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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa ministre de la Cybersécurité et du Numérique du Québec promet des réformes « dans les prochaines semaines » pour prévenir les problèmes qui font dérailler certains projets informatiques. France-Élaine Duranceau s'engage aussi à rendre publics les audits réalisés par les vérificateurs de son ministère.
Elle a pris ces engagements lors de l'étude des crédits de son ministère, mercredi, à l'Assemblée nationale.
Depuis des semaines, les partis d'opposition pressent le gouvernement d'agir et d'être plus transparent, alors que des projets informatiques dérapent. En santé, par exemple, les budgets de trois projets ont gonflé d'un demi-milliard de dollars.
Québec solidaire et le Parti conservateur du Québec ont même demandé un moratoire sur les nouveaux projets.
Dans les prochaines semaines, on va arriver avec notre plan de match, a annoncé la ministre Duranceau, avant de partager de grandes lignes du changement de culture qu'elle veut générer.
L'expertise rapatriée vers une structure centrale
La question de la gouvernance est à revoir pour l’ensemble des projets. C'est de base. Ça prend de l’expertise, a dit France-Élaine Duranceau.
Elle a cité des exemples de projets qui avaient été mal gérés dès le départ, avant l'appel d'offres, ou bien qui ont été confiés à des employés de l'État pas assez qualifiés.
Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique emploie 2000 personnes. Combien de programmeurs? a demandé la députée libérale Michelle Setlakwe.
La ministre s'est alors tournée vers son sous-ministre, qui lui a soufflé : Pas beaucoup, ce qui a fait rire Mme Duranceau.

Stéphane Le Bouyonnec est sous-ministre du ministère de la Cybersécurité et du Numérique et le dirigeant principal de l'information.
Photo : Radio-Canada / Assemblée nationale du Québec
La ministre Duranceau a profité de l'occasion pour rappeler qu'au total, 18 000 personnes travaillent pour l'État dans le domaine des technologies de l'information (TI). Elle y voit une opportunité.
On est en train de voir comment on rapatrie l'expertise. Elle est trop diffuse dans l'ensemble du gouvernement. Chaque ministère a son champion de quelque chose, mais chaque ministère protège un peu son territoire.
Certains experts en TI migreraient ainsi vers une structure centralisée du gouvernement pour mieux anticiper et accompagner les projets.
On ne mutualise pas nos ressources comme on devrait. Il faut que le MCN prenne plus le lead, a-t-elle ajouté, en faisant le geste d'englober avec ses bras.
Cette idée ressemble à la première recommandation de la commission Gallant qui a enquêté sur le fiasco SAAQclic.

Le commissaire Denis Gallant a déposé son rapport le 16 février 2026.
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Le rapport, publié en février, conclut qu'il faut mettre en place une entité centralisée qui doit notamment :
- disposer de l’autorité et de la capacité d’action requises pour mener à bien son mandat;
- être dotée de l’expertise multidisciplinaire requise pour accompagner les organismes publics dans leurs projets numériques et réduire la dépendance aux consultants et aux firmes externes.
Ce qui peut faciliter les choses pour France-Élaine Duranceau, c'est qu'elle est aussi ministre responsable de l'Administration gouvernementale et présidente du Conseil du Trésor.
Plus de pouvoirs pour arrêter un projet
La ministre de la Cybersécurité et du Numérique a convenu qu'elle aimerait que son ministère ait plus de pouvoirs d'intervention lorsqu'un projet dérape. C'est un pouvoir partagé avec le ministère responsable du projet, a-t-elle expliqué.
Ça peut créer des tensions entre les deux ministres concernés, a reconnu Mme Duranceau.
Un bras de fer au sujet du projet SIFA a déjà opposé son prédécesseur Gilles Bélanger et l'ex-ministre de la Santé Christian Dubé.

Gilles Bélanger, mercredi, à l'Assemblée nationale.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Duranceau favorable à une coentreprise avec CGI
L'ancien ministre de la Cybersécurité et du Numérique Gilles Bélanger, qui réclame depuis longtemps plus de pouvoirs, est venu poser quelques questions à sa remplaçante, lors de l'étude des crédits.
Il a plaidé pour que certains virages numériques semblables d'un ministère à l'autre ne soient pas développés chacun de son côté, mais plutôt mutualisés. Ça permettrait de réduire les coûts, mais aussi de réduire les vulnérabilités et les portes d'entrée, selon lui.
La ministre Duranceau a répondu qu’elle est intéressée par la mutualisation et elle a aussi appuyé l'idée défendue par M. Bélanger d'une coentreprise avec la firme CGI dans laquelle le gouvernement détiendrait 51 % des actions et le code source des solutions informatiques.
Je pense qu’il faut qu’on continue cette idée-là. Il faut la pousser plus loin, dans les règles de l’art de ce que les marchés publics nous demandent au niveau de l’intégrité et la transparence.
Elle a donné l'exemple de l'orchestrateur de rendez-vous que Santé Québec recommence de A à Z avec l'entreprise CGI, qui cédera son code source. Selon Mme Duranceau, ça fera économiser 22 millions $ par année en achats de licences.

La présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron, et la vice-présidente des technologies de l'information de Santé Québec, Erika Bially, en avril dernier.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Selon Gilles Bélanger, les besoins du Québec en ressources informationnelles sont de 20 milliards de dollars, et seulement 9 milliards ont été prévus dans la planification budgétaire.
Pour faire des économies, il a fait une suggestion : L’intelligence artificielle permet de coder avec des logiciels libres 20 fois moins chers que des systèmes traditionnels.
Les audits en santé et en justice seront publiés
La ministre Duranceau s'engage à rendre publique l’information des audits réalisés par les vérificateurs de son ministère sur certains projets majeurs, notamment en santé.
Les rapports qui seront publiés seront toutefois expurgés des informations sensibles, notamment contractuelles.
Par exemple, la semaine dernière, la ministre a demandé un audit dans la foulée d'une enquête de Radio-Canada sur le projet informatique du ministère de la Justice baptisé Lexius. Ce projet a pris beaucoup de retard et des sources au gouvernement dénoncent le morcellement en plusieurs petits contrats.
Un demi-milliard $ plus cher en santé
Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique est en train de conclure un audit sur le Dossier santé numérique (DSN). Mme Duranceau a d'ailleurs confirmé que l'outil de l'entreprise américaine Epic, déployé dans deux régions, ne sera pas nécessairement utilisé dans le reste du Québec.
On veut s’affranchir d’un fournisseur unique : c'est, a-t-elle expliqué, un principe dorénavant suivi par son gouvernement.

Le DSN doit mettre fin à l'utilisation du papier et des télécopieurs dans les hôpitaux.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Un volet de l'audit du DSN concerne le portail « Votre Santé » qui intéresse les enquêteurs de l'Autorité des marchés financiers, notamment parce que le développement a été recommencé sans appels d'offre avec une autre entreprise.
France-Élaine Duranceau a admis que la gestion du budget du DSN n'a pas été faite correctement par le conseil des ministres : On voulait que ça avance, alors ça a avancé. [...] Il y aurait dû y avoir un nouveau dossier d’affaires.
Collectivement, il va falloir réfléchir à faire les choses différemment et on va proposer ça prochainement.
La ministre rendra aussi public un audit sur le Système d’information en finances et en approvisionnement (SIFA), un projet suspendu par Santé Québec, dans lequel une série d'erreurs et d'irrégularités ont été identifiées.
Par ailleurs, le MCN s'intéresse à l'orchestrateur de rendez-vous dont les coûts ont augmenté de 600 %.
Un gros projet en santé pourrait être annulé
Les responsables du projet SIFA – le ministère de la Santé, puis Santé Québec, à partir de 2024 – ont été avertis cinq fois d'arrêter ce projet par le ministère de Cybersécurité et du Numérique.
L'Autorité des marchés publics a ajouté son propre rapport d'enquête avec des conditions pour reprendre le projet informatique en dépassement de coûts de 191 %.
Malgré tout, encore aujourd'hui, Santé Québec considère que le projet doit aller de l'avant, a rappelé Mme Duranceau.
C'est la question : est-ce que, dans sa forme actuelle, le dossier peut être redressé ou pas?
Des discussions sont en cours avec le fournisseur, LGS, le même que dans le fiasco SAAQclic, et la possibilité de l'annuler est encore sur la table. Cette annulation entraînerait une pénalité de 175 millions $.


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