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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwaySOUFRIÈRE, Dominique – Deux ans et demi ont passé depuis la mort des mécènes Daniel Langlois et Dominique Marchand dans les Caraïbes. Le procès des deux Américains accusés de les avoir tués doit s’ouvrir sur l’île de la Dominique. Là-bas, plusieurs cherchent toujours des réponses.
La chaleur tropicale s’estompe doucement avec le soleil de fin de journée. Un homme rentre du travail, deux chèvres au bout d’une corde. L’une des bêtes a la patte entourée de ruban adhésif, comme pour protéger un membre cassé.
Les bruits de la dense forêt luxuriante se font omniprésents. La petite route de terre mène à Soufrière, un village dans le sud du pays, niché entre d’immenses parois vertes et la mer des Caraïbes.
Décor de pirate, ambiance moite, un peu mystérieuse, à quelques kilomètres du Coulibri Ridge, le petit hôtel que Dominique Marchand et Daniel Langlois ont bâti sur le haut de falaises escarpées.
Un projet rêvé, construit sur des années, bâti avec une partie de la fortune que Daniel Langlois a accumulée avec Softimage, dans un tout autre univers : celui de l’animation 3D pour le cinéma.
C’est à Soufrière qu’habitent beaucoup de ceux qui ont côtoyé les Québécois et qui ont travaillé pour eux au fil des années. Le village est marqué par leur séjour. Des traces discrètes, mais durables.

Des hommes et leurs chèvres croisés dans le village de Soufrière.
Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron
L’homme aux chèvres est rejoint par un compagnon. En chemin, ils longent l’école primaire locale. Elle avait été fortement endommagée par un ouragan en 2017. Les Québécois se sont assurés que les bâtiments étaient reconstruits solidement, que le toit résiste aux ouragans.
Ce même principe de résilience a guidé la reconstruction de deux petits quais pour les pêcheurs du coin. C’est du banal ciment, mais ça semble bien solide. Et c’est souvent utilisé.
C’étaient des gens très bien! lance un des hommes, marchant rapidement, entraîné par les chèvres. Sans s’arrêter, il montre une grande affiche plantée en bordure du chemin.
Sur ce panneau, un gros plan du visage souriant de Dominique Marchand. Bientôt, une école maternelle ouvrira ses portes ici. La concrétisation d’un projet imaginé par la Québécoise.
C’est une très bonne idée de la nommer [l'école] en son honneur, lance un autre passant. Il faut se souvenir de ceux qui ont fait le bien dans la communauté. Un commentaire souvent répété.

Un panneau avec un gros plan du visage souriant de Dominique Marchand annonce l'ouverture d'une école maternelle.
Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron
Comme une famille pour moi
C’est la plus grosse affaire que j’ai vue de ma vie, lance Marcellus Angol, né dans ce coin de l’île il y a plus de 70 ans. Grand, maigre, il boite un peu. C’est le doyen des employés de Daniel Langlois.
Aujourd’hui retraité, il nous reçoit dans son petit bar perché au bout d’une rue bien abrupte à Soufrière. Au fond, un téléviseur crache une musique pop latina. Les clients arriveront bientôt.
Sur l’un des murs, près des affiches promotionnelles, est apposée une longue liste de prix pour les boissons offertes. Entre deux articles, une photo de Dominique Marchand et Daniel Langlois.

Marcellus Angol (debout) était le doyen des employés de Daniel Langlois.
Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron
Ce sont mes gens, explique Marcellus en montrant l’image des Québécois souriants, détendus. Ils étaient comme une famille pour moi. Un peu comme ses véritables parents.
Ce petit bar, ce vieil homme de peu de mots a pu l’ouvrir grâce à un prêt accordé par ses employeurs québécois. Une avance qu’il remboursait par son travail au Coulibri Ridge.
Marcellus était de ceux chargés de l’entretien du vaste terrain de ce petit hôtel autonome en eau et en électricité, où chaque pierre et chaque plante semble avoir été placée avec intention.
Un client commande une bière. Il porte l’uniforme du Coulibri Ridge. Kwan Samuel a côtoyé les Québécois durant quelques brèves années. Assez pour qu’il en garde de bons souvenirs.
C’est une plaie encore profonde, explique-t-il, assis au petit comptoir de bois bien usé. Tu passes devant une certaine fleur et soudainement : "Ah! Miss Dominique l’adorait celle-là!”.
La photo sur le mur sert à rappeler de bons souvenirs. Mais Marcellus doit l'admettre, elle évoque aussi une douloureuse réalité : leur disparition demeure inexpliquée.
Vous savez, c’est très douloureux de voir des gens si aimables simplement disparaître comme ça. Pourquoi leur arracher des gens si généreux avec eux? On ne comprend pas pourquoi.
Des réponses espérées
Les théories entourant la mort soudaine des Québécois abondent sur cette île où les rumeurs circulent rapidement. Deux ans et demi plus tard, le procès pourrait apporter son éclairage.
Jonathan Lehrer est l’un des deux Américains accusés d’avoir tué les Québécois. Il possède le domaine voisin, une ancienne plantation de chocolat nommée Bois Cotlette, sur laquelle on retrouve plusieurs ruines importantes dans l’histoire du pays.

Robert Snyder Jr (à gauche) et Jonathan Lehrer, sortant du palais de justice de Roseau le 26 juin 2026.
Photo : Capture d'écran
Le seul chemin qui mène chez le Québécois traverse le domaine de l’Américain. Cette petite route a fait l’objet de longues disputes devant les tribunaux de la Dominique.
Jonathan Lehrer et son présumé complice, Robert Snyder Jr, ont plaidé non coupables. Ils sont demeurés en prison, à Roseau, depuis leur arrestation au début de décembre 2023.
Un interdit de publication empêche la diffusion d’information sur les procédures judiciaires, tant qu’elles ne sont pas terminées. Le procès, qui se tient devant jury, pourrait durer quatre semaines.
À Soufrière, tous souhaitent que justice soit rendue, mais la confiance dans le système judiciaire de la Dominique n’est pas très élevée. On doute, on se dit que c’est entre les mains de Dieu, lance Kwan, en terminant une bière dans la moiteur de la fin de journée.


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