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Les métiers de l’audiovisuel condamnés à être transformés par l’IA

4 weeks ago 12

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C'est un défi ambitieux qu'a lancé Télé-Québec à l'IA générative en lui confiant la direction créative d’un épisode de son émission Lotus et Cali. Au terme de ce projet pilote de six mois, le diffuseur public et les chercheurs qui ont observé le processus tirent des conclusions claires : l'IA est loin de pouvoir remplacer l'humain, mais elle transformera les métiers de l'audiovisuel.

Svet Doytchinov, doctorant à l’UQAM et observateur chargé de documenter le processus, affirme que l'intégration de l'intelligence artificielle nécessitera un véritable changement de paradigme. Selon lui, cette transition va obliger des travailleurs à acquérir de nouvelles compétences afin de collaborer efficacement avec ces nouvelles technologies.

Il est de dos assis face à un ordinateur.

Hugo Lemieux-Fournier, expert IA de chez Vooban, qui a collaboré au projet pilote.

Photo : Gracieuseté : Télé-Québec

Le chercheur donne en exemple un employé responsable de donner des commandes à l’IA durant le projet. Ce n'était pas un créateur, mais c'était quelqu'un qui était très fort en technologie, dit-il.

J'ai vu avec lui dans ce projet qu'au bout d'un moment, comme c'était lui qui manipulait la machine, qui donnait les prompts, les instructions, et cetera, il a été obligé d'apprendre des parties de métiers audiovisuels pour ainsi être capable de gérer la machine.

Pour mener à bien ses expérimentations, cette personne a même acquis de nouvelles compétences techniques, comme la maîtrise d'un logiciel de montage. Au bout d'un moment, il ne faisait pas juste une ou deux tâches, il faisait le tout, explique le chercheur.

Les limitations actuelles de l’IA générative

L'une des premières conclusions du rapport d'observation, mené par le chercheur Svet Doytchinov, est que l'IA est incapable d'écrire un scénario convaincant. Elle peut écrire des textes, elle peut écrire des dialogues, mais ça reste dans le cliché, ça reste dans la moyenne, explique-t-il. C’est que l’IA fonctionne sur un modèle statistique. La machine se contente de reproduire la moyenne des données qu'elle a ingurgitées.

Montage montrant à gauche le dessin original de Lotus & Cali et à droite sa version lissée produite par une IA.

Comparaison entre un dessin original de la série d'animation Lotus & Cali (à gauche) et une version générée par intelligence artificielle (à droite).

Photo : Gracieuseté : Télé-Québec

De plus, l'IA s'est révélée particulièrement inapte à générer de l'humour ou des émotions authentiques. Quand on essayait de donner à la machine une tâche d'écrire quelque chose de drôle, ça ne marchait pas, dit-il. Si on n'a jamais senti l'amour, comment on pourrait exprimer les sentiments d'amour?, interroge-t-il.

L'IA excelle toutefois dans ce qui est mathématique ou algorithmique, comme reproduire la structure classique d'un récit en trois actes, mais le contenu, lui, reste vide de sens. C'est pour ça qu'on voit parfois des progressions surprenantes avec la musique. La musique est un art très mathématique, mentionne le chercheur.

L'intelligence artificielle, c'est un outil qui va empowerer les créateurs, nos artisans, pour pouvoir amplifier leur capacité créative, lance d’emblée Marie-Claude Robichaud, vice-présidente, Stratégie multiplateforme, recherche et innovation à Télé-Québec.

Je discutais récemment avec une productrice qui comparait un peu l'intelligence artificielle comme un sac d'école avec une fusée qu'on met sur le dos d'un artiste.

Le biais de la culture américaine

Au niveau visuel, l'équipe de création s'est heurtée à un mur de stéréotypes américains. Tout ce qui sortait de la machine pendant des heures et des jours et des semaines, c'était des images de fantômes à l'américaine, de Casper [...], lance-t-il.

Cette situation met en lumière un enjeu majeur : les modèles d'IA sont nourris de données étrangères, principalement américaines, au détriment des références culturelles québécoises.

Plusieurs dessins de fantômes.

«Tout ce qui sortait de la machine pendant des heures et des jours et des semaines, c'était des images de fantômes à l'américaine, de Casper [...]», explique Svet Doytchinov, doctorant à l'UQAM et chercheur

Photo : Gracieuseté Télé-Québec

Marie-Claude Robichaud, insiste sur l'urgence de rapprocher les milieux de la culture et de la technologie d'ici (comme l'Institut MILA). La vice-présidente, Stratégie multiplateforme, recherche et innovation à Télé-Québec a pu constater un certain fossé entre les gens de la tech et l’industrie de la culture au Québec lors du Sommet national de l'intelligence artificielle en mars dernier.

Les gens de la tech étaient conscients des enjeux liés à la culture, mais ils n'étaient pas aussi conscients que notre culture pouvait être à ce point-là à risque.

Durant le sommet, Marie-Claude Robichaud explique qu’un expert a précisé que la force des acteurs technologiques d'ici ne consiste pas à concurrencer les grands modèles de langage tels que Chat GPT, mais à développer et concevoir des modèles sur mesure.

C’est un peu ça, le message, dit-elle. Se rapprocher des gens de la technologie pour leur faire comprendre nos enjeux et créer des modèles ou des capacités avec l'intelligence artificielle qui sont éthiques, qui sont responsables, qui vont s'assurer de respecter nos droits d'auteur, poursuit-elle.

Portrait de Marie Claude Robichaud

Marie Claude Robichaud, vice-présidente, Stratégie multiplateforme, recherche et innovation à Télé-Québec

Photo : EVA-PHOTO

Ce n'est pas un pronostic pour le futur, ce n'est pas des recettes et des solutions sur ce qu'on doit faire, c'est juste une image instantanée du moment, précise Svet Doytchinov, qui a lui-même étudié et travaillé dans le domaine des arts, du théâtre et du cinéma avant d’entreprendre des études supérieures qui portent sur les mutations de la création à l'ère de l'intelligence artificielle générative.

Ce qui va arriver en 2026, j'ai peut-être une vague idée, mais qu'est-ce qui va venir après? Aucune idée.

Une chose est certaine pour Marie-Claude Robichaud : chacun doit cultiver sa curiosité envers l’intelligence artificielle. Parce que si nous, on ne le fait pas, les géants étrangers vont continuer à nous disrupter notre marché avec que des considérations pécuniaires, souligne-t-elle.

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