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Où en est la guerre en Ukraine?

15 hours ago 1

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Des frappes survenues ces derniers jours pourraient laisser présager une culmination de l’offensive russe en Ukraine, après plus de quatre ans d’invasion. Mais la réplique ukrainienne, qui ne s’est pas fait attendre, prouve que ce conflit est loin de s’enliser.

Le vent commence même à tourner, puisque les attaques de l’Ukraine gagnent en efficacité.

Les données de l'Institute for the Study of War (ISW) démontrent que les Russes progressent beaucoup moins rapidement que l'an dernier.

Alors que la Russie s'emparait en moyenne de 13,2 km² de territoire ukrainien par jour en 2025, le rythme est passé à environ 7 km² par jour lors des trois premiers mois de 2026. Depuis avril, ce rythme a glissé sous la barre des 3 km².

Qui plus est, l’Ukraine réussit maintenant à récupérer des territoires, si bien qu’elle en reprend plus qu’elle n’en perd, pour la première fois depuis 2023.

Les drones ukrainiens, puissants soldats des cieux

Ce revirement de situation s'explique en grande partie par la grande efficacité des drones ukrainiens.

Selon George Barros, directeur de l'innovation et des pratiques de sources ouvertes à l’ISW, un nouveau drone, le Hornet, est venu changer la donne pratiquement du jour au lendemain, dans les dernières semaines.

Conçu par une entreprise américaine dirigée par un ancien PDG de Google, le Hornet s’appuie sur l’intelligence artificielle et Starlink pour déterminer de manière autonome des cibles russes. Il est en mesure de se rendre jusqu’à 120 kilomètres de la ligne de front et peut déjouer efficacement le brouillage électronique.

Ces nouveaux aéronefs sans pilote à bord permettent non seulement aux opérateurs ukrainiens de rester plus loin de la ligne de front, mais ces derniers sont également devenus très habiles à cibler et à frapper efficacement les Russes.

Un soldat de l'unité de drones « Taifun » tenant un nouveau modèle de drone d'attaque « Marsianin », dans la région de Kharkiv, en Ukraine.

De nouveaux drones de conception américaine, semblables à celui dans la photo, permettent aux soldats ukrainiens d'attaquer plus efficacement. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / Nikoletta Stoyanova

Cette domination permet en conséquence aux attaques ukrainiennes d’être plus efficaces.

Il n’est pas exagéré de dire qu’il y a huit semaines, si vous étiez un camionneur de logistique russe à une centaine de kilomètres de la ligne de front près de la Crimée ou des villes occupées de Marioupol ou de Berdiansk, vous étiez en sécurité, illustre George Barros.

Ce n’est plus le cas. La menace a été quasi immédiate. La chaîne logistique russe est désormais en difficulté, indique-t-il.

Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU, précise que l’Ukraine produit d’autres types de drones localement et que ceux-ci sont également efficaces.

Ils permettent à l'Ukraine de cibler les raffineries et les installations de production de pétrole, diminuant ainsi les capacités de production russe et, par conséquent, les finances de la Russie.

Le militaire ajoute que l’efficacité des drones navals ukrainiens est telle que la Russie n’a plus la capacité de se déployer en mer Noire depuis un bon moment.

Mark Rutte et Volodymyr Zelensky s'approchent de micros, devant un imposant bâtiment.

Le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte a effectué une visite surprise à Kiev mercredi, lors de laquelle il s'est entretenu avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Autre signe de la dominance ukrainienne dans le combat des drones : l’armée ukrainienne réussit à cibler et à éliminer des opérateurs de drones russes, ainsi que les systèmes de défense aériens et électroniques. Ces frappes stratégiques préparent le terrain pour rendre les attaques ukrainiennes encore plus efficaces.

Tout n’est pas gagné pour l’Ukraine pour autant. Ses systèmes de défense antiaériens comportent également des lacunes, indique le général Trinquand, comme le démontre l’ampleur des dégâts causés par les frappes russes des derniers jours. On voit bien que l’Ukraine manque un peu d’armement antiaérien pour arrêter ces frappes, souligne-t-il.

La Russie perd trop de soldats

Toujours selon l'ISW, la Russie perd maintenant ses soldats plus rapidement qu'elle ne peut en recruter.

George Barros explique que le service militaire n’est pas obligatoire en Russie, et que l’État recrute des troupes moyennant une compensation financière. Ce système montre des signes de faiblesse [...] Ça ne fonctionne plus depuis décembre.

Elle [la Russie] ne manque pas forcément d'effectifs dans l'absolu, car son armée reste très importante, précise le général Trinquand. Toutefois, elle manque d'effectifs utilisables sur le front ukrainien et n'arrive pas à renforcer ses dispositifs d'attaque à cause de l'efficacité de la défense ukrainienne.

Bilan des pertes russes et ukrainiennes

Russie : de 350 000 à 500 000 décès, de 700 000 à 860 000 blessés

Ukraine : de 100 000 à 140 000 décès, de 350 000 à 450 000 blessés

Source : Institute for the Study of War

M. Barros ne voit pas le président russe Vladimir Poutine y aller d’un geste comme celui qu'il avait posé en septembre 2022, quand il avait mobilisé 300 000 réservistes, mais il croit tout de même que quelque chose pourrait changer. Selon lui, des réservistes ou même des étudiants d’écoles militaires pourraient être déployés.

L’expert précise qu’à ce stade, la stratégie russe semble défaillante. Depuis trois ans, les Russes s'efforcent de perfectionner leur stratégie de guerre de position et optimisent leurs forces pour pouvoir avancer, mais lentement.

Défilé militaire à Moscou.

Des militaires russes sur la place Rouge lors du défilé militaire organisé à l'occasion du jour de la Victoire, dans le centre de Moscou, le 9 mai 2026. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / AFP / ALEXANDER ZEMLIANICHENKO

Les Ukrainiens étudient les mouvements russes depuis un moment, ce qui leur a permis de déterminer et de cibler systématiquement leurs vulnérabilités critiques. Cette stratégie est directement à l'origine de leurs succès actuels.

Un geste désespéré de Poutine à venir?

L'ISW souligne un décalage dangereux entre la réalité du terrain et la perception du Kremlin.

M. Poutine n'est pas connecté à la réalité du terrain. Il est tributaire de l'information qu'on veut bien lui donner, et le mensonge est une pratique absolument courante dans le dispositif poutinien.

Alors que la guerre d'usure voulue par Vladimir Poutine bat de l'aile, M. Barros y va d’une mise en garde : Nous devons consacrer beaucoup plus de temps à réfléchir à ce qui se passera lorsque la théorie de la victoire de Poutine sera réfutée.

Vladimir Poutine marche seul dans une grande pièce.

Vladimir Poutine a accueilli la président de la Tanzanie, Samia Suluhu Hassan, au Kremlin, mercredi.

Photo : Getty Images / AFP / RAMIL SITDIKOV

Selon l’expert, M. Poutine devra prendre une décision : soit il mobilisera la population d'une manière à laquelle il n'est politiquement pas très disposé jusqu'à présent, soit il se laissera tenter par une escalade horizontale.

Quoique très peu probable aux yeux de George Barros, cette escalade horizontale pourrait, selon lui, prendre la forme de frappes contre un pays membre de l’OTAN.

Est-ce que le président russe pourrait opter pour un coup d’éclat s’il se sent coincé?

Je ne crois pas trop aux gestes désespérés, affirme le général Trinquand. Chaque fois que le président Poutine évoque l'arme nucléaire ou organise des exercices, c'est en réalité un aveu de faiblesse : cela signifie qu'il n'est pas capable de remporter la guerre comme il le souhaitait.

Par ailleurs, son entourage ne le laissera pas faire un geste qui conduirait au suicide de la Russie.

Pas de fin en vue

Malgré ces derniers rebondissements, les deux experts interrogés sont d'accord sur le fait que la fin de la guerre n'est pas pour demain.

George Barros croit que le conflit pourrait durer encore au moins deux ans. Il voit tout de même une porte de sortie pour Vladimir Poutine, qui s’est vu proposer un cessez-le-feu le long des lignes actuelles, sans concessions territoriales.

Le général Trinquand, lui, croit qu’un cessez-le-feu pourrait possiblement entrer en vigueur à l'automne si les Russes continuent de piétiner, notamment parce que l'économie russe va mal et que la population en ressent les effets.

Si j'ai bien cerné la façon de penser de Poutine, je ne pense pas qu'il soit disposé à accepter des concessions, et je m'attends à ce qu'il veuille poursuivre la guerre.

Reste à voir, également, le niveau d’implication des États-Unis.

Le secrétaire d'État, Marco Rubio, a indiqué, il y a quelques jours, que les États-Unis étaient prêts à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faciliter la fin de cette guerre, disant espérer que l’occasion d’y mettre fin se présentera prochainement.

Toutefois, comme le général Trinquand le souligne, l’administration américaine bat au rythme de son président. Et sans victoire décisive à l'horizon en Iran, Donald Trump pourrait se tourner vers l'Ukraine pour essayer de remporter quelque chose avant les élections de mi-mandat.

Les frappes des derniers jours à Saint-Pétersbourg, à Kiev et à Dnipro démontrent bien que le conflit n’est pas fini. C'est compétitif et ça ne s'enlise pas, illustre George Barros.

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