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Laïcité : des dizaines d’éducatrices voilées licenciées à Montréal

1 month ago 76

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Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a licencié près de 150 personnes qui refusaient de se conformer à la nouvelle loi sur la laïcité du gouvernement du Québec.

Parmi elles se trouvent des dizaines d’éducatrices en service de garde (qui sont aussi des aides à la classe), des surveillantes à l'heure du dîner, des techniciennes en éducation spécialisée (TES) et des préposées aux élèves handicapés qui ont refusé d’enlever leur voile malgré les nouvelles règles gouvernementales.

En vertu de la loi sur la laïcité (PL 94), ces personnes sont considérées comme étant incapables d’exercer leur fonction puisqu’elles portent un signe religieux.

Selon trois sources très au fait de ce dossier, de nombreuses directions éprouvent un véritable malaise en licenciant des femmes qui étaient compétentes, qualifiées et très appréciées de leurs pairs mais qui refusent d’enlever leur voile pour des raisons idéologiques et religieuses.

Nombre de ces congédiements se font dans la tristesse et dans la douleur, selon Annie Charland, présidente du secteur sdu outien scolaire à la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN).

Ce sont des gens qui ont dû annoncer à leurs élèves : "Bon, c'était ma dernière journée, je m'en vais." Et là, on voit des pleurs et des pleurs dans nos écoles. Tout le monde est découragé parce que personne ne veut les perdre. Les enfants pleurent de perdre leur éducatrice, ajoute-t-elle.

Annie Charland, présidente du secteur soutien scolaire à la Fédération des employées et employés de services publics.

Annie Charland, présidente du secteur du soutien scolaire à la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN).

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Annie Charland s'inquiète pour le respect des ratios. Une éducatrice en service de garde s'occupe de 20 enfants.

Ce n'est pas le ministère [de l'Éducation] qui va devoir dire aux parents : "Désolé, votre enfant, il va falloir que vous le gardiez, parce qu'on a [une rupture] de services, parce qu'on n'a plus personne." On ne peut pas [confier] tous ces enfants à toutes les autres éducatrices! s'indigne cette représentante syndicale.

Il y a un cas où la direction pleurait avec la femme dans le bureau. Et quand l'éducatrice est allée voir son groupe d'enfants pour lui dire qu’elle ne serait pas là le lendemain, les enfants ne comprenaient pas et se sont mis à pleurer, raconte Michel Picard, président du syndicat du personnel de soutien scolaire au CSSDM, soit l'Association professionnelle du personnel administratif (APPA-CSN).

Ce sont des gens qui, depuis 10, 15 ou 30 ans, portent leur signe religieux.

Le casse-tête chiffré du CSSDM

La nouvelle loi sur la laïcité est en application depuis le dépôt du projet de loi, le 20 mars 2025.

Chaque employeur (c'est-à-dire les centres de services scolaires) doit faire signer un formulaire de consentement à toutes les personnes embauchées depuis cette date.

Le CSSDM a donc fait parvenir une communication à 734 employés de soutien (éducatrices, TES, surveillantes, etc.) dans les dernières semaines, peu importe qu’elles portent ou non un signe religieux, pour leur rappeler de se conformer à la loi.

De ce nombre, une majorité de personnes ont répondu qu'elles allaient s’y conformer. Des dizaines de personnes qui étaient officiellement licenciées (car elles n'avaient pas répondu aux communications du CSSDM) se sont ravisées et ont pu réintégrer leur emploi, même si le délai était dépassé.

À ce jour, près de 150 personnes refusent toujours de se conformer à la loi sur la laïcité.

Ruptures de services à prévoir pour les parents?

Tant de l'avis des cadres que de l'avis syndical, ces départs forcés vont accentuer la pénurie de personnel de soutien dans les écoles à Montréal.

Il y a des milieux où ça va être difficile de pouvoir continuer à offrir un service de garde de qualité parce qu'il va manquer de personnel pour s'occuper des enfants, affirme Michel Picard.

Il y a actuellement 146 postes non pourvus parmi le personnel de soutien, selon les chiffres les plus à jour au CSSDM.

Son porte-parole, Alain Perron, reconnaît que ces départs forcés vont avoir un impact dans les écoles. Cette nouvelle obligation, considérant qu’elle amène des gens à décider de ne pas poursuivre leur carrière en milieu scolaire, accroît la pénurie dans certains secteurs.

Le CSSDM affirme cependant qu'il n'est nullement question de ruptures de services puisqu'il existe une liste de rappel de plusieurs centaines de noms.

La présidente de l'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire (AMDES), Kathleen Legault, réfute cet argument.

Quand on a des éducateurs [ou des éducatrices] de service de garde qui s'absentent, on ne réussit pas toujours à les remplacer. Même chose pour les éducateurs spécialisés. Alors moi, je m'inquiète, explique-t-elle.

Les élèves vulnérables seront les plus touchés

Selon Mme Legault, ce sont les enfants dits à défis (qu'on appelle EHDAA dans le réseau) qui seront les plus touchés par ces licenciements.

La plupart des élèves s'adaptent facilement au changement. Mais que dire de nos élèves les plus vulnérables? Les plus fragiles? Ceux qui dérangeaient la classe en début d'année? dit-elle au sujet de ces enfants qui devront apprendre à travailler avec de nouvelles aides à la classe ou avec de nouvelles techniciennes en éducation spécialisée (TES).

Est-ce que ça va nuire à la réussite de certains jeunes?

Kathleen Legault se tient debout derrière un lutrin.

Kathleen Legault, de l’AMDES. (Archives)

Photo : Gracieuseté : Sylvie Trépanier

Depuis l’adoption de la Loi visant à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation (PL 94), l’automne dernier, les centres de services scolaires sont dans une situation bien délicate.

Encore tout récemment, lors des consultations au sujet de l'adoption d'un autre projet de loi sur la laïcité – le PL 9 (prières de rue, garderies) –, le cabinet de la ministre de l'Éducation, Sonia LeBel, a refusé d'accepter une demande des syndicats et des cadres pour que la loi sur la laïcité (PL 94) s'applique dans les écoles à partir de son adoption, le 30 octobre 2025, plutôt que rétroactivement au dépôt du projet de loi, le 20 mars de la même année.

Des sources tant syndicales que patronales ont expliqué à Radio-Canada qu'il aurait été beaucoup plus simple de dire à de nouvelles recrues voici les nouvelles règles que de devoir jouer à la police en ce qui concerne des personnes compétentes et qualifiées déjà embauchées, et ce, parfois depuis de nombreuses années.

Selon nos sources, les directions des centres de services scolaires sont également prises entre, d'un côté, le cabinet LeBel qui demande d'appliquer la loi et, de l'autre côté, l'appareil administratif du ministère de l'Éducation qui, très conscient des impacts dans le réseau, envoie des messages afin de minimiser le plus possible les conséquences des licenciements.

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