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Les microséries verticales débarquent (et elles pourraient vous rendre accro)

2 months ago 20

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Des épisodes de deux minutes qui racontent des histoires d'amour – parfois abracadabrantes, mais pas seulement – et qui se regardent en format vertical : voilà la formule à succès des microséries, aussi appelées microdrames. Né en Asie, ce format s’impose désormais aux États-Unis et fait son apparition au Québec.

Les duanju, comme on les appelle en Chine, sont apparus dans les années 2000. Mais l'an dernier, ils ont connu un tel essor qu’ils ont généré plus de recettes que les films ayant pris l'affiche au cinéma, notamment grâce à leurs intrigues farfelues. Par exemple, une femme donne naissance à 99 bébés au terme d’une même grossesse.

Ces dernières années, la popularité des microséries a aussi gagné les États-Unis, où elles ont généré 11 milliards de dollars américains (15 milliards de dollars canadiens) de recettes en 2025. Selon le magazine Variety (nouvelle fenêtre), le marché mondial des microséries devrait représenter, en 2030, 26 milliards de dollars américains, soit 35 milliards de dollars canadiens.

Si certaines de ces microséries se regardent sur TikTok ou YouTube, d’autres sont offertes sur des applications spécifiques, comme DramaBox, CandyJar ou encore ReelShort, dont les séries sont produites par Crazy Maple Studio.

ReelShort propose 2600 séries, dont certaines dépassent les 350 000 millions de vues. La plateforme compte plus de 65 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde. Chaque semaine, de deux à quatre nouvelles séries viennent enrichir son catalogue.

Le vertical, c’est l'avenir. [...] Les chiffres ne mentent pas. Les gens adorent ça!

Facile à consommer

Rythmées et accrocheuses, ces microséries aux épisodes très courts s’engloutissent d'un trait ou par bouchées, dans les transports en commun ou encore dans la file d’attente à l’épicerie. Pensées pour être regardées sur un téléphone, elles répondent aux habitudes d’écoute d’un public qui fait défiler les vidéos sur TikTok.

Utilisant des trames narratives qui ont fait le succès des soap operas ou de contes comme Cendrillon, la plupart des intrigues parlent d’un amour impossible ou triomphant de l’adversité, avec des personnages souvent caricaturaux : la gentille héroïne, la méchante belle-mère, la rivale machiavélique…

C’est de la dramatique facile à consommer, résume Bruno Guglielminetti, animateur du balado d'actualité numérique Mon Carnet. Lui-même fan de microdrames, il en regarde une dizaine par semaine.

Un homme porte une barbe et des lunettes.

4:43

Bruno Guglielminetti regarde beaucoup de microséries verticales.

Photo : Radio-Canada

Produire vite et pour pas cher

Moins chers à réaliser que les séries produites à Hollywood, les microdrames sont souvent tournés avec peu de moyens – le format vertical permet des décors moins élaborés – et rapidement.

Dans une rencontre organisée en janvier devant des étudiants et des diplômés du Los Angeles Film School, la productrice pour Crazy Maple Studio Yang Qian expliquait qu'une série de deux heures coûte entre 130 000 dollars et 200 000 dollars américains – entre 180 000 et 270 000 dollars canadiens – à produire. En comparaison, le budget des séries américaines se chiffre souvent en millions, et parfois en dizaines de millions, pour un seul épisode.

L’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) permet de réduire encore davantage la facture en facilitant la scénarisation ou le doublage des microdrames en une multitude de langues.

C’est d’ailleurs ce qui explique le succès des applications de microdrames, alors que la plateforme américaine Quibi, qui offrait des séries de qualité hollywoodienne découpées en épisodes d’environ 10 minutes, n’a survécu que quelques mois après son lancement en 2020.

Signe de l’engouement suscité par les microdrames, TikTok vient de lancer, en toute discrétion, aux États-Unis et au Brésil, son application PineDrama, qui ne diffuse que ce type de séries. C’est peut-être le Netflix des microséries qui vient d’ouvrir, explique Bruno Guglielminetti.

Disney s’aventure également sur ce terrain avec sa nouvelle microsérie verticale Locker Diaries.

Des microdrames francophones

Si le paysage des microséries est pour le moment surtout composé d'histoires d'amour bas de gamme, il est appelé à changer.

Il va y avoir de plus en plus de microdrames de suspense ou d’horreur et des productions de plus grande qualité, prédit Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, vice-présidente fiction au sein de la société de production KOTV.

Cette dernière s'intéresse au format depuis plusieurs années. Elle a elle-même tenté l'expérience de la fiction verticale, en 2023, avec des capsules tournées en complément de la série Le pacte, site 13, diffusée, elle, en format horizontal.

De son côté, Crazy Maple Studios a tourné à Toronto ses deux premières séries francophones : La mère porteuse accidentelle de l’Alpha et Bébé secret avec mon ex star du hockey.

Le studio a aussi produit deux microséries imaginées pour plaire à un public plus masculin : American Sniper et Move Aside! I Am the Final Boss, axée sur le milieu des affaires.

Toutes les générations regardent TikTok

Les microséries en format vertical permettent aux producteurs de rejoindre les spectateurs là où ils se trouvent : sur leur téléphone.

Il y a trois ans, ma motivation était de proposer aux jeunes des épisodes qui allaient se retrouver sur leur chemin, se souvient Marie-Hélène Lebeau-Taschereau.

Les microdrames plaisent aux jeunes, mais pas seulement. Maintenant, des gens de toutes les générations regardent TikTok, assure Bruno Guglielminetti.

Du côté des créateurs, les microséries verticales représentent un nouveau terrain de jeu à défricher. Si j’avais 23 ans et si je sortais de l’université, c’est sûr que je m'essaierais, assure Marie-Hélène Lebeau-Taschereau.

Il y a quelque chose d’exaltant pour un créateur à se dire : "Je vais écrire des épisodes où tout doit tenir dans une minute.'' C’est une façon de revisiter le storytelling.

Aux États-Unis, les microdrames représentent également des occasions d’emploi – non syndiqués – pour les professionnels du cinéma et de la télévision, alors que la production de séries est en baisse.

En janvier, The Hollywood Reporter rapportait en effet que le nombre de jours de tournage en télévision avait baissé (nouvelle fenêtre) de 14,7 % en 2025.

Je n'ai pas eu besoin de prendre un deuxième emploi depuis l'obtention de mon diplôme, et c'est un immense privilège, confiait, l’automne dernier à Rolling Stone l’acteur Nick Skonberg. Il a joué dans plusieurs microdrames, dont Loving My Brother’s Best Friend.

En février, c’est Joseph Purcell, le fils de l’acteur de Prison Break Dominic Purcell, qui racontait à Variety (nouvelle fenêtre) qu'il avait trouvé dans les microdrames de CandyJar un moyen d’être rémunéré comme acteur.

Des premières microséries au Québec

Après la Chine et les États-Unis, le phénomène des microséries verticales semble arriver pour de bon au Québec. Télé-Québec lancera officiellement en mai La mascotte du chaos, une fiction pour adolescents proposée uniquement sur TikTok et YouTube.

L’acteur vedette Sébastien Delorme mise aussi sur ce format. Avec sa conjointe Virginie Bruneau, il vient de créer la microsérie verticale humoristique Les flix, dans laquelle il incarne un sergent-détective.

5:02

Le marché québécois étant petit, il est difficile d’imaginer la naissance d’un ReelShort québécois. Toutefois, les producteurs d’ici peuvent établir des partenariats avec des joueurs existants ou se lancer directement sur TikTok, comme le fait Télé-Québec.

Si aucun tournage de microsérie n’est prévu chez KOTV, la maison de production étudie des projets de ce type.

Pour que ce soit rentable, il faut qu’il y ait énormément de vues. Pour attirer les gens, ça peut être facile d’aller dans quelque chose d’un peu gros et d’archétypal, mentionne Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, en référence au côté soapy de nombreuses microséries.

Chez KOTV, je me pose la question : comment faire pour continuer à foncer dans cet univers tout en respectant nos standards de qualité?

Si KOTV ne souhaite pas manquer le bateau, encore faut-il trouver le juste équilibre pour prendre la vague des microséries sans se noyer.

Des plateformes se sont lancées aux États-Unis et ont connu des flops complets, rappelle Mme Lebeau-Taschereau. L’une d’entre elles a échoué simplement parce que, pour regarder des fictions, il fallait tourner le téléphone en format horizontal.

Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet

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