même ne peut pas accéder au contenu des conversations.
Signal est conçue comme une application destinée aux conversations entre deux personnes, avec quelques options permettant de créer des groupes privés plus larges. Le chiffrement de bout en bout signifie que seuls l’expéditeur et le destinataire peuvent lire les messages, explique M. Mathieu.
Signal est une compagnie américaine basée en Californie.
Telegram offre aussi des fonctions de confidentialité, mais son architecture est différente. Dans plusieurs cas, les messages sont conservés sur les serveurs de l’entreprise, ce qui permet potentiellement aux autorités d’obtenir certaines informations dans le cadre d’enquêtes, explique David Décary-Hétu, professeur titulaire à l’École de criminologie de l’Université de Montréal.
Telegram a aussi des capacités de messagerie en groupe différentes, ajoute M. Décary-Hétu. On peut avoir des canaux publics avec des centaines de milliers de personnes. N’importe qui peut se joindre à un canal public.
Telegram est basée à Dubaï aux Émirats arabes unis.
Ce qui séduit les réseaux criminels
Selon les experts interrogés, les réseaux criminels cherchent avant tout deux choses : la confidentialité et l’anonymat.
Pour utiliser Signal ou Telegram, il suffit généralement d’un téléphone intelligent et d’un numéro de téléphone.
On peut acheter des numéros de téléphone virtuellement en ligne, utiliser ces numéros-là et ça nous permet d’opérer avec un anonymat assez significatif, explique M. Décary-Hétu.

Telegram offre des fonctionnalités particulièrement utiles pour rejoindre un grand nombre de personnes. (Photo d’archives)
Photo : Getty Images / Carl Court
Telegram offre aussi des fonctionnalités particulièrement utiles pour rejoindre un grand nombre de personnes. Ses canaux publics peuvent compter des milliers, voire des centaines de milliers d’abonnés.
Si je veux vendre de la drogue sur Internet, je peux le faire à mes trois ou quatre amis, mais je peux aussi aller dans un canal public et rejoindre des milliers de consommateurs potentiels, illustre le criminologue.
Pour sa part, Signal est davantage utilisé pour les communications privées. Son chiffrement de bout en bout empêche quiconque, y compris l’entreprise elle-même, d’accéder au contenu des conversations.
Un obstacle non une impasse
Le chiffrement complique le travail des enquêteurs, mais ne le rend pas impossible.
L’utilisation d’applications cryptées par les criminels pose un problème de plus en plus important aux forces de l’ordre, affirme Stephanie Sayer, porte-parole du service de police de Toronto.
Les policiers peuvent notamment infiltrer des groupes ou des canaux publics, surveiller les activités visibles en ligne et saisir les appareils de suspects lors d’arrestations.

Des échanges observés sur les réseaux sociaux par le Service de police de la Ville de Montréal lors d’une enquête sur le recrutement de jeunes par des organisations criminelles. (Photo d’archives)
Photo : SPVM
Les policiers ont énormément de sources et d’outils d’enquête, rappelle M. Décary-Hétu. L’infiltration humaine, les informateurs et les techniques d’enquête traditionnelles demeurent des moyens importants pour recueillir des preuves.
Même sur Signal, les messages deviennent accessibles si les autorités obtiennent légalement un téléphone déverrouillé ou un appareil contenant encore les conversations.
Un débat qui dépasse le crime organisé
Les experts interrogés rappellent toutefois que les applications chiffrées ne sont pas utilisées uniquement par des criminels.
Journalistes, militants, lanceurs d’alerte et simples citoyens s’en servent également pour protéger leurs communications et leur vie privée.

Signal est davantage utilisé pour les communications privées. (Photo d’archives)
Photo : Associated Press / Kiichiro Sato
Pour le moment, on a décidé dans notre société que les gens avaient encore le droit d’avoir des conversations privées, souligne M. Décary-Hétu.
Cette question se retrouve d’ailleurs au cœur des débats entourant le projet de loi C-22 du gouvernement fédéral, qui vise notamment à moderniser les pouvoirs d’enquête liés aux données numériques.
Les corps policiers soutiennent que les outils actuels ne leur permettent plus toujours d’accéder rapidement à certaines preuves numériques.
La technologie ayant évolué si rapidement ces dernières années, nous nous heurtons à des obstacles dans certaines de ces enquêtes , affirme Mme Sayer.
Pour les défenseurs de la vie privée, toutefois, l’enjeu dépasse les enquêtes criminelles. Ils craignent qu’un accès accru aux communications numériques puisse affaiblir les protections dont bénéficient l’ensemble des citoyens.
Pour M. Décary-Hétu, le débat oppose deux objectifs légitimes : permettre aux policiers d’enquêter efficacement tout en préservant le droit des Canadiens à communiquer de façon privée.
Il y a toujours un prix à payer, résume-t-il.


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