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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayIl n’y a pas que le projet SIFA qui coûte cher dans les budgets informatiques de Santé Québec. À partir de données internes de la société d’État et d’évaluations du gouvernement, Radio-Canada a pu documenter le portrait des investissements requis pour plus d'une quinzaine de projets et pour le maintien des systèmes actuels. Résultat : les besoins dépassent de six milliards de dollars les sommes prévues par l'État.
Au Plan québécois des infrastructures (PQI) 2026-2036, le gouvernement de la CAQ a alloué une enveloppe de 8,9 milliards $ pour les ressources informationnelles de tous les ministères et organismes.
Or, Santé Québec a besoin de presque tout cet argent. À elle seule, la société d'État a besoin d'au moins 8 milliards $ pour développer ses projets et gérer ses vieux systèmes. Mais elle doit partager avec les autres portefeuilles de l'État.
Une différence de 6 milliards $
Le gouvernement a prévu une enveloppe de 1,2 milliard pour le développement et le maintien des systèmes informatiques du réseau de la santé d'ici 2036. À quoi il faut ajouter une réserve de près de 700 millions $ pour le Dossier santé numérique (DSN), soit un total de 1,9 milliard de dollars.
Il manque donc 6 milliards de dollars pour répondre aux besoins. Le résultat de nos calculs est confirmé noir sur blanc dans un document qui a circulé à Santé Québec, avant l’été, et que nous avons obtenu.
Selon deux sources bien au fait des dossiers de la société d'État, le gouvernement a fait part de ses inquiétudes à ce sujet.
On sait déjà que le projet SIFA, évalué au départ à 96 millions $, est maintenant estimé à 464,8 millions $ et pourrait coûter jusqu'à un milliard de dollars, selon une analyse de fonctionnaires du ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN), appuyés de firmes d’experts-comptables.
Lundi, la ministre de la Cybersécurité et du Numérique France-Élaine Duranceau a publiquement désavoué le travail de ses propres fonctionnaires en qualifiant leurs hypothèses de pas réalistes et d’erronées.

France-Élaine Duranceau en entrevue à l'émission « Midi info », le 14 septembre 2026
Photo : Radio-Canada
Un deuxième projet pourrait coûter un milliard
Nous avons appris que le projet complémentaire à SIFA, qui s’appelle SIRH, pour Système d’information des ressources humaines, est lui aussi à risque de coûter un milliard de dollars, selon les hypothèses des fonctionnaires. Au départ, il devait coûter 106 millions $.
SIRH, qui doit moderniser la gestion de la paie, est toutefois à l’arrêt et aucun feu vert n’a été donné. À l’origine, les deux projets ne faisaient qu’un, sous le nom de SIFARH, mais ils ont été scindés pour permettre au premier volet d’avancer.
De plus, le projet pilote du Dossier santé numérique (DSN), lancé dans deux régions « vitrines » en mai dernier, a fait face à des dépassements de coûts de 265 à 420 millions $.
Son déploiement provincial, envisagé mais non confirmé, a été estimé à 677 millions $ par Santé Québec, mais le gouvernement pense qu'il coûtera plutôt 3 milliards $. Ce dernier chiffre avait déjà été dévoilé par le Journal de Québec l’an dernier.

Le Dossier santé numérique a été lancé dans deux régions en mai 2026. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / alexey_ds
Trois milliards pour gérer la désuétude
La société d’État a refusé de nous partager son évaluation de la gestion de la désuétude de ses systèmes informatiques, mais, selon les données que nous avons obtenues, les besoins seraient de 3 milliards de dollars.
Les investissements consacrés à cette modernisation sont intégrés aux différents programmes et projets numériques autorisés, explique la porte-parole de Santé Québec, Marianne Paquette. Ils visent à remplacer progressivement les systèmes en fin de vie, à réduire la fragmentation technologique du réseau et à améliorer la performance, la sécurité et la pérennité des environnements numériques.
Des députés avaient demandé des comptes
Dans deux lettres de juin et août 2026, le président de Commission de l'administration publique (CAP), le député libéral Monsef Derraji, avait écrit à Santé Québec que les membres de la Commission sont extrêmement préoccupés par les échos qu'ils reçoivent au sujet des projets informatiques.
M. Derraji a déploré, lundi, ne jamais avoir obtenu la reddition de comptes qu'il demandait.
Une demi-douzaine de projets « en redressement »
Selon une analyse que nous avons obtenue, une demi-douzaine de projets informatiques de Santé Québec sont en redressement. Le MCN a identifié des non-conformités et des coûts sous-évalués dans plusieurs d'entre eux.
Lundi, Radio-Canada dévoilait un avis du 10 juillet du dirigeant principal de l'information et sous-ministre à la Cybersécurité et du Numérique, Stéphane Le Bouyonnec, qui mettait en garde contre la gestion de Santé Québec dans le projet SIFA.
Dans cet avis, on peut lire que Santé Québec présente des lacunes structurelles, des faiblesses opérationnelles et un suivi des risques incomplet.
En pratique, le pilotage du projet [SIFA] a été largement laissé au fournisseur.
Le fournisseur est la firme LGS, filiale de la compagnie américaine IBM, la même qui a travaillé sur le dossier SAAQclic.

La PDG de Santé Québec, Geneviève Biron (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Santé Québec assume : Lorsqu’un fournisseur est responsable de livrer la solution, les meilleures pratiques exigent que le donneur d’ouvrage conserve la maîtrise du pilotage de la gouvernance et des décisions stratégiques.
La société d’État ajoute que cela doit s’accompagner d’une séparation claire des rôles, un bureau de projet interne et des mécanismes rigoureux de contrôle et de reddition de comptes.
La gouvernance et les décisions relatives au projet relèvent du client, dans le cadre de la structure de gouvernance établie, nous a écrit par courriel IBM Canada. Nous poursuivons notre appui à Santé Québec et demeurons concentrés sur le respect de nos engagements contractuels.
Un expert recommande de prioriser
En ce qui concerne la capacité de Santé Québec à mener tous ses projets en parallèle, la société d'État explique qu’elle établit ses priorités d’investissement et de livraison au début de chaque année financière en fonction de sa capacité organisationnelle, de ses objectifs stratégiques et de la maturité des projets.
Santé Québec pourrait gagner à recentrer son action à un nombre plus restreint de projets, selon Alejandro Romero-Torres, professeur titulaire de la Chaire en gestion de projet ESG à l'UQAM et spécialiste de la gestion des projets publics en technologies de l'information.
Peut-être qu’il faudrait prioriser certains projets, apprendre, et ce type d’apprentissage pourrait nous permettre d’aller plus vite pour d’autres projets, par la suite.

Alejandro Romero-Torres, spécialiste de la gestion publique des projets de technologies de l'information
Photo : Radio-Canada
Des problèmes avec d'autres projets
Au-delà des enjeux de dépassements de coûts, Santé Québec est poursuivie en justice par la firme québécoise Petal, qui l’accuse d’avoir copié son logiciel de gestion des rendez-vous.
La société d’État est aussi sous la loupe des enquêteurs de l’Autorité des marchés publics (AMP) pour le projet Votre Santé, puisqu’elle a embauché une firme américaine, sans appels d'offres, pour recommencer un projet déjà réalisé par une compagnie québécoise.
Santé Québec est la plus grande société d’État au Canada. Elle emploie 347 000 personnes et gère un budget annuel de 46 milliards $.


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