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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDenis Michel a 79 ans. Il a pris l’avion avec son chandail bleu, blanc, rouge pour être ici, devant le Centre Bell, à l'occasion du sixième match de la série opposant le Canadien de Montréal au Lightning de Tampa Bay.
Et, être ici, ça veut dire qu’il a déjà gagné sur la mort. Ma fille m’a dit : "Allez papa, on y va!".
L’aîné innu, de la communauté d’Uashat, a eu peur que la maladie ne l'avale. Mais non. Alors, il sourit en regardant tout ce bleu, blanc, rouge autour de lui. Quand j’étais petit, il n’y avait que trois télévisions dans tout le village. Il fallait payer 10 sous pour aller voir le match chez le voisin, se souvient-il.
L’aîné a vu tant de proches souffrir et tant de proches s’éteindre qu’il goûte intensément le moment, hume la fébrilité et pense à sa femme qui est restée à la maison, car elle ne peut plus marcher. Et il souhaite la victoire du Canadien. Pour sa femme. Cela lui ferait tellement plaisir, me confie-t-il avant le début du match au terme duquel s'inclinera finalement le Tricolore.
Le hockey, pour lui, c’est la joie. Tout simplement.
Denis Michel n’est pas le seul devant le Centre Bell qui pourrait se faire décrire le match en innu.

Des partisans du Tricolore venus de Schefferville.
Photo : Ivanoh Demers
À quelques pas de lui, toute une famille est venue de Schefferville, plus précisément de la communauté de Matimekush, qui signifie « Petite Truite » en innu-aimun.
On a pris le train. C’est 12 heures de voyage! C’est loin, très loin de l’avenue du Canadien, à Montréal. Matimekush, c’est presque le Labrador. Mais Félix Dominique m’explique que le voyage en vaut la peine. On est fiers des Canadiens.

Schneider Charles, Wendy Gunn et Fridaline Papatie rencontrés devant le Centre Bell.
Photo : Ivanoh Demers
Ben oui, on est des grands amateurs de hockey, me répond en riant une autre femme autochtone croisée dans la foule. Elle s’amuse de mon étonnement de croiser autant de membres des Premières Nations dans l’air frisquet de la grande ville sale et grise, malgré les couleurs des séries qui lui donnent un peu de pep.
Elle s'appelle Wendy Gunn et elle vient de Lac-Simon ou Simosagigan, communauté autochtone Anishinaabeg près de Val-D'Or. Avec sa chum, qui a fait la route de 6 heures pour venir la rejoindre, Fridaline Papatie, elle danse. Et elle se fait philosophe.
Tu sais, le hockey, c’est la joie. Et regarde autour de toi, on est comme une grande famille. On se sent humain, simplement. Tous nos cœurs qui battent en chœur pour la même chose.
À ses côtés, Schneider Charles danse aux mêmes rythmes que les Algonquines. Ils se regardent et sourient.
Le sport a cela de magique qu’il crée des liens spontanés dans la grisaille. Et permet aux familles de transmettre une culture commune de génération en génération, qu'elles soient originaires de Schefferville ou de Boucherville.
Moi, quand j’étais jeune, c’était Guy Lafleur et Guy Carbonneau. Évidemment, me dit Caroline Richer, 54 ans. Elle est venue avec ses filles, Chloé et Audrey, qui ont respectivement 19 et 22 ans. Elles aussi ont leurs joueurs de prédilection : Cole Caufield et Brendan Gallagher. Mais toute la famille applaudit le Canadien d’aujourd’hui. Et c’est toujours zéro à zéro quand la troisième période se termine.
En attendant la prolongation, je bavarde avec Evelyn Matawa, dans l’interminable file pour aller aux toilettes. C’est une Atikamekw de Manawan. Cette communauté, située dans Lanaudière, à quatre heures de Montréal, subit une importante pénurie de logements qui force les jeunes à partir de chez eux. Evelyn déplore ce grave problème, mais, ce soir, c’est le hockey qui est important.
J’écoutais le hockey avec mes parents qui criaient dans la maison pour encourager le Canadien, me confie-t-elle. Comment dit-on : Allez! en Atikamekw? Kétin, me répond Evelyn. Ketin! Kétin! Kétin!

Un partisan crie sa déception après la défaite du Canadien, le 1er mai 2026, devant le Centre Bell à Montréal.
Photo : Ivanoh Demers
Mais, malgré les encouragements, en atikamekw, en innu ou anishinabeg, en anglais ou en français, le Canadien a perdu 1-0 en prolongation, vendredi soir.
Dans la vie comme au hockey, y en aura pas de facile , disait Claude Piton Ruel, qui fut entraîneur du Canadien à la fin des années 60 et au début des années 70.
Pas facile la vie, en effet. Il y a des défaites crève-cœur et des absurdités sans nom, mais le fun consiste à les oublier, justement, l’espace de quelques heures, et de vibrer ensemble pendant que ça passe, peu importe la finalité.
Mais bon, on voudrait quand même gagner dimanche. Dans la vie, comme au hockey, il est toujours permis d’espérer… jusqu’à la fin.


1 month ago
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