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Le taux d’incarcération des femmes a doublé dans les 20 dernières années

2 weeks ago 25

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Bien que les femmes ne représentent qu'environ 6 % de la population carcérale fédérale au Canada, le nombre de détenues a presque doublé au cours des deux dernières décennies, passant de 445 en 2004-2005 à 886 en 2025-2026, d'après Service correctionnel Canada.

D'après des experts, cette augmentation est liée à la précarité économique et à un durcissement des conditions d'octroi de la liberté sous caution, ce qui suscite des inquiétudes quant à la surpopulation dans les établissements pénitentiaires pour femmes.

Jerry Flores, professeur agrégé de sociologie à l'Université de Toronto à Mississauga, pointe notamment la hausse du coût de la vie ainsi que le manque d'accès au logement, à l'emploi et au soutien en matière de santé mentale.

Je ne suis pas surpris que les taux d'incarcération des femmes augmentent, car la précarité de notre existence à tous s'est également accrue, souligne M. Flores, qui est un expert en matière de genre et de criminalité.

Les femmes incarcérées ont souvent été victimes de maltraitance, ce qui peut les pousser vers le vol à l'étalage, la toxicomanie ou le travail du sexe, conduisant ainsi à des infractions pénales, a expliqué M. Flores. Sans investissement dans les programmes sociaux, le nombre de femmes incarcérées continuera probablement d’augmenter, croit-il.

L’avocate pénaliste Megan Schwartzentruber, du cabinet d’avocats torontois Cooper, Sandler, Shime & Schwartzentruber LLP, a constaté cette augmentation des femmes détenues dans le cadre de son travail.

Lorsque j’ai commencé à exercer il y a 16 ans, il était rare d’avoir des clientes, et encore moins des clientes incarcérées.

Le durcissement des conditions de mise en liberté sous caution, en 2015 et depuis le début de la pandémie de COVID-19, a conduit à ce qu'un plus grand nombre de détenus – y compris des femmes – soient placés en détention provisoire ou se voient refuser la mise en liberté sous caution, explique l’avocate.

Les femmes autochtones et celles issues de minorités ethniques sont touchées de manière disproportionnée, souligne Mme Schwartzentruber. En 2022-2023, environ la moitié des femmes incarcérées étaient autochtones, alors qu’elles ne représentent qu’environ 5 % de la population féminine du Canada.

Je pense que l'incarcération de ces femmes est le symptôme d'un problème plus vaste, à savoir le recours excessif à l'incarcération au Canada, en particulier au stade de la détention provisoire, dénonce l'avocate.

À l'heure actuelle, Service correctionnel du Canada gère cinq établissements pour femmes, ainsi qu’un pavillon de ressourcement :

  • Établissement de la vallée du Fraser (Colombie-Britannique)
  • Établissement d’Edmonton pour femmes (Alberta)
  • Établissement pour femmes Grand Valley (Ontario)
  • Établissement Joliette (Québec)
  • Établissement Nova pour femmes (Nouvelle-Écosse)
  • Pavillon de ressourcement Okimaw Ohci (Saskatchewan)

Une prison pour hommes transformée en établissement pour femmes

Face à la hausse de la population carcérale féminine, la prison pour hommes Grierson, un établissement à sécurité minimale d'Edmonton, sera transformée en prison pour femmes, a fait savoir le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree.

Cette reconversion vise à faire de la place pour le nombre croissant de femmes en détention, car on prévoit un déficit de plus de 300 places pour les femmes incarcérées au niveau fédéral au cours des cinq prochaines années, selon le ministre.

Le nombre croissant de femmes incarcérées signifie que les prisons débordent, selon Fallon Aubée, 66 ans, ancienne détenue et désormais militante pour l’abolition des prisons en Colombie-Britannique. Elle estime que le déficit prévu de 300 places ne représente qu’une fraction de l’espace réellement nécessaire pour accueillir les femmes incarcérées dans les années à venir.

Elle a comparé les prisons à des pensionnats modernes et à des unités psychiatriques, où la surpopulation crée un environnement étouffant, marqué par une colère croissante des détenues.

Fallon Aubée, une femme bispirituelle, a passé six ans et demi dans un établissement pour femmes, où elle a décrit l'escalade de la violence comme étant ahurissante en comparaison des 15 ans et demi qu'elle a passés dans des prisons pour hommes. Elle a également souligné que la surpopulation réduit l'espace disponible pour les programmes, privant ainsi les personnes incarcérées des ressources nécessaires pour préparer leur réinsertion après la prison.

Le gouvernement devrait privilégier les approches de réduction des risques et permettre à davantage de personnes de purger leur peine hors des établissements pénitentiaires lorsque cela est possible, croit Mme Aubée.

Les lignes directrices en matière de détermination de la peine ne signifient pas qu’il faille incarcérer tout le monde simplement parce qu’on se présente devant un tribunal. Il existe des alternatives à la prison qui fonctionnent.

Ottawa « optimise » l'espace disponible

Selon le ministre de la Sécurité publique, les prisons pour femmes fonctionnent actuellement au maximum de leur capacité, voire au-delà, et des mesures sont prises pour optimiser l’espace disponible.

La planification de la transition de l'établissement Grierson est en cours, mais Service correctionnel Canada n'a pas été en mesure de fournir des informations sur les coûts ou le calendrier.

Les hommes détenus à Grierson seront transférés vers d'autres établissements.

Dans une déclaration adressée à CBC News, Service correctionnel Canada a indiqué s'efforcer d'optimiser l'espace disponible dans les prisons tout en favorisant la réinsertion. De plus, l'agence fédérale a indiqué recourir à des centres de rétablissement et à des logements communautaires structurés pour libérer les détenus en toute sécurité et réduire les pressions institutionnelles.

Pour faire face au nombre croissant de détenues, M. Flores prévoit que davantage d’établissements pour hommes seront transformés en prisons pour femmes, bien que les premiers soient eux aussi surpeuplés.

Le gouvernement pourrait également envisager la réaction instinctive, coûteuse et chronophage, consistant à construire davantage de prisons, a déclaré M. Flores, bien qu’il suggère que davantage de services sociaux et de soutien en santé mentale constitueraient un meilleur investissement.

Je pense qu’il est plus humain, plus prudent et plus judicieux sur le plan économique d’essayer d’empêcher certains de ces problèmes avant qu’ils ne surviennent.

D'après un texte de Maia Tustonic, de CBC News

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