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« On déchire nos chemises » : les économistes inquiets des annonces de Fréchette

1 week ago 22

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Que des critiques viennent des partis d’opposition, ça ne surprend personne. Mais qu'elles fusent de la part d’économistes réputés comme Jimmy Jean et Sébastien McMahon, c’est une claque au visage du gouvernement de la Coalition avenir Québec.

Les annonces faites lundi par la première ministre Christine Fréchette, qui totalisent 682 millions de dollars, ne passent pas la rampe et soulèvent de sérieuses préoccupations.

Non, on n'a pas la marge de manœuvre pour ça, a déclaré sans détour l’économiste en chef d’IA Groupe financier, Sébastien McMahon, à Zone économie, mardi. Il répondait ainsi directement au ministre des Finances, Eric Girard, qui affirmait vendredi dernier, également à Zone économie, qu’une marge de manoeuvre s’était dégagée dans le cadre financier actuel grâce à une hausse plus élevée qu’attendu des revenus d’imposition et des transferts fédéraux.

Il doit y avoir une sorte de dissonance cognitive dans le propos de M. Girard, a déclaré Sébastien McMahon. M. Girard l'économiste, l'ancien trésorier de la Banque Nationale, dit toujours qu’il est payé pour s'inquiéter. Donc, en ce moment, je pense qu'il y a lieu de s'inquiéter à propos de la soutenabilité des finances publiques.

Il faut se rappeler qu'on a un déficit de 8,6 milliards de dollars cette année. [...] Avec des mesures comme ça, qui ont une composante récurrente, on fait un pas vers l'arrière. C'est pour ça que tous les économistes comme moi et mes confrères, on déchire nos chemises aujourd'hui.

De l’avis de Sébastien McMahon, ces mesures sont électoralistes. C'est sûr que n'importe qui qui suit les sondages va pouvoir comprendre exactement pourquoi on annonce ces choses-là.

Une autre décote en vue?

Déjà dimanche, alors qu’on attendait l’annonce du gouvernement sur la détaxation de certains produits d’épicerie, l’économiste en chef de Desjardins, Jimmy Jean, écrivait sur ses réseaux sociaux : À l’heure où les agences de notation distribuent les décotes, il est préoccupant de constater un potentiel dépassement, et particulièrement pour des initiatives qui n’auront à peu près pas de portée à moyen terme.

Les mesures permanentes annoncées par Christine Fréchette dépassent largement les sommes prévues dans le dernier budget par Eric Girard. L’enveloppe réservée pour celle ou celui qui allait remplacer François Legault s’élevait à 250 millions de dollars. Or, nous voici, déjà, à 336 millions.

Piqué au vif, le ministre Girard a répondu, mardi, en Chambre : C'est sûr que j'ai été surpris de l'intervention de l'économiste de Desjardins, parce que ça fait cinq ans qu'il parle d'une récession au Québec. Puis, ce matin, on a eu les chiffres de février qui étaient excellents et qui confirment qu'il n'y a pas de récession au Québec.

Est-ce que la cote de crédit du Québec est encore en jeu? Elle pourrait l’être encore une fois. Ce n’est pas imminent qu’on pourrait avoir une décote, a dit Sébastien McMahon. Mais on n’a pas eu de mention comme quoi les perspectives s’amélioraient. [...] On s’est donné un plan pour identifier 2 milliards de dollars récurrents d’économies d’ici 2029-2030. On a dit ça au budget et puis, quelques mois après, on dit finalement qu’on va ajouter des dépenses récurrentes par-dessus. Ça, ça pourrait nous mettre dans une position délicate.

Les fondements de l’économie québécoise

Alors, effectivement, le Québec n’est pas en récession. Le taux de chômage est parmi les plus faibles au Canada, bien qu’il ait un peu augmenté depuis l’automne dernier, et le taux d’inflation n’est pas plus élevé qu’en 2025 et en 2024.

Le taux d’inflation en avril au Québec s’est élevé à 3 %. En 2025, il a varié entre 1,7 et 3,2 %. Et en 2024, il a fluctué entre 1,3 et 3,6 %.

La hausse du prix de l’essence, provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz depuis trois mois, crée des pressions inflationnistes, mais, pour l’instant, on ne constate pas que cette hausse des prix s’étend au reste de l’économie.

L’état actuel des choses méritait-il vraiment des annonces totalisant 682 millions de dollars, qui n’auront qu’un impact très modeste pour les ménages? Sachant que le gouvernement fédéral a déjà annoncé des bonifications du crédit sur la TPS pour les ménages à revenus modestes, le gouvernement du Québec devait-il absolument ajouter des mesures qui sont et qui seront coûteuses pour lui?

Le ministre Girard dit que les prix ne vont pas baisser. Et qu’il est normal, en faisant un peu de projection dans l’avenir, de vouloir aider les ménages à garder un pouvoir d'achat. Pourtant, selon la Banque du Canada, l’inflation devrait revenir à 2 % d’ici la fin de l’année et au cours de la prochaine année.

Cela dit, avec un conflit au Moyen-Orient qui pourrait encore durer, les pressions sur les prix pourraient devenir plus généralisées et plus persistantes, écrivait la Banque du Canada dans son rapport sur la politique monétaire, en avril.

Où est la cohérence?

Le gouvernement aurait-il dû attendre encore pour agir, question de voir l'effet réel de la guerre en Iran sur l’inflation? Je répète : le gouvernement fédéral est déjà intervenu pour soutenir les Canadiens. Où était donc l’urgence pour le gouvernement Fréchette, si ce n’est de faire des annonces à trois mois du début de la campagne électorale?

Sachant que le déficit prévu cette année, après versement au Fonds des générations, s’élève à 8,6 milliards de dollars, le gouvernement aurait-il pu utiliser sa prétendue marge de manoeuvre autrement?

Sachant qu’il y a un écart à résorber de 2 milliards de dollars pour revenir à l’équilibre budgétaire, était-ce bien approprié d’annoncer lundi 682 millions de dollars de mesures ponctuelles et récurrentes?

Sachant aussi que le ministre Girard prévoit une croissance des dépenses de portefeuilles de 1,6 % en 2026-2027, de 2,4 % en 2027-2028, de 1 % en 2028-2029 et de 1,2 % en 2029-2030, des croissances plus faibles que durant les années que plusieurs ont qualifiées d’« austérité » sous les libéraux de Philippe Couillard, le ministre Girard aurait-il pu choisir d'utiliser sa marge de manoeuvre pour augmenter les budgets en éducation, en santé, en culture et dans les infrastructures?

On cherche la cohérence dans les gestes qui sont posés. Le ministre Girard a expliqué à tous ceux qui veulent bien l’entendre combien il était essentiel de garder le cap sur une gestion responsable des finances publiques. Les prévisions de croissance de dépenses ont pour objectif de mettre une pression sur l’ensemble de la machine gouvernementale afin qu’elle se sente investie de la mission de revenir à l’équilibre budgétaire en 2029-2030.

Le ministre arrive d’une tournée à New York, à Washington et à Boston pour rencontrer des investisseurs et leur expliquer le plan de match budgétaire de son gouvernement, après une décote en 2025 qui l’a profondément choqué. À la lumière des annonces récentes, devra-t-il reprendre le bâton de pèlerin afin d’éviter une autre décote?

9:05

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