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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes villes de Moncton et Dieppe se sont développées sur les berges de la rivière Petitcodiac, au rythme des marées de la baie de Fundy, les plus importantes du monde.
Deux fois par jour, celles-ci apportent avec elles 100 milliards de tonnes d’eau de l’océan Atlantique le long de la Petitcodiac, un phénomène qui fait monter et descendre le niveau de l'eau de manière significative dans les communautés traversées par la rivière.

En septembre 2015, la superlune avait fait monter le niveau de l'eau dans la rivière Petitcodiac, à Moncton
Photo : Radio-Canada / Luc Lapointe
Dans certaines circonstances, par exemple lors de grandes marées, le niveau de l’eau peut être plus important et s'approcher du haut des berges de la rivière, explique le directeur de la Planification et de la gestion de l’environnement pour la Ville de Moncton, Tim Moreman.
Aujourd’hui, nous voyons, une fois par année, des marées qui sont élevées jusqu’à huit mètres au-delà du niveau de la mer, dit-il. D’ici la fin du siècle, nous prévoyons encore une augmentation d’un mètre du niveau de la mer à cause du changement climatique.

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Lorsque la marée est haute, le niveau de la Petitcodiac est déjà presque au même niveau que la rive.
Photo : Radio-Canada / Denis Mazerolle
Or, certains secteurs du centre-ville de Moncton se situent à environ 9 mètres au-dessus du niveau de la mer, notamment le parc Riverain. Dans 75 ans, ce site pourrait donc se retrouver sous l’eau en cas de grande marée.
Si une tempête coïncidait avec l’une de celles-ci, le niveau de l’eau pourrait être plus élevé encore.
Ça s’est déjà produit lors de la Grande tempête de 1869. Communément appelée la Saxby Gale, cette tempête post-tropicale survenue pendant la nouvelle lune a balayé la baie de Fundy, causant d’importantes inondations et des dizaines de morts.

Au parc riverain du centre-ville de Moncton, une ligne bleue indique le niveau auquel l'eau a monté lors de la tempête Saxby Gale en 1869.
Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle
Toutes les conditions étaient réunies pour que la marée atteigne plus de 10 mètres.
Selon la province du Nouveau-Brunswick, à Moncton, le rez-de-chaussée d'une maison située à l'extrémité de la rue Church aurait été recouvert de cinq pieds [1,5 m] d'eau.
Avec les changements climatiques, des inondations aussi sévères pourraient toutefois survenir au centre-ville de Moncton sans une tempête de l’envergure de la Saxby Gale.
En effet, des cartes d’inondation de la municipalité montrent qu’une marée de 10,5 mètres aurait pour effet d’inonder le centre-ville, du parc Riverain à la rue Main, entre la rue Foundry et la rue Mechanic.
Une importante étendue de la Ville de Dieppe se trouverait aussi sous l’eau, notamment le secteur délimité par le boulevard Wheeler, la route 15, la rue Paul et le boulevard Champlain.
Les municipalités se préparent
C’est la raison pour laquelle Dieppe a, il y a une dizaine d’années, cerné les sites à risque d’inondation sur son territoire. Depuis, les nouveaux bâtiments dans ces secteurs doivent être construits à 9,5 mètres ou 10,5 mètres au-dessus du niveau de la mer pour limiter les risques.

Tim Moreman est directeur de la Planification et de la gestion de l’environnement pour la Ville de Moncton.
Photo : Radio-Canada / Denis Mazerolle
Moncton a aussi adopté un arrêté semblable il y a environ deux décennies.
On devient conscient du risque d'inondation, du fait du changement climatique et de la nécessité de s’y adapter, explique Tim Moreman. On a établi dans notre arrêté de zonage le règlement qui exige que les bâtiments soient construits de façon à ce que les espaces habitables soient à au moins 10,5 mètres au-dessus du niveau normal de la mer.
Les escaliers qu’il faut emprunter pour accéder au palais de Justice, situé en plein centre-ville sur le boulevard Assomption, témoignent de ce changement apporté aux règlements municipaux il y a une vingtaine d’années.

Situé en plein centre-ville, le palais de justice de Moncton est le premier bâtiment à avoir été construit à 10,5 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer.
Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle
Quand la ville doit effectuer des travaux, elle en profite pour rendre le secteur plus résilient aux inondations.
Récemment, Moncton a par exemple procédé à d’importants travaux afin de surélever la rue Westmorland afin que celle-ci se trouve à 10,5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Au fil des prochaines années, le niveau du boulevard Assomption sera aussi relevé à la même hauteur.

La rue Westmorland a été surélevée en 2025 pour atténuer les possibles dégâts liés aux inondations.
Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle
Cette artère agira alors en quelque sorte comme une digue pour atténuer les risques d’inondation dans le secteur, explique la municipalité.
C’est quelque chose qui avance lentement, mais au fur et à mesure [...] que nous faisons le renouvellement des infrastructures, la reconstruction des rues, nous gardons à l’esprit effectivement la question que les marées seront plus hautes dans plusieurs décennies, dit Tim Moreman.
En 2015, Dieppe a aussi procédé à des travaux pour élever la rue Acadie – qui traverse le marais de Chartersville – d’un mètre afin de s’assurer que celle-ci demeure praticable lors d’une urgence pendant une inondation.
La nature pour limiter les dégâts
Pour limiter les risques de dégâts en cas d’inondation, les municipalités s’offrent habituellement une protection contre les inondations en prévoyant des espaces verts le long des berges d’un cours d’eau, explique Serge Dupuis, professeur au Département de génie civil à l’Université de Moncton.

Serge Dupuis est professeur au Département de génie civil à l’Université de Moncton.
Photo : Radio-Canada / Denis Mazerolle
M. Dupuis explique que c’est la raison pour laquelle Moncton compte par exemple plusieurs terrains de baseball et son parc de planche à roulettes en plein centre-ville, le long des berges de la Petitcodiac.
Souvent, on va mettre nos terrains récréatifs là [dans les zones plus à risque], illustre-t-il. Ici, on a nos terrains de baseball, on a notre skatepark qui est bâti en béton. Ils sont bâtis de manière assez résiliente de sorte que, lorsque l’eau va s’évacuer, on pourra facilement les remettre [en état], sans déranger trop de gens.
Cela n’a pas empêché d’importants projets immobiliers de pousser ces dernières années le long du boulevard Assomption, près des berges de la Petitcodiac, notamment les tours des Trois sœurs, des immeubles à logement de 15 étages.
Plus récemment, la municipalité a aussi donné son feu vert à la construction de deux autres tours de 17 étages, tout juste en face du complexe des Trois sœurs.

Le centre-ville de Moncton se densifie près de la Petitcodiac où il y a plusieurs importants projets en développement.
Photo : Radio-Canada / Denis Mazerolle
Pour Serge Dupuis, ce genre de développement, aussi proche de la Petitcodiac, est loin d’être idéal à l’ère du changement du climat.
Une zone riveraine devrait servir comme zone tampon, explique l’ingénieur. À côté [des ruisseaux et des cours d’eau], idéalement, on devrait essayer de limiter le développement, et ça vient aux municipalités [à le faire] avec les règlements et les différents zonages de ce côté.
Lorsqu’on permet un développement près des berges, des mesures peuvent néanmoins être prises pour atténuer les risques, dit Serge Dupuis.
En plus d’exiger que le rez-de-chaussée se trouve à une hauteur au-dessus du niveau de la mer convenable, les promoteurs immobiliers peuvent minimiser les dégâts en cas d’inondation en évitant que les salles mécaniques et électriques d’un immeuble se retrouvent au sous-sol et que les zones habitables se retrouvent au deuxième ou troisième étage, illustre-t-il.
Il faut se préparer à l’intérieur, on peut avoir des dispositifs anti-refoulements, dans les tuyaux sanitaires ou pluviaux, pour arrêter l’eau de rentrer dans l’édifice. À l’extérieur, on peut faire de l’aménagement paysager autour pour que l’eau draine à l’extérieur de la bâtisse autant que possible, vers les chemins ou vers la rivière de nouveau, dit M. Dupuis.
Un argument pour l'utilisation de digues
De vieilles solutions d’ingénierie acadiennes pourraient aussi faire partie de l’équation pour rendre les communautés néo-brunswickoises plus résilientes face au changement du climat.
Une autre manière qu’une municipalité peut se préparer pour protéger ses citoyens c’est la reconstruction des digues, on en a dans nos régions acadiennes. On peut remonter les digues qui existent déjà, dit-il.
Serge Dupuis donne aussi en exemple l’étang de rétention construit au coin de la rue Botsford et du boulevard Wheeler l’an dernier comme un exemple de l’importance que pourrait avoir au cours des prochaines années l’aménagement du territoire dans une perspective d’adaptation au changement du climat.
L’Étude de viabilité des mesures d’atténuation des inondations dans le centre-ville lancée par Moncton en 2026 vise justement à déterminer quelles seront les stratégies à déployer pour protéger la municipalité à l’avenir.
Dieppe compte elle aussi procéder cette année à une révision de son Plan d’adaptation aux changements climatiques afin de déterminer les actions à suivre.
À mon avis, ç’a pris un bout de temps à accepter que [le changement climatique] c’était quelque chose qui était vrai, un peu effrayant. C’est certainement un défi et quelque chose qui va nous forcer à commencer à penser à faire les choses différemment, dit Tim Moreman. Je dirais que le meilleur temps pour commencer à faire des plans comme ça, c’était les années 1980 et les années 1990, mais le deuxième meilleur temps c’est maintenant.


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