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Milliard s’échappe en évoquant « deux langues officielles »

4 weeks ago 14

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Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, se voit à nouveau dépeint par ses adversaires politiques comme un politicien manquant de considération pour le français et pour l'avenir de celui-ci en Amérique du Nord.

M. Milliard, qui s'est vu reprocher dans les dernières semaines de tergiverser sur la « loi 96 », répétait ad nauseam la position de sa formation au sujet du recours à la disposition de dérogation, mercredi, lorsqu'il a proposé à un média anglophone de la décliner dans les deux langues officielles, voire en espagnol.

Il n'en fallait pas plus pour que les caquistes et les péquistes s'insurgent. C'est très clair que la loi prévoit que la seule langue officielle et commune du Québec, c'est le français, a notamment rappelé l'auteur de la « loi 96 », Simon Jolin-Barrette, à sa sortie de la réunion hebdomadaire du Cabinet Fréchette, mercredi après-midi.

Le chef libéral ne connaît même pas l'aménagement linguistique du gouvernement qu'il veut former, a aussi critiqué le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge. C'est gênant, a-t-il ajouté.

Charles Milliard est contre la langue française, contre la Charte de la langue française, contre la Constitution [du Québec], contre la laïcité, contre [la Loi sur] l'intégration nationale. C'est le Justin Trudeau du Québec. Je pense qu'il devrait se présenter à Ottawa.

Le français et l'anglais sont les deux langues officielles du Canada. Le Nouveau-Brunswick est l'unique province bilingue du pays. Au Québec, seul le français est reconnu comme langue officielle, et ce, depuis l'adoption de la loi 22 par les libéraux de Robert Bourassa, en 1974.

Mais ça, M. Milliard l'ignore, a encore déploré M. Roberge, mercredi. C'est pour ça qu'il ne veut pas défendre la langue française : il pense que c'est une langue parmi d'autres au Québec, a-t-il poursuivi, estimant que le chef libéral, par ses propos, s'est disqualifié.

Jean-François Roberge en point de presse.

Jean-François Roberge a déposé le projet de loi 2, visant à renouveler la disposition de dérogation dans les lois sur la langue française, le 6 mai 2026.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le Parti québécois (PQ), de la même manière, s'est étonné, mercredi, de pareils propos de la part de Charles Milliard.

Pour moi, c'est un manque de jugement qui laisse entendre qu'il y a un manque de connaissance des dossiers et qu'il y a un manque de préparation pour devenir premier ministre, a déclaré le député Alex Boissonneault, en mêlée de presse.

Milliard se défend

Voyant que la polémique commençait à prendre de l'ampleur mercredi après-midi, Charles Milliard est allé à la rencontre de la presse parlementaire pour plaider qu'il s'agissait d'une tempête dans un verre d'eau. Je ne vais pas rester dans mon bureau quand j'entends de pareilles inepties, a-t-il dit.

Selon lui, les critiques émises par ses adversaires sont tout simplement ridicules. J'ai répondu à une question en anglais où, devant les questions qu'on me posait, j'ai dit : "Voulez-vous que je vous le dise en plus en espagnol?", et là, on fait des amalgames. Écoutez là, honnêtement, c'est ridicule.

Il y a juste une langue officielle au Québec, a-t-il répété à plusieurs reprises dans la mêlée de presse, précisant avoir toujours été très clair là-dessus.

Je viens vous voir parce que je trouve ça important de préciser [ce qui s'est passé], mais les Québécois qui nous écoutent ont beaucoup mieux à faire que de penser que le chef du PLQ ne sait pas qu'il y a juste une langue officielle au Québec, a fait valoir le chef libéral.

Le PLQ et la loi 96, une relation compliquée

Charles Milliard a tenu les propos qui lui sont reprochés en point de presse mercredi matin, soit quelques heures avant la présentation par le ministre Roberge d'un projet de loi invoquant la disposition de dérogation de la Constitution canadienne afin de protéger la « loi 96 » pour cinq années supplémentaires.

M. Milliard a alors répété que son parti n'était pas en faveur du texte, apparu la veille au Feuilleton de l'Assemblée nationale.

La Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (aussi appelée « loi 96 ») a été adoptée en 2022, à la toute fin du premier mandat caquiste. Pour la protéger des tribunaux, le législateur avait alors invoqué la disposition de dérogation (aussi appelée « clause nonobstant » ou « clause de souveraineté parlementaire »).

Cette disposition ne devait venir à échéance qu'en 2027. Pourtant, la première ministre Christine Fréchette, qui a succédé à François Legault le mois dernier, a voulu en faire l'objet de son premier projet de loi à la tête du gouvernement, dans le but avoué de mettre les libéraux dans l'embarras.

Christine Fréchette marchant dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Christine Fréchette fait ses débuts cette semaine à l'Assemblée nationale à titre de 33e première ministre du Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le PLQ souhaite modifier la « loi 96 » s'il est porté au pouvoir. Les détails de ces altérations n'ont pas encore été dévoilés, mais Charles Milliard a déjà dit vouloir alléger le fardeau des entreprises et étendre la période de grâce de six mois accordée aux nouveaux arrivants.

Ce n'est qu'une fois ces changements faits que le recours à la disposition de dérogation sera évalué, a réaffirmé le chef libéral, mercredi. Je vais l'utiliser si nécessaire, mais pas nécessairement, a-t-il dit pour résumer sa position.

Le PLQ entretient un rapport complexe avec la « loi 96 ». C'est pour avoir collaboré avec le gouvernement Legault dans ce dossier que le parti s'est attiré les foudres d'une partie de son électorat, en 2022, et qu'il a vu naître sur son flanc deux partis concurrents : le Parti canadien du Québec et le Bloc Montréal (aujourd'hui dissous).

La loi 96, malgré qu'elle soit protégée par la disposition de dérogation, fait actuellement l'objet d'une demi-douzaine de contestations devant les tribunaux, qui risquent fortement de se retrouver devant la Cour suprême du Canada.

Christine Fréchette a néanmoins annoncé dans son discours d'ouverture, mardi, qu'elle entendait l'étendre à la formation professionnelle et à l'éducation aux adultes. Le PQ, lui, souhaiterait l'élargir aux études collégiales, tandis que les conservateurs d'Éric Duhaime l'abrogeraient, tout simplement.

La disposition de dérogation de la Constitution canadienne donne aux Parlements qui l'invoquent le pouvoir d'adopter une loi en faisant fi, pour cinq ans, des droits fondamentaux énoncés aux articles 2 et 7 à 15 de la Charte des droits et libertés. Son invocation préventive fait actuellement l'objet d'un examen de la Cour suprême.

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