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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayIl y a 175 ans, sur les grandes plaines de ce qui est aujourd’hui le Dakota du Nord, des éclaireurs métis aperçurent à l’horizon des centaines de guerriers dakotas.
Du 12 au 14 juillet 1851, la bataille de Grand Coteau opposa une petite troupe de chasseurs métis de la Rivière-Rouge à une force dakota beaucoup plus nombreuse. Le camp métis comptait des familles, des enfants, des charrettes et seulement 77 hommes et garçons capables de manier un fusil. Sous la direction de Jean-Baptiste Falcon, ils encerclèrent leurs charrettes, creusèrent des fosses et défendirent leur communauté.
Les combats durèrent deux jours. Les Métis résistèrent aux assauts, puis accomplirent une manœuvre militaire extrêmement difficile : se déplacer avec les femmes, les enfants et les charrettes tout en demeurant au contact de l’ennemi. Les marques de leurs positions sont encore visibles dans la terre.
Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.
Il ne s’agit pas de célébrer une guerre entre peuples autochtones. Les Dakotas défendaient eux aussi leur territoire, leurs ressources et leur avenir. Les deux peuples vivaient dans un monde bouleversé par la disparition progressive du bison, l’expansion coloniale et une concurrence grandissante pour survivre.
Mais Grand Coteau nous oblige à réfléchir au courage.
Cette semaine, l’Assemblée des Premières Nations a tenu son assemblée générale annuelle à Ottawa, sous le thème Défendre les droits, renforcer les Nations. Les chefs se réunissent pour discuter d’eau potable, d’infrastructures, de citoyenneté, de services à l’enfance et à la famille, de développement économique et de relations avec le gouvernement fédéral.
Nos guerriers ne montent plus à cheval. Ils entrent dans un centre des congrès, prennent un microphone et présentent une résolution.
Certains parlent avec force. D’autres, avec éloquence. Beaucoup connaissent parfaitement les procédures. Ils remercient les ministres, reconnaissent les fonctionnaires présents et prononcent les mots habituels sur la collaboration, le partenariat et la réconciliation.
Mais si nos ancêtres pouvaient nous entendre, que penseraient-ils?
Seraient-ils fiers de voir nos dirigeants se parler poliment pendant que des communautés attendent encore de l’eau potable? Comprendraient-ils que les droits des enfants doivent continuellement être renégociés? Accepteraient-ils que le gouvernement change les règles lorsqu’il n’aime pas l’issue d’une décision judiciaire ou d’une négociation?
Dans ma maison, je garde une couverture de bande dessinée des années 1970 représentant la cavalerie américaine attaquant une communauté autochtone. Elle me rend triste, car elle rappelle la violence dirigée contre nos peuples. Elle me rend également fier, car ceux qui étaient attaqués ne se sont pas simplement couchés devant l’injustice. Ils ont défendu leurs familles et leur droit d’exister.

Différentes pages d'une bande dessinée retraçant une bataille asymétrique entre la cavalerie américaine et une communauté autochtone.
Photo : Fournie par Robert Falcon Ouellette
Dans les grandes batailles, comme celle de Little Bighorn, des Autochtones se trouvaient aussi du côté de l’armée américaine. Des éclaireurs crow et arikara accompagnaient la cavalerie pendant que des guerriers lakotas, cheyennes et arapahos lui résistaient. Certains avaient leurs propres différends historiques. D’autres pouvaient penser : Je dois nourrir ma famille. Je vais essayer de changer le système de l’intérieur. Il est trop facile, 150 ans plus tard, de condamner leurs choix. Mais une question demeure : que serait-il arrivé si davantage de nations s'étaient tenues ensemble? Le gouvernement américain aurait-il été forcé de modifier ses politiques? Et aujourd’hui, nos gouvernements profitent-ils encore de nos divisions, de nos ambitions et de notre besoin de conserver une place à leur table?
C’est peut-être la leçon la plus difficile pour les dirigeants autochtones d’aujourd’hui. Une personne peut entrer dans le système pour aider son peuple. Mais le système peut aussi finir par lui apprendre à défendre ses décisions, à parler son langage et à protéger ses institutions. Je pense notamment au défi auquel font face Mandy Gull-Masty, Jaime Battiste, Rebecca Chartrand et Buckley Belanger.
Aujourd’hui, résister ne signifie pas prendre les armes. Cela signifie refuser de confondre patience et soumission.
Je regarde certains ministres autochtones défendre les décisions du gouvernement. J’en connais plusieurs. Avant d’entrer en politique, ils défendaient les droits autochtones. Maintenant, ils nous répètent que le changement est un processus et que tout prend du temps.
On me disait déjà cela en 2015. On me conseillait de patienter, de respecter le processus et parfois de me taire. Je ne me suis pas tu. Des batailles ont été menées pour les langues autochtones, les services à l’enfance et les injustices liées au statut d’Indien. Des lois importantes ont finalement été adoptées.

Alors député de Winnipeg-Centre, Robert Falcon Ouellette s'est exprimé en cri à la Chambre des communes en janvier 2019, une première pour un député fédéral.
Photo : Radio-Canada
Elles n’étaient pas parfaites. Mais elles n’auraient jamais existé si tout le monde avait attendu poliment son tour.
Un guerrier n’est pas celui qui parle le plus fort. C’est celui qui demeure fidèle à son peuple lorsque la pression monte, lorsque le gouvernement résiste et lorsque sa propre carrière risque d’en souffrir. C’est aussi celui qui sait reconnaître le moment où la participation devient complicité, où le compromis devient renoncement et où la patience sert surtout les intérêts de ceux qui détiennent déjà le pouvoir.
À Grand Coteau, les Métis ont tenu leur position malgré leur infériorité numérique.
À Little Bighorn, la division entre peuples autochtones nous rappelle que servir un gouvernement n’est pas toujours servir la justice.
À Ottawa, 175 ans plus tard, la question demeure : nos dirigeants sont-ils encore des guerriers, ou sont-ils devenus les administrateurs patients de notre propre attente?
Le clairon sonne encore.
Les nouveaux éclaireurs entrent.
On promet une solution.
Cent cinquante ans, même fin.


2 days ago
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