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Le dessin comme trait d’union entre générations

3 hours ago 4

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Juste à côté, Gisèle Mingarelli, Sacha Tremblay et Hubert Rochette font la connaissance de M. Bruno Savard. L'homme originaire de Saint-Fidèle a apporté avec lui son autobiographie. Gisèle s'empresse de lui demander ce qu’il raconte dans son livre. Toute ma vie! répond-il avec difficulté.

Puis, les élèves apprennent qu'il a cinq enfants et neuf petits-enfants. Sacha lui demande quel âge ont ses enfants­. Tout doucement, le jeune garçon s’incline vers lui et lui propose de répondre avec ses doigts, si parler est trop difficile. Un moment empreint de tendresse qui montre à quel point les enfants sont empathiques face aux limitations qui peuvent venir avec la vieillesse. Les jeunes apprennent aussi que dans ses jeunes années, M. Savard était maçon, qu’il aimait les bateaux et appréciait sculpter la neige.

Puis avec l'aide de Laura, la monitrice en loisirs, M.Savard réussit à raconter aux enfants qu'il adorait faire des blagues et qu'il a déjà été puni pour avoir fait croire que l'inspecteur venait visiter sa classe. Laura comprend ce qu'il tente de leur dire : Oh! Avez-vous compris? Ils lui avaient donné des coups de règle sur les mains. C’était sévère. Aujourd'hui, ils ne font plus ça, heureusement! note Laura.

Dans le hall d'entrée du centre d'hébergement, les conversations vont bon train. Chaque groupe essaie d'en apprendre le plus possible sur la personne avec qui il est jumelé. Les échanges sont parfois un peu étourdissants, les groupes sont proches les uns des autres, et les jeunes doivent parler fort pour se faire entendre et dépasser la barrière du masque.

Parfois, certains enfants oublient de laisser tomber la liste des questions préparées pour prendre le temps de tout simplement converser. Mais qu'à cela ne tienne, ils sont motivés, attentifs, attentionnés.

Dans un coin de la salle, Gilberte Boulianne, la doyenne du centre d'hébergement, vole la vedette. Bien qu’elle soit dure d'oreille, elle a toujours l'esprit aussi vif... à 107 ans. Agenouillée à ses côtés, Mme Karine, l'une des enseignantes de l'École des Eaux-Vives, répète d'une voix forte les questions de ses élèves.

Elle lui souligne en riant que ces derniers ont 9 ans et elle, 107 ans! Vous avez presque 100 ans de différence avec eux, vous vous rendez compte qu'un siècle vous sépare de mes élèves? C’est merveilleux! s’exclame Karine Carré.

Prenant conscience de cette réalité, Gilberte Boulianne répond en riant : Hiiiiiii… Ça n’a pas de bon sens! C’est quelque chose, c'est quelque chose! Oui, c'est tout un phénomène.

La centenaire y va aussi de quelques anecdotes. Elle parle entre autres de ses frères, qui mettaient des collets pour attraper des siffleux. Puis ils allaient les vendre, cinq cents le siffleux! raconte la dame au regard pétillant. Une histoire à retenir pour notre bande dessinée, s'empresse de dire Mme Karine, invitant le jeune Eliot à prendre des notes.

D’une histoire drôle, elle passe à un moment plus difficile de sa vie. Mme Boulianne leur raconte avec émotion qu'elle a perdu sa mère alors qu'elle avait leur âge. Quand maman est décédée, moi, j'avais 8-9 ans. Elle m'a dit : "Viens me dire une dizaine de chapelets!" Puis, elle est décédée après.

Elle ajoute qu'elle a alors dû abandonner l'école pour s'occuper de ses frères et sœurs. Je suis restée à la maison : trois repas par jour, [on était] 10 à la maison, 10 avec papa.

La nostalgie s'efface rapidement pour faire place à la description des repas qu'elle cuisinait, des nombreuses petites patates qu'elle épluchait. Elle se rappelle aussi le fameux gâteau blanc qu’elle préparait, un délice dont elle leur fait la liste des ingrédients!

Impossible de ne pas tomber sous son charme, quand on lui demande si elle prend plaisir à rencontrer les jeunes élèves. Ben oui! J’'aime ça! J’aime ça, certain que j'aime ça!

Elle n'est pas la seule à être comblée par cette première journée d'échanges! Le personnel et les résidents sont enchantés eux aussi. Les premiers objectifs sont atteints : briser la solitude des aînés, reconnaître leur expérience et leur savoir-faire et mettre les enfants en contact avec l'inéluctable fragilité de la vie.

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