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Le coût du tri des matières recyclables a explosé au Québec

2 hours ago 4

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Les tarifs des centres de tri ont presque triplé au Québec depuis que le gouvernement caquiste a confié la gestion de la collecte sélective au secteur privé. Devant cette hausse marquée des coûts pour les entreprises qui financent le système, Québec a même dû injecter des fonds pour les soutenir.

Éco Entreprises Québec a payé 262 millions de dollars aux centres de tri de la province en 2025, a appris Radio-Canada. Pourtant, un an plus tôt, les municipalités leur avaient versé 98,6 millions de dollars afin d'effectuer les mêmes tâches pour sensiblement les mêmes quantités.

Des entreprises qui financent le système de collecte sélective de même que des acteurs de l'industrie du recyclage déplorent cette explosion des coûts.

Les centres de tri font beaucoup, beaucoup plus d’argent qu’avant, insiste un ancien cadre d’Éco Entreprises Québec (EEQ), qui désire conserver l’anonymat.

La présidente-directrice générale d’EEQ, Maryse Vermette, en convient : Il y a eu effectivement des coûts qui se sont ajoutés. On est dans un contexte d'affaires où les coûts d'exploitation explosent.

Elle affirme cependant qu’il faut mettre les chiffres en perspective. On a hérité d'un système qui a été sous-financé, fait-elle valoir.

Un centre de tri.

Le centre de tri de Roberval

Photo : Radio-Canada / Anissa Leduc

Depuis le 1er janvier 2025, la gestion et le financement de la collecte sélective relèvent d’Éco Entreprises Québec, et non plus des municipalités. Cet organisme privé à but non lucratif regroupe les entreprises qui mettent en marché des contenants, des emballages et des imprimés.

Depuis sa désignation par le gouvernement caquiste comme responsable de la collecte sélective, EEQ a conclu 21 contrats avec des exploitants de centres de tri. Selon des documents de l’organisme dont nous avons obtenu copie, ces ententes, qui s’échelonnent sur des périodes de trois à dix ans, représentent une valeur totale de plus de 1,3 milliard de dollars. Des contrats incluent notamment des investissements totalisant 95 millions de dollars pour moderniser les installations des centres de tri.

Pour attribuer ces contrats, l’organisme a lancé des appels de propositions avant de négocier avec les gestionnaires des centres de tri, ce qui est différent d’un processus d’appel d’offres qui permet de mettre en concurrence plusieurs fournisseurs. Il y a également eu un appel de propositions spécifiquement pour la construction du nouveau centre de tri de l’Est de l’île de Montréal.

Des négociations bâclées?

L’ancien cadre d’Éco Entreprises Québec à qui nous avons parlé estime que la valeur de ces contrats est beaucoup trop élevée. Selon lui, l’organisme s’est empressé de signer des ententes parce qu’il redoutait une rupture de service dans la collecte sélective en janvier 2025.

C’était ça, leur préoccupation numéro un, dit-il. Ils n’ont pas travaillé dans une optique de mise en concurrence réelle des centres de tri. Ils ont conclu des ententes parce qu’une rupture de service aurait été mal acceptée par le public. Alors, c’est certain que ça a donné un levier de négociation aux centres de tri.

La façon dont on est arrivé à établir les coûts des contrats… il y a quelqu’un, quelque part, qui n’a pas fait son travail de manière optimale.

Un gestionnaire de centre de tri qui désire lui aussi garder l’anonymat confirme qu’Éco Entreprises Québec n’a presque pas négocié pour conclure ces ententes. On vous appelle et on vous dit que vous allez être le seul centre de tri de votre région, que vous allez avoir un contrat de cinq ans, et on vous demande combien vous facturez. Il n’y avait pas de compétition!

Il soutient ne jamais avoir négocié de la sorte auparavant. Les gens d’EEQ nous annonçaient presque mot pour mot ce que les autres centres de tri facturaient dans les discussions, s’étonne-t-il encore. Ils auraient dû faire de vrais appels d’offres.

Annick Van Campenhout, vice-présidente du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, dont les membres financent le système de collecte, déplore elle aussi l’absence de véritables négociations. Ce qu’on a entendu, c’est exactement ça. Il n’y a eu aucune négociation. Combien tu me demandes? Parfait. On signe le contrat.

Pour éviter d’avoir des augmentations comme ça, il me semble qu’il y aurait eu moyen de négocier beaucoup plus serré, poursuit-elle. C’est évident.

Des documents d’Éco Entreprises Québec, dont nous avons obtenu copie, révèlent que l'organisme a versé en 2025 un prix moyen allant de 240 à 440 $ la tonne aux centres de tri.

C’est nettement plus que les coûts qu'assumaient les municipalités lorsqu’elles géraient le système. Selon Recyc-Québec, elles payaient en moyenne 135 $ la tonne en 2024.

Compte tenu de la quantité d’ententes, compte tenu de l’augmentation fulgurante des prix, c’est difficile à croire qu’ils ont obtenu les meilleurs prix sur le marché, considère aussi Gabriel Jobidon, professeur adjoint au département de génie de la construction de l’École de technologie supérieure, à Montréal, qui s’intéresse aux processus d’appel d’offres.

C’est un marché qui semble avoir peu de compétition, peu de concurrence, ajoute-t-il. S’il y a peu de compétition – et on peut parler de monopole ou d’oligopole dans certaines régions –, c’est certain que ça crée des situations dans lesquelles le gros bout du bâton est dans les mains des fournisseurs.

Maryse Vermette déplore que le déroulement des discussions soit remis en question. Les gens qui ont fait ces affirmations, ça leur appartient. Nous, de notre côté, on a négocié serré, assure-t-elle.

Une femme discute avec un journaliste lors d'une entrevue dans un bureau.

La présidente-directrice générale d’Éco Entreprises Québec, Maryse Vermette

Photo : Radio-Canada

Les exigences resserrées

Dans le passé, les municipalités allaient en appel d’offres avec un devis de quatre pages. Nous, on avait des exigences très différentes, fait valoir la PDG d’Éco Entreprises Québec.

Mme Vermette soutient que ces nouvelles exigences ont fait bondir les coûts des contrats. Selon elle, les cibles de performance et de recyclage fixées par le gouvernement ont grandement contribué à alourdir la facture. C’est clair qu'il y a un impact financier, dit-elle. Pour atteindre une qualité de matière, il fallait absolument s'assurer que les centres de tri soient plus performants. Alors, ça aussi, ça a été des montants additionnels.

C’est aussi ce qu’affirme Kevin Morin, directeur général du Conseil des entreprises en technologies environnementales, qui représente des centres de tri. On a mis des standards qui sont excessivement élevés en ce qui concerne la performance des centres de tri, et ça se reflète dans le prix demandé, dit-il.

Mme Vermette estime que l’on ne peut pas comparer l’ancien modèle au système actuel parce que ce dernier est soumis à des standards de gestion des matières résiduelles bien plus élevés.

En imposant ces nouvelles exigences, le gouvernement caquiste comptait réduire la quantité de matières recyclables acheminées dans les sites d’enfouissement et augmenter le taux de recyclage.

Kevin Morin fait par ailleurs valoir que les centres de tri ont dû compenser le fait qu’ils ne peuvent plus tirer de profits de la vente des matières recyclables, comme c’était le cas lorsqu’ils faisaient affaire avec les municipalités. Maintenant, c’est Éco Entreprises Québec qui est propriétaire de la matière et qui en tire des revenus.

Qui plus est, note M. Morin, il y a de plus en plus de contenants consignés qui n'entrent plus dans les centres de tri. Et ça, ça représente une perte de revenus de 15 à 20 dollars la tonne.

Des déchets mixtes de métal, de plastique et de papier sur un tapis roulant dans un centre de recyclage sont triés par des employés.

Des déchets mixtes de métal, de plastique et de papier sur un tapis roulant dans un centre de recyclage sont triés par des employés.

Photo : Getty Images / Billy Hustace

David Dumont, directeur général de Tricentris, une coopérative qui gère des centres de tri, affirme qu’il a dû embaucher des travailleurs pour arriver à des tris qui sont de meilleure qualité. On est aussi en train d’ajouter des équipements pour avoir une meilleure qualité de matière. Des exigences supplémentaires qui percolent dans le contrat.

La vice-présidente du Conseil de la transformation alimentaire déplore que les centres de tri aient refilé la facture de leur modernisation à EEQ. Les centres de tri, sachant qu’il allait y avoir une réforme, n’ont pas fait d’investissements pendant très longtemps, fait remarquer Annick Van Campenhout. Ils ont fait leurs prix en fonction des investissements à venir et des performances qu’EEQ exige d’eux.

Elle affirme même que des entreprises qu’elle représente et qui financent EEQ ont déjà commencé à refiler une partie de cette facture aux consommateurs.

Québec forcé d’injecter près de 30 millions

Face à la flambée des coûts, le gouvernement a débloqué une aide financière de 27 millions de dollars, en mars dernier, pour soutenir les entreprises qui financent la collecte sélective et atténuer les pressions financières du nouveau système.

Selon un communiqué du ministère de l'Environnement, Québec accorde un soutien financier à Éco Entreprises Québec pour accompagner les PME dans leur transition vers le système modernisé de collecte sélective des matières recyclables.

Ce qui me dérange, c’est que le gouvernement vient subventionner des entreprises privées et cautionner une gestion déficiente du système, laisse tomber l’ancien cadre d’EEQ.

En mars, le gouvernement a également décidé d’abaisser les objectifs de recyclage qu’il avait fixés à Éco Entreprises Québec et de repousser l’entrée en vigueur de ces cibles à 2030.

Il a ainsi cédé aux pressions d’EEQ, qui estimait que les cibles fixées étaient trop ambitieuses, et aux plaintes des entreprises, qui déploraient l’augmentation des coûts du système de collecte sélective.

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