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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDevrait-on interdire la pêche lorsque la température des rivières est trop élevée? Pour l’emblématique saumon atlantique, en plein déclin, les facteurs de pression s’accumulent. Et la pêche sportive pourrait en être un de trop lorsque l'eau est trop chaude. Le temps presse, selon plusieurs experts, pour favoriser un environnement propice à la survie de l’espèce.
Alors que, depuis plus de 14 ans, le Nouveau-Brunswick dispose d’un protocole entraînant la fermeture de la pêche en eau chaude, au Québec, seules 4 des 111 rivières à saumon ont un protocole semblable, instauré en 2020.
Cette année encore, la remise à l’eau des saumons capturés par les pêcheurs est obligatoire dans la majorité des rivières au Québec. C'est une mesure qui permet de protéger nos populations tout en maintenant une activité de pêche qui apporte quand même des bénéfices, résume Maxime Guérard, biologiste au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).
La pêche au saumon rapporte quelque 50 millions de dollars chaque année.
Si elle est lucrative, il existe cependant des preuves irréfutables qu'elle a un impact sur la survie des saumons.
Les mortalités accidentelles découlant de la pêche à la ligne avec remise à l’eau augmentent lorsque la température de l’eau excède 20 °C.
Bien qu’étant une espèce résiliente, au-delà d’un certain seuil de température, le saumon atlantique subit un stress important. Dans de tels cas, les poissons se dirigent alors vers des refuges thermiques, par exemple à l’embouchure de petits affluents, comme des ruisseaux, ou dans des fosses approvisionnées d’eau souterraine, plus fraîche.

L'avis scientifique du MPO prévoit également que « les mortalités découlant d'un déplacement du saumon attribuable aux suintements d'eau fraîche, aux efforts de pointe et à la nage très énergique, et au malaise général, augmenteront avec la température à la hausse. »
Photo : Radio-Canada
Selon la professeure en écophysiologie et aquaculture à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER), Céline Audet, un poisson qui se trouve hors de sa zone de confort, s’expose à une myriade de dangers pour sa santé.
Cette zone de confort, pour le saumon atlantique adulte, se situe entre 16 et 20 °C.
Lorsque la température est plus chaude, le poisson est plus vulnérable aux maladies infectieuses, sa croissance peut être minimisée, son succès reproducteur peut être affecté, et on retrouve même du cortisol, l’hormone du stress, en proportion plus importante dans ses œufs. Son métabolisme peut ultimement devenir anaérobique : l’acide lactique s’accumule alors dans son système, comme lorsqu’on fait des efforts physiques intenses.

Même si les saumons sont remis à l'eau dans la majorité des rivières du Québec, cela représente un stress pour l'espèce lorsque la température de l'eau est trop chaude. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
Une remise à l’eau, c’est du stress
On essaie d’éviter des stress cumulés, c’est-à-dire que si je suis déjà en état de stress, et qu’on m’amène un autre stress, ma réponse ne sera pas seulement doublée, elle peut être décuplée, souligne la professeur émérite de l’ISMER Céline Audet.
Ne serait-ce que de sortir un poisson de l’eau pour lui enlever son hameçon peut avoir des conséquences importantes, explique Mme Audet. Si on entame accidentellement la couche de mucus qui recouvre sa peau, la récupération de l’animal peut être en jeu.

Céline Audet est spécialiste de l'écophysiologie des poissons.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Si moindrement il y a du frottement, et que j’endommage la couche de mucus sur la peau, ou que j’enlève des écailles, c’est des entrées pour des infections, et quand [un saumon est] stressé, [il est] plus sensible aux infections, souligne la professeure.
Dans ces conditions, le saumon devrait-il être laissé tranquille lorsqu’il nage en eaux chaudes?
Comme physiologiste, quand les températures sont trop chaudes, par souci éthique, je ne pêche pas.
Fermer des sections de pêche
Un protocole d’eau chaude consiste à fermer une rivière à la pêche lorsque certaines conditions sont réunies. La température de l’eau est évidemment primordiale : ses élévations maximale et minimale ont une incidence importante.
S'il s’avère qu’on a une température élevée le jour, mais que le saumon peut récupérer durant la nuit parce que la température redevient fraîche, c’est un moindre mal, explique André St-Hilaire, professeur et chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). D’autres facteurs, comme le débit de l’eau ou les prévisions de précipitations, sont aussi considérés.
Le Nouveau-Brunswick a mis en place un protocole d’eau chaude à la suite d’un avis scientifique du MPO de 2012. Il s’applique aux rivières Restigouche, Miramichi et Népisiguit. Lorsque la température minimale dépasse le seuil de 20 oC deux jours de suite, la section touchée est fermée partiellement à la pêche, et à partir de 23 oC, la fermeture est totale.

La population de saumon de l'Atlantique a décliné de façon substantielle dans la rivière Miramichi. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté de Nick Hawkins
Au Québec, où le protocole existe depuis 2020, un seuil de 22 °C a été déterminé. Un compromis, explique le biologiste du MELCCFP, Maxime Guérard, entre le maintien des activités de pêche et la prévention. Lorsque cette température est dépassée le matin, au moment où l’eau est la plus froide, et que cette situation risque de se prolonger pendant quelques jours, les activités de pêche peuvent être interdites.
Cependant, l’interdiction de pêche n’est pas automatique : la décision repose entre les mains des gestionnaires de la rivière. Le MELCCFP et l’INRS développent un outil de prévision de température de l’eau pour guider les décisions des gestionnaires. Quatre rivières sont visées : Petit-Saguenay, Saint-Jean-du-Saguenay et Rivière-à-Mars – toutes trois situées au Saguenay – ainsi que La Malbaie, dans Charlevoix.
La gestion des rivières à saumon québécoises se fait individuellement. Chaque rivière a son gestionnaire : c’est l’approche dite rivière par rivière, chacune ayant ses particularités.
On se rend compte des fois que c'est pas si simple de juste ouvrir, fermer. Puis, qu'est-ce qu'on ferme, qu'est-ce qu'on protège?

Myriam Bergeron considère que les gestionnaires de rivières, de même que les pêcheurs, sont de plus en plus sensibilisés aux effets néfastes de la pêche en eau chaude. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
La directrice générale de la FQSA est favorable à la mise en place de protocoles de chaleur dans tous les cours d’eau de la province, mais fait en même temps part d’un dilemme qui incombe aux gestionnaires des rivières à saumon : une fois la rivière fermée, il ne reste plus grand monde pour la surveiller. Les pêcheurs font souvent office de gardiens du territoire. D’autant plus qu’une fois en détresse, les saumons se regroupent au même endroit.
Le biologiste Maxime Guérard rappelle de son côté l’importance de l’industrie de la pêche dans la province, et surtout de la fragilité des organismes de gestion des rivières. Ce n'est pas des organismes qui peuvent arrêter de fonctionner et repartir d'une année à l'autre comme ça, insiste-t-il. Le biologiste souligne que les revenus de la pêche au saumon sont par la suite réinvestis dans des mesures de protection de l’espèce.
Des températures plus chaudes, plus longtemps
Entre-temps, la température monte bel et bien dans les rivières de l’est de l’Amérique du Nord. Les vagues de chaleur sont principalement en cause. Non seulement elles sont plus chaudes, ces vagues de chaleur là, mais elles durent plus longtemps, souligne le chercheur André St-Hilaire.

Pour l'instant, certaines rivières à saumon, notamment sur la Côte-Nord, semblent être épargnées par les épisodes de températures chaudes. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Un triste exemple de cette hausse se trouve au Bas-Saint-Laurent. La rivière Ouelle est fermée à la pêche pour une durée indéterminée depuis 2020 en raison de montaisons anémiques et de températures excédant fréquemment 25 °C.
Plus de 600 stations de relevés thermiques ont été mises en place par le MELCCFP, en partenariat avec la FQSA.
Ce n’est qu’une question de temps. [...] La mise en place des protocoles d’eau chaude va devenir la norme.
Il y a quand même eu des moments dans les dernières années où, clairement, on était inquiets à la fois pour la pêche, à la fois pour le saumon, confesse Myriam Bergeron de la FQSA. Elle souligne cependant que bon nombre de rivières sont encore épargnées par des épisodes de chaleur trop intenses, notamment en Gaspésie et sur la Côte-Nord.
Le temps presse
La protection des refuges thermiques va ainsi devenir de plus en plus importante. Il faut s’assurer qu’ils sont en place et qu'ils sont pérennes, souligne M. St-Hilaire. On se rend compte qu’il faut vraiment protéger ces endroits-là, renchérit Myriam Bergeron, proposant de protéger les couverts forestiers et les territoires permettant l’apport d’eau fraîche. La tâche de les identifier et de mettre en place des mesures pour protéger ces refuges est cependant imposante.
Il faut simplement augmenter [...] le rythme, arriver à développer des outils plus rapidement avant qu’il ne soit trop tard, insiste André St-Hilaire, entrevoyant un avenir de plus en plus difficile pour les salmonidés.
En mai 2025, le gouvernement fédéral a annoncé sa stratégie de conservation du saumon atlantique, mais peu d'informations se sont rendues aux chercheurs sur son articulation, notamment si le financement de la recherche relative à la problématique de l’eau chaude sera au rendez-vous.


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