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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPâques est l’histoire du sacrifice, de la souffrance et de l’espérance. Pour de nombreuses personnes autochtones, cette histoire nous touche profondément, même si notre relation avec l’Église demeure complexe, douloureuse et inachevée.
À Winnipeg, il existe une paroisse catholique qui incarne cette tension d’une manière que peu d’autres lieux réussissent à faire. La paroisse Sainte-Kateri-Tekakwitha porte le nom de la première sainte autochtone d’Amérique du Nord. Kateri était Mohawk, Haudenosaunee. Elle a survécu à la variole, qui l’a laissée marquée et partiellement handicapée, a perdu ses parents durant son enfance, s’est convertie au catholicisme et a subi le rejet de plusieurs autour d’elle à cause de ce choix. Elle a été béatifiée en 1980 et canonisée en 2012. Pendant longtemps, les dirigeants catholiques l’ont présentée comme un exemple de fidélité autochtone à la foi, et cette histoire elle-même porte à la fois de l’inspiration et un certain malaise.
Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.
Ce malaise ne doit pas être ignoré. L’histoire de Kateri a souvent été utilisée par les autorités ecclésiastiques pour montrer aux peuples autochtones qu’il y avait une place pour eux dans le christianisme. Mais si on lit cette même histoire attentivement, une ironie s’y cache. Trop souvent, le message n’était pas simplement que les peuples autochtones étaient les bienvenus. C’était qu’ils étaient les bienvenus une fois éloignés de ce que l’Église considérait comme mauvais dans leurs propres cultures.

Le pape Benoît XVI, officiant la cérémonie lors de laquelle Kateri Tekakwitha a été canonisée, en octobre 2012.
Photo : Associated Press / Andrew Medichini
C’est pourquoi Sainte-Kateri est si importante aujourd’hui. Elle n’est pas seulement une sainte pour les catholiques autochtones. Elle est aussi un miroir tendu à l’Église elle-même. Elle nous oblige à nous demander si l’Église fait réellement une place aux peuples autochtones tels qu’ils sont, ou seulement aux peuples autochtones une fois transformés.
À l’église Sainte-Kateri de Winnipeg, cette question reçoit une réponse différente.
J’ai demandé à certaines personnes pourquoi elles y vont. Le Dr Winston Wuttunee m’a dit qu’il y va parce que cela fait partie de la tradition, mais aussi à cause de la musique et de l’esprit du lieu. Dans cette église, la liturgie catholique s’unit au tambour autochtone, au chant et à la purification par la fumée. Ce sont des sons et des pratiques qu’on n’entend pas dans la plupart des églises. Ils créent quelque chose de vivant, de joyeux, d’enraciné. Pour Winston, chanter à cet endroit est une façon d’apporter de la joie aux autres dans un environnement détendu et d’être pleinement lui-même.
L’histoire d’Elsie Campbell est différente, mais elle dit elle aussi quelque chose d’important. Elle a été élevée dans la foi catholique, s’en est éloignée, puis est revenue à l’église il y a 26 ans, à une période difficile de sa vie. Elle m’a dit que les prières l’avaient aidée à se reconnecter à quelque chose de profond et de spirituel. Elle parle avec chaleur des personnes qu’elle y a rencontrées et de la paix qu’elle y a trouvée. Son mari l’y conduit chaque dimanche, même s’il n’y assiste pas. Aucun de ses enfants ne va à l’église, mais, quand la vie devient difficile, ils lui demandent encore de prier pour eux.
Ce qui m’a touché dans son histoire, c’est sa réflexion sur le tambour. Lorsqu’elle était jeune, ses parents s’éloignaient du terrain de pow-wow lorsqu’ils entendaient le tambour. Aujourd’hui, elle se sent profondément liée à ce même son. Elle apprend à redécouvrir cette part d’elle-même et croit qu’elle peut coexister avec l’enseignement catholique.
Ce n’est pas une petite chose. C’est le son d’un peuple qui revient à lui-même.
Récemment, l’archevêque de Winnipeg, Murray Chatlain, a affirmé que les catholiques ont tout à gagner à mieux connaître la spiritualité autochtone et que cela peut approfondir la foi plutôt que la menacer. Il a raison.

Monseigneur Murray Chatlain, archevêque de Winnipeg
Photo : Radio-Canada / Joseph Hervé Ahissou
Pendant trop longtemps, l’expression spirituelle autochtone a été perçue par les Églises comme quelque chose de suspect, de démonique, quelque chose à réprimer, une chose située en dehors des frontières de la vérité. Aujourd’hui, du moins dans certains lieux, on reconnaît de plus en plus que les enseignements autochtones, les cérémonies et les façons de comprendre le monde peuvent exister aux côtés de la foi chrétienne, et même l’enrichir.
Pâques touche de nombreuses personnes autochtones parce qu’il s’agit d’une histoire de sacrifice, de souffrance et de renouveau. Mais ce qui attire dans l’Église, ce n’est pas seulement l’histoire de Jésus. C’est aussi le fait que l’Église est organisée. Elle a un lieu. Elle a une régularité. Elle a un prêtre dont le rôle est de prendre soin de la vie spirituelle de la communauté. La spiritualité autochtone ne bénéficie pas toujours du même soutien institutionnel, surtout en ville. Nos cérémonies sont vivantes, mais elles ne sont pas toujours faciles d’accès de façon régulière et soutenue. Cela ne les rend pas moins fortes. Cela montre plutôt comment le colonialisme a brisé les structures qui les portaient autrefois. Ainsi, certaines personnes autochtones se retrouvent à l’église non pas parce qu’elles ont rejeté leurs propres traditions, mais parce que l’Église a construit un espace qui est là, de manière constante.
L’église Sainte-Kateri nous le rappelle : elle porte la douleur de l’histoire, mais elle porte aussi le battement de tambour de la survie.
Sainte Kateri portait la souffrance comme une prière.
Les enfants, eux aussi, ont porté la souffrance dans l’ombre de l’Église.
Le miroir ne ment pas quand il se tourne vers nous.
Il montre ce que nos âmes ont laissé faire.


2 months ago
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