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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayJ’aime l’été à Winnipeg. Après avoir passé une grande partie de l’hiver enfermé à l’intérieur, j’ai envie d’être dehors. Je veux ouvrir les fenêtres, laisser entrer l’air frais dans la maison et voir les enfants jouer dans la cour plutôt que de rester assis dans une pièce climatisée.
Cet été, pas tellement.
Il y a d’abord eu cette chaleur qui semblait parfois presque dangereuse. Puis la fumée est arrivée, un autre été enfumé qui nous oblige à fermer les fenêtres pour protéger les enfants. Nous passons l’hiver à nous cacher du froid. De plus en plus, nous passons aussi une partie de l’été à nous protéger de la chaleur et de la fumée.
Les changements climatiques n’ont pas disparu simplement parce que les politiciens ont cessé d’en parler.
Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.
Leurs conséquences ne sont pas réparties également. Dans le nord de l’Ontario, des Premières Nations comme Eabametoong, Kiashke Zaaging Anishinaabek, aussi appelée Gull Bay, Whitesand et Mishkeegogamang ont été visées par des ordres d’évacuation, des fermetures de routes ou de graves menaces d’incendies de forêt.
À Namaygoosisagagun, aussi appelée Première Nation de Collins, les résidents ont dû fuir en bateau pendant que le feu ravageait la communauté. Des maisons et des infrastructures essentielles ont été détruites. Au 15 juillet, plus de 1600 membres des Premières Nations avaient été évacués en raison des incendies.

La Première Nation de Collins, aussi appelée Namaygoosisagagun, a été complètement décimée par les feux de forêt.
Photo : The Canadian Press / Chris Young
Imaginez devoir quitter votre maison avec seulement ce qui peut entrer dans un bateau ou un avion. Imaginez voir disparaître derrière un mur de fumée le territoire où votre famille chassait, trappait, cueillait des plantes médicinales et enterrait ses proches.
Imaginez ensuite allumer les nouvelles et entendre les politiciens les plus puissants du pays célébrer la construction d’un autre oléoduc.
Le premier ministre Mark Carney et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, font avancer un projet d’oléoduc vers la côte du Pacifique. Danielle Smith et le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, font également la promotion d’un autre tracé de 3300 kilomètres entre l’Alberta et l’Ontario. Aucune entreprise privée ne s’est encore engagée à construire ce projet vers l’Est, et Doug Ford a indiqué que les gouvernements pourraient contribuer à son financement.

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, et la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, lors d'un événement à Calgary ce printemps. (Photo d'archives)
Photo : The Canadian Press / Jeff McIntosh
Qu’est-ce qu’un oléoduc soutenu par les gouvernements peut offrir à une Première Nation dont les maisons viennent de brûler?
L’aîné Dr Winston Wuttunee m’a dit un jour : Nous ne pouvons pas manger le pétrole.
L’orignal non plus.
Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a d’abord insisté sur la nécessité de consulter les peuples autochtones avant d’entreprendre de grands projets. Après avoir rencontré les autres premiers ministres à Charlottetown, il s’est dit prêt à considérer l’oléoduc entre l’Alberta et l’Ontario, affirmant qu’il pourrait renforcer le Canada. Il a néanmoins continué de soutenir que les gouvernements autochtones devaient être favorables au projet et que les préoccupations environnementales devaient être prises en compte.
Comme anthropologue, je m’intéresse profondément à l’étude des rapports de pouvoir. En l’espace d’une fin de semaine, Wab Kinew est devenu beaucoup plus favorable au projet. Mais pendant que les premiers ministres parlent d’économie, d’investissements et d’unité nationale, qui parle encore du climat et de l’environnement?
Cette contradiction mérite mieux qu’une simple formule politique.

Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, s'adresse aux journalistes lors de la réunion du Conseil de la fédération à Charlottetown, le 22 juillet 2026.
Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese
J’ai passé quatre années difficiles, mais profondément enrichissantes, comme député à discuter des changements climatiques et à tenter de bâtir un consensus. Nous avons débattu de la tarification du carbone, des emplois, des oléoducs, des droits autochtones et de l’avenir énergétique du Canada. Rien de tout cela n’était facile. Mais le gouvernement semblait encore reconnaître que les changements climatiques exigeaient une réponse.
Aujourd’hui, une grande partie de ce travail est abandonnée dès qu’une personne, une entreprise ou un fonds d’investissement international demande : Où est l’argent?
Le pétrole ne disparaîtra pas demain. Le Canada continuera d’en utiliser. Mais un oléoduc financé par les fonds publics, qui coûtera des milliards de dollars et fonctionnera pendant des décennies, représente un pari sur l’avenir. Les Canadiens ont le droit de savoir qui recevra les profits, qui assumera les risques financiers et qui vivra avec les conséquences environnementales.
Comparons notre approche à celle d’un autre pays. La Norvège continue de produire du pétrole, mais elle impose lourdement les profits pétroliers et investit les revenus publics au bénéfice des générations futures. Le Canada n’a pas clairement expliqué quel héritage national durable les Canadiens, y compris les Premières Nations, retireront des oléoducs proposés.
Les changements climatiques sont souvent décrits à l’aide de moyennes. Les communautés autochtones, elles, les vivent sous la forme d’évacuations, de routes d’hiver qui disparaissent, de sources alimentaires menacées, de ciels enfumés et de transformations du territoire.

Un feu de forêt dans le Nord-Ouest de l'Ontario, en mai 2025. (Photo d'archives)
Photo : Bill Payne/Ministère des Richesses naturelles
Les êtres humains peuvent se réfugier dans des bâtiments climatisés. Les orignaux, les oiseaux et les insectes ne le peuvent pas. Les forêts ne peuvent pas se déplacer vers le nord du jour au lendemain.
Aucune personne honnête ne sait exactement comment tout cela se terminera. Mais nos forêts brûlent déjà. Des Premières Nations sont déjà évacuées. Des familles doivent déjà fuir en bateau.
Les changements climatiques sont toujours importants.
Les changements climatiques, sont-ils vrais?
Avons-nous donc perdu la mémoire?
Nous ne pouvons pas manger le pétrole.
L’orignal non plus.


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