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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEntre deux lits simples, Annabelle dépose par terre une boîte de pâté pour son chat. Nous sommes dans une toute petite chambre qu’elle partage avec ses deux enfants à la maison d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale La Séjournelle. Annabelle a pu récupérer Timoté, l’un de ses trois chats, après avoir fui la maison familiale. Son ex menaçait de s’en débarrasser, une forme de manipulation fréquente exercée par des conjoints violents.
Les noms des femmes et même des animaux hébergés à la maison pour femmes victimes de violence conjugale ont été modifiés pour protéger leur anonymat. La Séjournelle est l’une des rares maisons d’hébergement au Québec qui accueillent comme pensionnaires des animaux comme des chats, des chiens, des oiseaux et même des cochons d’Inde. C’est le refuge dans le refuge.
Quand ils ont atterri précipitamment à La Séjournelle, les enfants d’Annabelle n’avaient que leur sac d’école et un pyjama. C’était pas prévu; je suis arrivée avec rien, explique-t-elle. La mère a toutefois remarqué que ses enfants ont rapidement apprécié la quiétude de l’endroit, étant à l’abri des sautes d’humeur de leur père.
Il est difficile de se défaire de l’emprise d’un homme violent, constate Annabelle : Il me textait et m’appelait tout le temps. Elle ne répondait jamais, mais il a profité d’un appel avec les enfants pour mentionner qu’il voulait envoyer un de leurs chats à la SPCA (Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux). C’était pour me manipuler, me forcer à répondre, et ça nous a vraiment inquiétés beaucoup. Ils font partie de notre vie. C’est comme nos enfants; j’avais peur qu’il puisse les donner, raconte-t-elle. Elle a récupéré au moins un chat en même temps que ses effets personnels; un vrai baume sur le cœur et un soulagement pour les enfants.
Ça fait quelque chose qui est vivant de la maison, pas juste un objet ou un toutou.
La cruauté animale pour retenir les femmes
La peur de voir l’animal être maltraité par le conjoint violent est bien réelle.
Gaby vit avec son chien dans un logement de deuxième étape à La Séjournelle depuis près de trois ans. Son ex-conjoint battait son chien, Harry. Il était hors de question pour Gaby de lui laisser la garde de l’animal; elle est convaincue qu’il lui aurait fait du mal pour se venger.
Si je n’avais pas pu l'emmener avec moi, je pense que je serais restée. Je n'aurais pas pu partir sans mon chien. Impossible!
La directrice adjointe de La Séjournelle, Claudia Tremblay, sait que des femmes restent dans des situations de violence conjugale si elles sont incapables d’amener leur animal avec elles.
La femme dit : "Si je quitte, mon conjoint peut tuer mon chien. Il peut tuer mon chat. Je ne veux pas partir sans lui; c’est mon bébé, c’est toute ma vie."

Claudia Tremblay, directrice adjointe de La Séjournelle
Photo : Radio-Canada / François Genest
Accueillir les animaux tombe sous le sens et remplit la mission de l’organisme.
Les chats demeurent dans la chambre en tout temps. Dans les aires communes, les chiens doivent porter un collier licou et être tenus en laisse. Il y a des horaires précis pour aller dans la cour arrière. Si une femme doit s’absenter, elle amène son chien avec elle ou demande à une autre femme de le surveiller.
À même ses fonds de roulement, La Séjournelle a dégagé un budget pour la nourriture, le nettoyage et les réparations parfois nécessaires en cas de bris matériel.
Ça demande beaucoup de supervision. On a mis en place des moyens. Ce n'est pas toujours facile. Quand il y a des défis, on s'organise pour les surmonter, indique Claudia.
La Séjournelle veut même aller plus loin. Dans son projet d’agrandissement, deux chambres seront aménagées pour accueillir des animaux. Un drain central dans les pièces pourrait être ajouté pour mieux nettoyer les dégâts. Ces chambres auront un accès direct à la cour; ce sera plus facile pour les femmes qui arrivent avec un chien.
Pourquoi pas ailleurs?
À SOS Violence conjugale, la travailleuse sociale Claudine Thibaudeau se demande comment La Séjournelle arrive à offrir ce service. Elle se pose des questions sur la gestion des allergies et la peur des animaux. On ne veut pas que ce soit un obstacle pour les femmes qui sont hébergées, fait-elle valoir. Des maisons développent plutôt des partenariats avec des refuges ou des familles d’accueil pour héberger des animaux lorsque les femmes craignent pour leur intégrité.
Selon elle, les maisons débordent, et les défis sont énormes pour arriver à répondre à toutes les demandes. En raison des ressources limitées, la gestion des animaux de compagnie est rarement une priorité dans le milieu.
La directrice de La Séjournelle, Karine Messier Newman, comprend les enjeux des autres ressources d’hébergement, mais, comme les animaux circulent peu dans la maison, les soucis en lien avec les allergies ne se posent pas vraiment, et il n’est jamais arrivé qu’une femme ait peur d’un animal. L’organisme de Shawinigan a toujours trouvé une solution pour permettre la cohabitation avec les animaux.
Elle rappelle que La Séjournelle a toujours innové.
Karine Messier Newman aimerait que d’autres résidences s’inspirent des méthodes de cette ressource d’aide.
Ça fait partie de la culture de l’organisation, donc ce n’est pas une nouveauté… alors que, pour d’autres maisons, c'est quelque chose à implanter. On a déjà des protocoles de sécurité de nettoyage.
Roquefort, le pionnier

Roquefort, le premier chien de La Séjournelle
Photo : La Séjournelle
La Séjournelle a commencé à faire place aux animaux, graduellement, il y a une vingtaine d’années. Un seul chien, Roquefort, vivait en permanence dans la ressource d’hébergement. C’était le chien de la maison. Sa présence était devenue naturelle. Or, quand des femmes ont commencé à amener leurs animaux avec elles, Roquefort est devenu plus territorial. L’expérience n’a pas été parfaite.
Quand Roquefort est décédé, la cohabitation avec les animaux est devenue une possibilité, un créneau à expérimenter.

Claudiane Gélinas a amené sa chienne, Lady, à La Séjournelle.
Photo : Radio-Canada / François Genest
Maintenant, le chien de La Séjournelle, c’est Lady. C’est l’animal de Claudiane Gélinas, l'infirmière clinicienne de la maison. Cette dernière l’entraîne pour qu’elle soit en mesure d’intervenir auprès des femmes et des enfants comme soutien moral.
Je l’utilise pour la réassurance lors des techniques plus stressantes, ou pour créer un contact avec des femmes ou des enfants, précise-t-elle. Cette chienne de race golden retriever est d’un calme désarmant. Lady apaise les crises d’anxiété et ça marche.
Claudiane l’a constaté lorsqu’une femme s’est effondrée devant son bureau.
Lady a senti ça de loin. Pendant un bon 30 minutes, la femme est restée en petite boule par terre. Lady s’est couchée sur elle. La femme pleurait, elle était en panique. Elle s’est calmée grâce à elle. Je n'ai même pas eu à intervenir comme infirmière; c'est elle qui a fait le travail. La crise s’est estompée graduellement.

Pour la chienne Lady, la charge émotive est grande à absorber. L'animal ne vient pas travailler tous les jours.
Photo : Radio-Canada / François Genest
Cependant, quand elle se pointe au bureau, sa maîtresse l’amène faire une balade à l’heure du dîner. Des femmes de La Séjournelle en profitent pour les accompagner avec leur chien. Cette promenade de groupe entraîne un autre bienfait : les animaux aident aussi les femmes à demeurer actives.
Sinon, Timoté le chat se dégourdit, lui, en jouant dans la chambre avec les enfants d’Annabelle. De petites mains se baladent sur son dos rond. Les deux jeunes lui parlent et jouent avec lui. Le soir, ils s’endorment, rassurés, le nez enfoui dans la fourrure familière de l’animal. Ne serait-ce que pour ces doux moments, l’expression le refuge dans le refuge prend tout son sens.


1 week ago
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