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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPrès d’un sentier du parc national Banff, des employés sont sur le point de partir pour une longue randonnée équestre dans une zone isolée de 1200 kilomètres carrés, difficilement accessible : la vallée de la Panther. Environ 130 bisons des plaines y vivent, à l’abri des regards des touristes.
Ce grand mammifère, disparu de la région à la fin des années 1800, a été réintroduit dans le parc en 2017. À l’époque, 16 bisons en provenance du parc national Elk Island ont été transportés par camion jusqu’à Banff, puis déplacés par hélicoptère vers cette zone de réintroduction.
Bien adaptées à leur nouvel habitat, les bêtes se sont reproduites. Depuis, on suit attentivement l’état de santé du troupeau et son impact sur l’écosystème du parc.
On observe des changements dans la végétation, dans les dynamiques entre les espèces, explique Dillon Watt, agent de conservation des ressources au parc national Banff. Des endroits qu’on connaissait très bien avant le retour des bisons sont transformés par leur présence, de façon très positive, parfois même émouvante.

Dillon Watt est agent de conservation des ressources au parc national Banff.
Photo : Radio-Canada / France Beaudoin
Les bisons doivent demeurer dans les limites du parc, mais à quelques rares occasions, des mâles ont réussi à s'aventurer à l’extérieur.
Certains animaux ont été capturés puis déplacés. D’autres ont été abattus. Ça nécessite une gestion active de notre part. Il faut entretenir les clôtures, guider les bisons doucement pour les ramener dans le parc lorsqu’ils en sortent et suivre leur position grâce aux colliers GPS.
À l’automne 2024, un projet pilote a aussi été tenté. Chose peu fréquente dans les parcs nationaux, des communautés des Premières Nations ont été autorisées à chasser le bison. Trois bêtes ont été abattues.

Les bisons se sont dispersés dans leur nouvel environnement.
Photo : Karsren Heuer / Parcs Canada
Aujourd’hui, les autorités du parc national Banff estiment que la réintroduction du bison est un succès et ils explorent la possibilité d’élargir la zone occupée par le troupeau.
Transformer le paysage
On roule maintenant en direction du parc national des Lacs-Waterton, toujours en Alberta. Nicole Olivier, responsable de la protection du paysage à la Yellowstone to Yukon Conservation Initiative (Y2Y), nous attend à l’enclos des bisons. Le site, facilement accessible, est une véritable attraction.

Vue du parc national des Lacs-Waterton en Alberta.
Photo : Radio-Canada / Camille Martel
Ce sont les seuls animaux qui ne circulent pas librement en Alberta, lance d’emblée Nicole Olivier. Ils avaient pourtant autrefois un rôle écologique immense à jouer sur ce territoire.
Y2Y a créé des corridors de conservation sur plus de 3000 kilomètres pour favoriser la migration et la reproduction des animaux dans les Rocheuses.
L’organisation souhaite que les bisons, véritables ingénieurs de l’écosystème, sortent des limites des parcs et errent librement sur ce grand territoire protégé qui va du Yukon à Yellowstone, un parc national américain de 9000 kilomètres carrés à cheval sur le Wyoming, le Montana et l’Idaho.

Nicole Olivier est responsable de la protection du paysage au Yellowstone to Yukon Conservation Initiative (Y2Y)
Photo : Photo fournie par Nicole Olivier
Ils transforment le paysage qu’ils occupent, le rendent plus sain et accessible à d’autres espèces. Par exemple, leur manière de brouter favorise des herbes plus riches en nutriments, ce qui attire ensuite d’autres animaux, explique Nicole Olivier.
Quand ils creusent des trous en se roulant au sol, ils perturbent le terrain et ça aide les graines à germer. Ils créent de petites mares qui profitent aux oiseaux. Certains utilisent même la fourrure pour construire leurs nids, poursuit-elle.

Des bisons en liberté au parc national des Lacs-Waterton.
Photo : Radio-Canada / France Beaudoin
Les bisons en liberté pourraient cependant se retrouver dans des pâturages occupés par du bétail, ce qui inquiète les éleveurs de bovins. Il faut donc, selon Nicole Olivier, choisir minutieusement les sites de réintroduction et travailler en collaboration avec les éleveurs.
En collaboration avec les Premières Nations
Au Canada, les Premières Nations participent activement à la conservation du bison. L’animal est considéré comme sacré par plusieurs communautés.
Nous nous rendons justement à la réserve Tsuu T’ina, aux limites de la ville de Calgary. La communauté a accueilli ses premiers bisons en 1980, soit 30 bêtes en provenance du parc national Elk Island, situé à l'est d'Edmonton.
Le troupeau, sous la responsabilité de Clayton Whitney, compte aujourd’hui 400 têtes. Les bisons demandent peu de soins.

Clayton Whitney est responsable du troupeau de bisons à la Réserve Tsuu T’ina.
Photo : Radio-Canada / France Beaudoin
Mais une fois par an, Clayton s’assure qu’ils reçoivent une série de vaccins, dont un contre la brucellose, une maladie contagieuse. On veut éviter que la maladie se propage et touche le bétail des ranchs des environs.
Chaque fois qu’on manipule les bisons et qu’on les fait entrer dans le système d’enclos, on tient une cérémonie du calumet avec les aînés. Les enfants viennent sur le site pour nous voir vacciner les bisons. Ils assistent à tout ça.
La présence du troupeau a ravivé l’intérêt des jeunes pour les traditions et les pratiques de leurs ancêtres. Clayton, lui, y a trouvé une source de réconfort et une forme de spiritualité.
Ça m’a ouvert les yeux sur les choses essentielles, comme la terre et la nature, reconnaît-il. Le matériel compte beaucoup moins. Le fait de travailler avec les bisons y est pour beaucoup.

Les bisons ont été réintroduits dans l'Ouest canadien.
Photo : Radio-Canada / France Beaudoin
Au bénéfice de la communauté
Nous poursuivons notre route encore plus au sud, près de la frontière canado-américaine, en direction de la réserve de la Première Nation Blood, qui abrite elle aussi une harde de bisons.
Le responsable du troupeau qui nous accueille se souvient très bien de l’arrivée des bêtes au printemps 2020.
C’était un don du gouvernement qui voulait remettre les bisons sur le territoire, raconte Charles Mistaken Chief. On a fait venir un aîné pour bénir la terre et les bisons, pour éviter des difficultés ou des problèmes de santé chez les animaux.

Charles Mistaken Chief est responsable du troupeau de bisons de la Nation Blood.
Photo : Radio-Canada / France Beaudoin
Les bisons se sont adaptés à leur nouvel habitat. Et la communauté a apprivoisé des traditions presque oubliées.
On va commencer tranquillement à prélever certaines jeunes femelles. Ce sera un peu comme une chasse cérémonielle. La viande de bison sera ensuite distribuée à tous les membres de la Première Nation. On parle même de tenter une chasse traditionnelle à cheval, avance Charles Mistaken Chief.
Se déplacer sans barrières
Nous arrivons le lendemain à la réserve de la Nation des Pieds-Noirs, au Montana, alors que débutent les célébrations des Iinnii Days, les Journées du bison.
Des membres de la communauté et des invités se dirigent à cheval vers le mont Chief, un site sacré situé dans le parc national de Glacier, à la frontière avec l’Alberta. Les Pieds-Noirs vont y tenir une prière pour souligner l’importance de cet animal.
Ervin Carlson dirige le groupe. Président de l'Intertribal Buffalo Council, il est impliqué depuis plusieurs années dans le rétablissement du bison au sein des communautés des Premières Nations.
L’objectif est de réintroduire les bisons aux abords des montagnes pour qu’ils puissent circuler librement, explique-t-il. On voudrait qu’ils puissent passer au Canada, aller et venir sans barrières.

Ervin Carlson est le président de l'Intertribal Buffalo Council.
Photo : Radio-Canada / France Beaudoin
Les premiers bisons sont arrivés à la réserve des Pieds-Noirs en 2016, après la signature du Traité du bison. Cet accord transfrontalier a pour objectif de réintroduire les bisons dans leurs territoires traditionnels pour des raisons culturelles et de conservation. Le troupeau des Pieds-Noirs compte aujourd’hui 800 têtes.
Ervin Carlson avoue que le projet ne suscitait pas l’enthousiasme au sein de sa communauté à l’époque.
Des éleveurs de bétail ont eu peur de perdre des terres, mais ce n’est jamais arrivé. Le bétail et les bisons peuvent coexister. Ça ne devrait pas nous diviser. Les bisons sont bénéfiques pour nous, pour notre santé, et ils sont essentiels à la santé du paysage.
Au cours des 30 dernières années, 87 nations ont réintroduit le bison sur les terres ancestrales, dans 22 États américains. Cela représente quelque 20 000 têtes.
Ervin Carlson travaille en collaboration avec la Confédération des Pieds-Noirs pour aider les communautés à accélérer les projets semblables au Canada.

Parcs Canada suit attentivement les déplacements des troupeaux de bisons dans l'Ouest canadien.
Photo : Karsten Heuer / Parcs Canada
Terminus : Yellowstone
Notre périple dans l’Ouest se termine à Yellowstone, à l’entrée nord du parc, où nous franchissons l’emblématique arche Roosevelt, une structure en roches de 15 mètres de haut.
Le plus gros troupeau de bisons à l’état sauvage vit dans les vallées et les grandes étendues de prairies de cet immense parc national.
Il ne restait que 24 bêtes dans le parc Yellowstone au début des années 1900. Mais grâce aux efforts de conservation et à la mise en place d’un programme d’élevage, le parc abrite aujourd’hui entre 5000 et 6000 bisons.

Vue de la prairie qui entoure la petite localité de Browning, au Montana.
Photo : Radio-Canada / Camille Martel
Malgré l’immensité du site, les bisons s’y sentent parfois à l’étroit. La situation est particulièrement critique l’hiver, quand les prairies sont recouvertes d’un épais manteau de neige.
Les bisons parcourent alors de longues distances à la recherche de nourriture et s’aventurent hors des limites du parc. Ils se retrouvent dans des zones où huit nations autochtones ont l’autorisation de les chasser.
L’hiver 2022-2023 a été particulièrement rigoureux. Plus de 4000 bisons ont quitté Yellowstone. Environ 1200 bêtes ont été capturées et ramenées au parc. Et 1200 autres ont été tuées par les chasseurs. Cette chasse intensive a soulevé de vives critiques et a été qualifiée de massacre par certains.

Chris Geremia est biologiste et spécialiste des bisons au parc national Yellowstone.
Photo : Radio-Canada / France Beaudoin
Dans ces périodes difficiles, on atténue les problèmes qui se présentent. Lors de cette chasse, des acteurs se sont mobilisés pour faire des opérations de nettoyage à l’extérieur du parc et réduire le nombre de carcasses laissées sur le terrain, précise Chris Geremia, biologiste et spécialiste des bisons au parc national Yellowstone.
On a aussi repoussé des animaux hors des terres privées vers des zones publiques ou dans le parc, pour éviter que les propriétaires privés se retrouvent avec trop de bisons sur leurs terres, ajoute-t-il.
Selon les autorités du parc Yellowstone, il s’agit là de mesures exceptionnelles et c’est le prix à payer pour avoir un troupeau de bisons sauvages qui vit en liberté.
Demandez aux visiteurs ce qu’ils retiennent le plus de leur expérience et c’est très souvent leur premier embouteillage de bisons : des centaines de bisons qui descendent sur la route en même temps que les voitures.
Il y a des gens debout dans leurs toits ouvrants qui prennent des autoportraits, des téléphones partout, tout ce qu’on peut imaginer. Les gens se souviennent de ce moment et adorent le fait qu’il y ait encore des bisons sauvages, illustre-t-il.

Les bisons sauvages se déplacent parfois sur les routes asphaltées.
Photo : Radio-Canada / France Beaudoin
Alors qu’au Canada le bison reprend tranquillement ses droits, la question se pose : ces bêtes pourront-elles un jour errer librement et vivre à l’état sauvage comme à Yellowstone? Il est encore trop tôt pour le dire.
Mais selon le biologiste Chris Geremia, malgré les défis, le combat pour la liberté des bisons en vaut vraiment la peine.
Le reportage de France Beaudoin et de Camille Martel à ce sujet sera présenté à l'émission La semaine verte, diffusée le samedi à 17 h (HNE) ou à 18 h 30 (HNA) sur ICI Télé.


3 months ago
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